Sortir de la case « immigré qui finira en BEP bâtiment ou restauration »

Je vous partage un témoignage, ce n’est pas le mien mais celui de mon père, mais étant des immigrés, lui ne parle pas un français assez bon pour s’exprimer là-dessus.

Mon père possède trois diplômes différents, mais puisqu’on vient d’un ancien pays qui faisait partie de l’URSS, tout ce que mes parents avaient étudié, et les diplômes qu’ils ont obtenus, était obsolète. Donc mon père a du se résigner à du travail précaire, ma mère étant handicapée ne pouvant pas travailler. Il a donc enchaîné des petits travaux physiques dans l’agriculture, dans la manutention, sans jamais de contrat. Le travail le plus « stable » qu’il ait eu, c’était en intérim pendant 6 années lors desquelles il enchainait des contrats de 2 semaines grand maximum dans une fabrique de gâteaux. Bien évidemment il avait tout appris sur le tas, on lui a jamais proposé de formations ni quoi que ce soit, et un jour il a fait une erreur qui lui a coûté son travail, n’ayant pas réagit comme il se devait car il ne connaissait pas le règlement. Depuis il a passé une année en formation pour obtenir des CACES (autorisation pour conduire des véhicules qui soulèvent des marchandises) mais à cause de son âge, il ne retrouve plus de travail dans ce secteur.

Après une année sans travail, Pôle Emploi a fini par le placer dans une association de réinsertion en CDD de 3 ans dans laquelle il fait tout et n’importe quoi, actuellement il répare des vélos. Sachant que les salaires qu’il recevait étaient maigres, il s’est endetté depuis tout ce temps à cause de plusieurs loyers impayés, et la situation n’est pas prête de s’arranger. Moi j’ai eu la chance de m’en sortir, malgré beaucoup de conflits avec l’éducation nationale pour me sortir de la case « immigré qui finira en BEP bâtiment ou restauration », et je fais les études qui me plaisent, et j’aurais probablement une meilleure situation que mes parents. Mais pendant ce temps eux ils galèrent, et mes plus jeunes frères, qui ont eu beaucoup de mal à s’intégrer, auront beaucoup plus de difficultés à s’en sortir que moi, alors ça me tenait à coeur de m’exprimer à leur place.

Ça fait un gros pavé, et j’imagine que vous recevez beaucoup de messages, mais juste le fait de vous écrire me soulage; le fait que des gens soient prêts à se mobiliser et à s’opposer aux dérives du gouvernement me fait chaud au cœur, tout espoir n’est pas perdu. Je vous souhaite beaucoup de courage, j’espère que tout cela ne serait pas fait en vain.

Bien à vous les amis.

 

 

Illustration : CC-BY Lali Masriera

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