« Mon employeur n’a pas déclaré l’accident de travail »

J’ai été agent d’entretien pendant 4 mois pour une société sous-traitant l’entretien ménager d’un parc d’exposition.

Chaque mois, on me faisait signer un nouveau CDD d’un mois (J’en ai signé 4 en tout). Je n’avais pas d’horaires fixes ou de planning prédéfini mais je travaillais principalement le week-end. On m’appelait dans la semaine pour me signaler mes heures qui étaient très variables selon l’activité du parc. Je pouvais travailler jusqu’à 30 heures sur trois jours, debout.

Je devais veiller à la propreté des hall et donc ramasser les éventuels déchets trainants au sol, veiller à la propreté des toilettes et donc les nettoyer régulièrement. Les sanitaires étant vétustes et mal entretenus, ils se bouchaient et fuyaient facilement. Il fallait donc travailler dans l’urgence, se frayer un chemin parmi une foule parfois très dense et se débrouiller avec les moyens du bord pour faire face à toutes les situations au plus vite. Autant dire que c’était un boulot physique et peu ragoutant.

Pour cela j’étais payé le SMIC horaire. En un mois je touchais environs 700 euros net. Bien entendu, compte tenu de la variabilité des horaires, je n’avais aucune possibilité de compléter avec un autre emploi.

Le dernier jour de travail, je me suis présenté le matin et j’ai débuté normalement ma journée de travail. Rapidement, j’ai commencé à avoir une douleur au pied de plus en plus forte. J’ai contenu la douleur et continué a travailler pendant 2 heures au bout desquelles j’ai prévenu mon responsable que je n’en pouvais plus. J’ai pu rentrer chez moi avec de l’aide et consulter un médecin. Verdict : une tendinite à la jambe qui m’a immobilisée pendant prés de 2 mois.

Mon employeur n’a pas déclaré l’accident de travail, bien entendu. Et mon contrat pendant ces deux mois n’étant pas renouvelé, je n’ai pu prétendre à aucune indemnité de la sécurité sociale, ni prétendre au chômage puisque je n’avais pas assez d’heures effectuées. Je me suis donc retrouvée pendant 2 mois sans le moindre revenu, incapable de marcher et donc de travailler, par avarice de mon employeur. Je ne connaissais pas bien mes droits et j’avais de toute façon trop peur de ne pas trouver d’autre emploi et de ne pas pouvoir apporter la preuve de cet abus si jamais je portais plainte.

Je pense qu’un tel emploi, comme beaucoup d’autres trop mal payés, mérite largement plus qu’un SMIC et plus de considérations que cela, compte tenu des conditions de travail qui sont particulièrement contraignantes. Mais on profite encore et toujours de la précarité des gens les plus fragiles dans la société. Ceux qui ne sauront pas ou ne pourront pas se défendre. Ceux qu’on maintient dans une précarité qui les rendra serviles et obéissants. Nous ne sommes pas de la main d’œuvre jetable et remplaçable à l’infini. Nous sommes des êtres humains. On vaut clairement mieux que ça.

 

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