« Tu n’as pas le droit d’être malheureux »

En réaction à la vidéo « Une vie, une chance, c’est tout c’que t’as » (lien)

Vraiment touché par ces témoignages.

Une grosse pensée pour le deuxième intervenant, et tous les jeunes qui sont dans cette situation ; être au chômage, chez ses parents et recevoir des remarques tout au long de la journée.
C’est pas que le premier témoignage était moins touchant c’est juste que j’ai été dans la même situation que lui et je sais bien l’horreur que ça peut être.

Chacun son expérience bien sûr mais cette période de ma vie a été extrêmement dure pour moi aussi.
Il a pas voulu parler de harcèlement pour sa famille mais en ce qui me concerne le terme est presque faible.

L’impression d’être à terre et de continuer à se prendre des coups encore et encore, jour après jour.
L’impression comme il dit d’être une grosse merde, d’être considéré comme un intouchable par toutes les strates de la société.
Ne plus oser sortir voir ses potes de honte, ne plus oser même croiser le regard des gens dans la rue.
Quémander un job de merde payé au lance pierre en contrat d’intérim de quelques jours à une semaine, qui ne te permettra de toute façon pas de partir de chez tes parents et de sortir de cette horreur que tu vis au quotidien.
Être isolé, se sentir coupable absolument tout le temps, ne jamais s’accorder de répit, toujours s’associer à l’image déplorable de toi même que te renvoient tes parents sans jamais remettre en question ce qu’ils disent.
Être sur le qui-vive constamment, de peur que tes parents te jettent à la rue, parce que ces connards prennent un malin plaisir à te rappeler tous les jours qu’ils peuvent le faire (ce qui n’est pas vrai conformément à la loi), que sans eux t’es rien, que t’es qu’un putain de parasite accroché à cette famille de gens biens, que t’as pas le droit de pas être comme eux, que t’as pas le droit de pas être comme les autres, que t’as pas le droit d’avoir des émotions, d’être fatigué de tout ça, d’être malheureux, d’être mal à l’aise dans cette putain de société magnifique.

Cet épisode a été tellement terrible pour moi que même maintenant, deux ans après avoir quitté la maison, je fais des cauchemars toutes les semaines, je me réveille encore en sueur, tremblant de la tête aux pieds, en croyant de façon très réaliste être dans mon ancien lit, chez mes parents, avec en tête la violence des mots omniprésente et le sentiment d’insécurité face à la perspective d’être mis à la rue.

Une très grosse pensée pour celles et ceux qui traversent ça, vraiment. Vous n’êtes pas les seuls. Si j’avais un conseil à donner à la personne que j’étais à l’époque, je me dirais de ne laisser personne me dire qui je suis, de ne jamais justifier la violence verbale, symbolique que je reçois, de ne jamais me placer dans la posture du coupable qu’on essaye de me faire endosser. C’est sûr que c’est moins facile à faire qu’à dire, mais bon, déjà prendre du recul et se dire qu’on est pas le/la seul·e ça peut soulager, un petit peu.

3 thoughts on “« Tu n’as pas le droit d’être malheureux »

  1. Tes réveils en sueur, cauchemars, etc… Ca ressemble très fort à du stress post-traumatique. On en revient avec de la thérapie, soigne ça, ça fera déjà un sacré poids en moins.

    Bon courage.

  2. J’ai aussi connu ça, ça m’a forgé un caractère. Je ne me considère plus comme le responsable de mes difficultés comme à l’époque et je le vis beaucoup mieux, même si je suis à nouveau au chômage. Gardez espoir et ne vous empêchez pas de vivre pour autant.

  3. Je vis actuellement chez mes parents après avoir plaqué mon ancien job après 7 ans de harcèlement continu. Je me retrouve partiellement dans tout ça, même si avec ma mère ça se passe plus ou moins bien, avec mon père c’est une autre histoire, j’ignore s’il me voit comme un rival ou s’il ne peut pas me voir, mais c’est reproches sur reproches et c’est très dur à vivre, surtout après les 7 années dans un boulot de merde qui m’a laissé physiquement et moralement sur le carreau. Difficile de lui faire comprendre qu’entre son époque et la mienne tout a changé, et qu’une expérience de 18 ans dans un métier et un diplôme ne valent plus rien quand on a en face des jeunes gens prêts à bosser 10/12h pour le salaire minimum….

    Heureusement je suis costaud, et je tiens le coup, je suis un gars positif et j’essaye en toutes circonstances de voir le bon côté des choses. Mais à côté de ça je ne sors plus, j’ai très peu d’amis (et ne cherche plus à m’en faire) et je passe le plus clair de mon temps devant l’ordi.

Laisser un commentaire