« J’ai été radiée du chômage pour refus injustifié »

Salut les jeunes ! Un petit témoignage de quelqu’un qui ne l’est plus.
Il y a 30 ans, j’étais dans les manifs anti loi-Devaquet. À l’époque, et pendant des années, en dépit de mes diplômes, j’ai dû me contenter de travailler comme animatrice minitel (demandez à Jean Marc Manach ce que ça veut dire, et à Xaviel Niel et à France Telecom, tant que vous y êtes), pendant 4 ans en CDI.

En revenant de mon congé de maternité, j’ai découvert que la messagerie était devenue porno, et que mon boulot ne consistait plus à « animer », mais à faire marcher des gens. J’ai donc exigé d’être licenciée, ce qui fut fait, pour « incompatibilité d’humeur ».

J’ai aussi été prof remplaçante dans deux LEP : 2 quarts temps, judicieusement programmés pour que je doive me déplacer tous les jours pour 2 heures de cours à 50 bornes de chez moi, je dépensais plus en essence et en logement que ce que je gagnais.

L’année suivante, une « principale » (LOL) m’a fait une proposition que je n’aurais pas dû refuser : un plein temps à 160 bornes de chez moi, à prendre tout de suite ou à laisser. J’ai dit que je ne pouvais pas (l’école où allait ma gamine n’avait pas de garderie, donc impossible d’être là à temps pour la chercher, et le poste était à pourvoir « de suite »), la dame m’a dit « Je vais le dire au rectorat ».
Je ne savais pas ce que cela signifiait mais cette ordure le savait : J’ai été radiée du chômage (1800 francs par mois, j’espère que ces économies auront permis de faire quelques cadeaux de plus aux patrons) pour refus « injustifié » (salope, elle refuse un pont en or : quitter une maison où elle ne paye pas de loyer pour aller vivre à 160 bornes avec un contrat d’un an dans l’Éduc-Nat). J’ai appelé le rectorat qui m’a dit que j’avais entièrement raison et que je devais porter plainte au tribunal administratif et que je gagnerai sans aucun doute dans… 10 ans.

Ma patience ayant des limites, j’ai demandé et obtenu une bourse (2000 francs/mois) pour faire un doctorat à l’étranger. J’y suis restée, dans une situation tout aussi précaire, mais là où je suis, au moins, les choses sont claires : les dirigeants, qu’ils soient politiques ou patronaux, ne font pas semblant d’être de gauche ni même de penser au bien des populations ou de leur pays.

Je suis payée, parfois – pas toujours, car ici, on ne signe pas de contrats -, à la tâche. Mon expérience professionnelle ne sera jamais reconnue. Je gagne néanmoins plus que beaucoup de gens sur la planète.

Il faut comprendre un truc : on est de trop, tout simplement. Nous ne sommes plus indispensables aux riches. Lordon a raison, il ne faut pas revendiquer, il ne faut pas faire la manche. Il faut s’en débarrasser. Et ce coup-ci, pour de bon. Et j’ai bien peur que des petites vidéos publiées chez l’un des pires esclavagistes de la planète, ça ne soit pas vraiment la voie la plus efficace.

Ne vous faites pas couillonner comme vos parents parmi lesquels je me compte.

 

image via www.flickr.com

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