Compte-Rendu des Geek Faëries (avec les témoignages et les propositions apportés pendant le festival)

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous tenions à remercier celles et ceux qui sont venu•e•s nous voir à notre stand et à notre conférence aux Geek Faëries. Nous ne nous attendions pas à un accueil si chaleureux, et nous avons passé deux excellents jours. Nous tenions aussi à remercier l’équipe des Geek Faëries pour nous avoir donné un espace dans ce formidable festival.

 

Nous étions placés à l’entrée du forum IRL, à côté de la bibliothèque vivante, des libristes (Ubuntu, Framasoft, April,…), des Déboulonneurs et de Hacking Social (qui se baladaient un peu partout dans le forum). Nous étions là, tout simplement pour discuter du collectif, récolter des témoignages et des idées (pour se protéger au travail et/ou pour donner des moyens de communication au peuple (le cahier de propositions s’étant rapidement transformé en cahier à dessins)).

 

Idées, Conseils et Outils

 

  • Réclamer farouchement un salaire à vie -> Les patrons ont moins de pouvoir [ndla: cf Bernard Friot, Baptiste Mylondo, et toutes les propositions de salaire à vie/revenus de base]
  • Gull dansant nu en dénonçant les abus capitalistes des patrons -> Ajouter teckels sautant dans des cercles de feu [ndla: Il sera compliqué à convaincre.]
  • Se réapproprier les moyens de productions. Des SCOP comme s’il en pleuvait [ndla: SCOP désigne Sociétés Coopératives Ouvrières de Production, une formule d’entrepreneuriat ayant comme actionnaires majoritaires/décisionnaires les employés de l’entreprise].
  • S’il vous plait, si vous avez des stagiaires sous vos ordres, arrêtez de les prendre pour des objets. Je pense qu’une des choses qui pourrait faire que le travail aille mieux (pour les générations suivantes) ; ce serait de commencer par montrer l’exemple.
  • Faire comprendre aux gens qu’ils sont capables et légitimes de s’exprimer et de créer.
  • Ne rester que média [ndla: en parlant du collectif OVMQC] porte parole, car c’est déjà une fin en soit.
  • Faire un tuto mode manif (en ayant Usul en CRS) [ndla: plus simple à convaincre].

 

 

Témoignages

 

En 2013, j’étais en stage dans un labo de recherche. Mes horaires étaient censés être 8H-17H. Très fréquemment, je n’avais rien à faire jusqu’à 15H. Puis, ma chef débarquait à 15H (voire 16H) et me demandait de faire un travail qui prenait 3H en urgence (alors qu’elle était au courant depuis le matin).

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J’ai passé deux mois en tant qu’agent en télémarketing. J’étais pris en CDI (sans doute à cause du turnover), mais je n’ai pas pu tenir. A force d’arnaquer des petits vieux séniles, j’ai passé ma dernière heure de travail avec la voix et les mains tremblantes… c’est con, j’en avais besoin de ce fric.

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En 2011, j’ai travaillé pour une société de distribution de colis bien connue. Le boulot débutait à 2H du matin et finissait à 7H pour des heures payées au SMIC. Voulant monter et afin de prendre plus facilement mes marques, je suis arrivé à 1H30 le premier jour. J’avais déjà travaillé de nuit auparavant mais avec des horaires plus classiques (22H-6H). Commencer à 2H n’a rien à voir. Le sommeil étant à faire en deux fois. Mais bon, c’est une question d’habitude…

Ayant travaillé efficacement, j’ai pu finir mon travail à 6H45. A ma grande surprise, on m’a alors retiré 15 minutes de salaire alors que j’étais arrivé à 1H30…

Un autre jour, alors que je finissais mon travail, j’ai vu des colis tomber d’un convoyeur et j’ai alors voulu les ramasser. Près du convoyeur j’ai alors eu une chance inouïe car à 15 centimètres de moi j’ai entendu tomber un très lourd colis. A 15 centimètres près j’aurais eu le crâne fracturé. Je n’avais aucun casque, personne n’était proche, aucune indication de danger n’existait. C’est à la suite de cet incident que j’ai décidé de moi-même mettre fin à ma mission. Le salaire dérisoire, seule motivation potentielle, n’était clairement pas à la mesure de contrebalancer le manque de sécurité et de considération qui m’était accordé.

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Je cherche du travail dans l’audiovisuel (montage) depuis plus de un an et toutes les expériences que j’ai eu avec des réalisateurs/réalisatrices se sont mal passées. Certains ne sont pas honnêtes sur la rémunération si ce n’est pas sur le travail en lui-même. Et Pôle Emploi n’aide pas du tout, l’agent que j’ai vu cherchait plus à me reconvertir qu’à me trouver du travail.

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Quand j’avais 16 ans, j’avais décidé de donner de mon temps libre à une association de défense animale, dans un des refuges. J’y passais deux après-midi par semaine. Le directeur accepta que je sois bénévole, mais sans contrat (qui couvre, notamment, en cas d’accident), selon elle parce que je n’étais pas majeure. Un jour, une fillette de 12 ans est venue et a signé un contrat de bénévole. j’ai senti que je n’avais pas ma place ici, qu’on me mentait, qu’on se moquait de moi. Je suis partie, dégoûtée de la situation. J’ai eu la chance de ne pas avoir été mordue par un chien du refuge, sinon je ne sais pas ce qu’il se serait passé.

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Sans domicile fixe depuis 1 an, j’ai trouvé un job de rêve dans une cordo [ndla: cordonnerie] parisienne. Je suis montée depuis la Loire pour un CDD de 6 mois suivi d’un CDI à 1600 net pour moins expérimenté que moi ; la boîte voulait former un nouveau dans le métier en 6 mois à :

  • Gérer seule le magasin
  • Vente
  • Et surtout travaux de chaussure en tout genre: salissant, épuisant, dans le bruit.

Si à la fin de mon essai au black pendant 1 mois, tout le monde est ravi de mon travail… sauf la patronne, ce qu’elle a exprimé seulement le jour où on parle de ce qu’on fera du contrat dans les détails. Je précise que les 3 derniers jours, elle m’a donné une tâche impossible à accomplir, qu’elle m’a fait recommencer 3 fois; en me faisant croire qu’elle l’avait souvent fait. J’ai appris par un collègue que c’était faux… Que le maison faisait de la flotterie depuis 2 générations, faux aussi : seule moi sait le faire dans la boîte.

« 2 CDD de 6 mois chacun, puis le CDI, mais au SMIC, t’es pas au niveau. »

Elle est intraitable, je rentre médusée. Le lendemain matin, je me lève du pied gauche. Sur le trajet, j’envoie un lâche texto :

« -Je suis aussi ravie d’aller bosser que si j’allais tapiner. Je finis ma journée, je récupère ma paye et Ciao!

-Ok, à ce soir. »

Elle a fait passer l’argent par un collègue. J’ai jamais été autant dans la merde, j’ai jamais eu de taff et collègues aussi cools, mais c’est la première fois que je refuse un taff, c’est la première fois que je me respecte au travail. Ça n’a pas de prix !

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Le starter pack classique : Bac, MacDo. Le taff alimentaire de base. Le « seul ». Reste les heures supp’ fortement suggérées si tu espères passer la période d’essai.

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A l’annonce de ma grossesse, mon patron explique : « C’est pas un cadeau que vous nous faites ! »

Quelques années plus tard, un conseiller Pôle-Emploi à qui j’explique ne pas avoir de voiture par choix (habitant dans une grande métropole, très bien desservie par les transports en commun): « Vous vous rendez-compte que vos choix vous éloignent du marché de l’emploi, et le travail, C’EST LA VIE ! »

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Après deux ans sans prendre de vacances, ma mère a décidé de prendre 3 semaines de vacances. Premier jour de vacances : « On a besoin de quelqu’un, vous pouvez venir bosser ? »

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Quand on te propose un travail dans une grande enseigne de la « culture » après 5 ans d’études et que tu finis par faire de la mise en rayon, payée au SMIC avec des semaines à 42H parfois…

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