Les stages ne m’ont pas donné goût à travailler.

J’ai bientôt 25ans, j’essaye de survivre et vivre malgré une pression croissante que le système m’a fait peser directement via l’école et la société et par ce sentiment de ne pas décevoir ma famille.

Hélas la seconde partie a implosé en trois vagues, les tracas qui en ont découlé m’ont fait que les portes des études que j’envisageais se sont fermées et j’ai subi toute la violence d’un système qui cherche à broyer ce qui ne rentre pas dans les cases « normalisées ».

J’ai fini par faire des études dans le domaine professionnel par dépit, pour me sortir d’un collège ou j’étais la tête de turc comme on dit, raillé sur des choses sans que les gens comprennent la situation, « de l’humour » selon eux. Je n’avais qu’une envie, d’en finir … à 14ans … .

J’ai plus ou moins réussi en me sortir de cet engrenage, j’ai réussi à finir mes études jusqu’à un bts, j’ai eu droit à quelques stages avec un autre aspect désagréable.

Mon premier était sur un gros chantier en bord de mer pour des lotissements (construit sur d’ancien marécage). Ce chantier était de 60 baraques, nous étions 6 électriciens, un apprenti, deux employés, un des chefs, un ouvrier au noir et moi même.

Comment dire, l’entreprise était gérée par deux « patrons », l’un sur le chantier l’autre chez lui à faire l’administratif. Le premier buvait bien facilement ça bouteille de vin de 1L au repas de midi, fin repas, le sandwitch, ne nous méprenons pas, le second était moqué de quasiment toute l’équipe, second chef compris et dépressif, semble-t-il.

Bref, je passe sur tout les travers de cette équipe, l’ambiance était bonne même si ça virait plus au rapport de force animalier. Cependant, de base, ce stage était en électricité.

Mes premiers jours je suis rentré avec les muscles tétanisés, je suis allé me coucher directement sans manger pendant 2 jours à cause de la fatigue, en soit je ne m’en plaignais pas, je trouvais ça normal entre la douceur des études et la réalité du terrain.

J’ai fait 2 semaines et demis de marteau piqueur, le plus simple était de taper dans le béton de maçonnerie qui tombait comme du sable, les maçons étaient turcs (et je n’ai rien contre des gens qui essayent autant de survivre que moi), tous employé au noir, j’ai vu une bétonnière tourner en étant droite et en déborder, j’ai vu le ciment verser alors que l’on voyait encore du sable non mélangé. Le jour ou le consul est passé, j’ai jamais vu le chantier aussi calme.

J’ai eu droit aussi a l’incompétence du frère du chef de chantier qui roupilait dans sa pelle mécanique et qui nous à déglingué les tuyaux pvc dans les tranchés pour le raccordement électrique des maisons après qu’on lui ait demandé de reboucher les dites tranchés après le travail fait.

Je n’ai même pas fait ma 4éme semaine de stage car j’ai chopé une grippe, et oui taffer aussi sur des toits le matin quand il fait 0 et un mistral à décorner les boeufs en hiver n’aide pas.

Autre stage, dans une entreprise de plomberie/chauffagiste qui travaillait avec un électricien mais cette fois ci un poil plus reposant, même si j’ai du porter des débris et des sacs de ciment sur 3-4 étages lors d’une intervention, je cherchais toujours dans l’électricité mais cet électricien était plus a l’aise en solo je pense, le seul taff que j’ai fait ça a été de brancher 3 fils et faire du plâtre. Avec le chef et son fils, j’ai du intervenir pour qu’il évite de monter une cabine de douche à l’envers … .

Je n’ai eu là aussi aucun remerciement, même une appréciation un peu salée car je ne suivais pas le rythme, c’est sur que quand le patron dépense la majeur partie de ses bénéfices au bar pmu du coin, c’est pas forcément un rythme que j’ai envie de suivre.

Troisième stage, qui à été réellement positif, j’ai travaillé dans un petit bureau d’étude, je n’avais pas le niveau scolaire mais le patron m’a formé un peu, il a été pédagogue et ne m’a pas vu comme une sous main à exploiter, j’ai appris à manier des logiciels de conception assisté sur ordinateur (oui car c’est pas avec les faibles moyens des écoles ni des logiciels, quasiment pas voir plus utilisé, que l’on apprend). J’ai été toujours payé, mon maitre de stage me demandant même la rémunération que je souhaitai, quand j’ai dis que je n’en savais trop rien et que 150€ me suffisait, il a ri et j’ai eu la belle surprise qu’il m’en avait donner 350 pour 4 semaines de stage avec ses remerciement pour mon travail. J’y suis retourné une seconde fois tout en étant rémunéré et en continuant d’apprendre pour combler mes lacunes scolaires.

Dernier stage, en mairie, je me suis arrangé pour ne pas finir parmi les techniciens, l’avantage d’avoir quelques relations pour jouer des ficèles. « Bureau d’étude » géré par un mec qui de base doit gérer le réseau électrique de la ville dans son entretien, faute de temps il me confie un audit qu’il n’a pas pu faire depuis 6-7ans car on lui refourgue plein de chose a faire qui ne devrait pas lui être confié, gérer des histoire de traitement de déchet ect.

Je m’attendais à du sérieux venant de l’état, bah j’ai été bien surpris, installation électrique dans un état déplorable, armoire électrique fermée par du fil de fer, des composants électriques qui tiennent par les fils électriques et même des fils dénudés apparent qui se baladaient dans l’armoire.
J’ai aussi découvert qu’il y avait 10k€ de différence entre la facturation EDF et le détail dans le budget de la ville, quand j’ai fait remonter ça à un élu j’ai eu droit à « on est pas à 10 000€ près ». Autant dire que j’avais de quoi être sur le cul même si le budget est d’un ou deux millions, les grands fleuves viennent des gouttes d’eau comme je dis souvent.

Je me suis presque senti ridicule quand dans mon rapport je préconisai de moderniser les armoires électrique et voir de mettre en pratique quelques fonctions d’économie pour faire une économie au bas mot de 4-5% du budget annuel.

Au final depuis que j’ai fini mes études, je cherche voire plutôt j’ai laissé tomber le principe de chercher un boulot par dégout, les stages ne m’ont pas donné goût au monde du travail, les études me semblent vide de sens quand même pour un taff de niveau CAP on te demande 5ans d’expérience pour suivre un schéma, je me ronge par anxiété de ne savoir de quoi sera fait demain.

Je vois la société comme devant être là pour accompagner les gens et les faire évoluer en les épanouissant, mais notre société ne fait que l’épanouissement d’une minorité de privilégié et cherche à concasser les autres pour en faire des produits de consommation et de main d’œuvre, je ne veux pas ça, je ne souhaiterais à personne de trimer pour des prunes et encore moins avec cette loi même si je ne travaille pas.

 

 

Illustration : CC-By Frédéric Bisson

Laisser un commentaire