Ouvrir les portes de son entreprise à une « femme qui vit avec une femme »…

Il y a un an et demi, j’étais au chômage, et Pôle Emploi me sommait de trouver pour le moins un stage, évidement non rémunéré – un moyen sans doute de faire baisser artificiellement le nombre de demandeurs d’emploi. Qu’importe, je m’ennuyais à mourir et je n’avais pas un besoin pressant d’argent, le salaire de ma compagne me permettant de vivre : travailler gratuitement me paraissait une bien meilleure perspective que passer mes journées à éplucher des annonces…

Alors en quête de stage, j’ai rencontré par hasard le patron d’une PME et son épouse. Ils m’ont parlé avec enthousiasme de leur entreprise, et quand ils ont mentionné qu’ils étaient en train de se lancer dans des exportations à l’étranger, ce qui engendrait une surcharge de travail, j’ai cru un instant voir une belle opportunité pour tous…

Je leur ai proposé mes services en tant que stagiaire (non rémunéré !), vantant ma formation dans le domaine du droit international, mon expérience dans différentes administrations et ma maîtrise de l’anglais – exactement ce dont j’avais cru comprendre qu’ils avaient besoin…

Mon offre me semblait excellente : j’aurais eu mon stage, une expérience que j’espérais intéressante dans une PME, et eux obtenaient pour un mois un agent administratif trilingue entièrement gratuit. Tout le monde était gagnant, y compris Pôle Emploi qui pouvait me sortir quelques temps de ses statistiques..

Comme la rencontre était informelle, j’avais mentionné au cours de la discussion que j’avais aménagé il y a peu dans la ville pour suivre la mutation professionnelle de ma compagne. Je me trompe peut-être, mais je pense que les choses auraient tourné autrement si je n’avais pas partagé cette information.

Tout d’abord, son épouse m’a poliment fait remarquer qu’ils connaissaient eux-même une « femme qui vit avec une femme » (sic) dans une autre ville et m’a demandé si je la connaissais ; ce à quoi j’ai tout aussi poliment répondu que je ne connaissaient pas toutes les personnes LGBT de la région…

Le chef d’entreprise m’a ensuite rassuré en me disant que le fait que j’étais une femme n’étais pas un obstacle à ma candidature (heureusement !) car il en avait déjà quelques unes qui travaillaient pour lui (sur une quinzaine d’employés, le contraire eut été étonnant, non ?)

Enfin, il m’a fait remarquer, comme si c’était un problème, que je n’étais pas « costaude » (sic aussi), alors que nous parlions d’un travail administratif ne requérant a priori aucune force physique (mais je suppose que dans son imaginaire une « femme qui vit avec une femme » doit être « costaude » ?)

Il ne m’a jamais rappelé.

Je veux bien lui accorder le bénéfice du doute : peut-être n’avait-il tout simplement pas besoin d’un agent administratif supplémentaire et qu’il préférait gérer l’extension de son entreprise personnellement ; peut-être même qu’il était révolté par l’idée qu’on demande à des chômeurs d’accepter des stages non rémunérés pour prouver leur bonne volonté et qu’il ne voulait pas participer à cette mascarade… Mais malheureusement, tout dans son attitude et ses paroles me pousse à penser qu’il était tout simplement inconfortable à l’idée d’ouvrir les portes de son entreprise à une « femme qui vit avec une femme »…

Mais finalement, je pense que je préfère que nous en soyons resté là : travailler gratuitement dans un environnement homophobe ? On vaut mieux que ça…

> image via flickr

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