Les AVS sont donc à la limite du seuil de pauvreté, voire même en dessous de ce seuil pour beaucoup d’entre eux.

Cela fait maintenant un peu plus de 3 ans que je travaille comme auxiliaire de vie scolaire (AVS) pour le compte du Ministère de l’Éducation nationale, dans l’Académie de Paris. La mission des AVS consiste à accompagner des élèves handicapés dans le cadre scolaire, dans le but de les aider à suivre une scolarité « normale », intégrée au système scolaire traditionnel.

Il n’existe pas de concours permettant aux personnes voulant exercer ce métier en tant que fonctionnaire du Ministère de l’Éducation nationale. La règle générale veut donc qu’on soit recruté en CDD d’un an, en fonction des besoins de chaque académie et selon le budget dont les rectorats disposent pour le recrutement d’AVS. Une partie des AVS est recrutée en contrats aidés (contrat de droit privé) ; ils ne peuvent pas exercer plus de 2 ans sous ce contrat, c’est-à-dire que leur contrat n’est renouvelé qu’une seule fois. On ne leur propose rien de concret à la fin de la deuxième année. L’autre partie est recrutée en contrat d’accompagnant des élèves en situation de handicap (contrat de droit public). Le contrat de ces AVS-ci peut être renouvelé 5 fois. Ils peuvent donc exercer 6 ans en CDD d’un an et, au terme de la 6ième année, ils peuvent se voir proposer un CDI. Si je ne m’abuse, cette règle constitue une infraction au code du travail qui veut qu’un CDI doit être proposé au salarié au terme du deuxième CDD d’un an.

Quant à la rémunération, elle se fait sur la base du SMIC. Quand j’ai commencé en tant qu’AVS, on pouvait encore être recruté à temps plein dans l’Académie de Paris ; cela ne concernait que les AVS exerçant dans le 2nd degré. Ce n’est plus le cas depuis la rentrée de septembre 2014. Seuls quelques rares AVS peuvent encore être recrutés à temps plein ; l’écrasante majorité est contrainte au sous-emploi, avec ce que cela implique au niveau de la rémunération. Les AVS sont donc à la limite du seuil de pauvreté, voire même en dessous de ce seuil pour beaucoup d’entre eux.

Enfin, le renouvellement de notre contrat dépend de l’évaluation qu’on passe à la fin de chaque année scolaire et qui est transmise au rectorat. Cette évaluation se fait lors d’un entretien avec le chef d’établissement (quand on exerce dans le 2nd degré) ou le directeur d’école (quand on exerce dans le 1er degré). Au cours de cet entretien, on est seul face au chef d’établissement. Quand nos relations sont bonnes avec lui, ça se passe bien, l’évaluation est bonne et le contrat est renouvelé. Par contre, quand nos relations sont mauvaises avec lui – ce qui m’est arrivé dans mon premier établissement – c’est très compliqué. On est à la merci de son avis, qui reste, dans tous les cas, extrêmement limité puisqu’à aucun moment il ne nous voit travailler. Quoiqu’il en soit, c’est un fonctionnaire titulaire qui évalue une personne en situation précaire, dont la poursuite dans son emploi est largement conditionné par l’avis du chef d’établissement.

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24 thoughts on “Les AVS sont donc à la limite du seuil de pauvreté, voire même en dessous de ce seuil pour beaucoup d’entre eux.

  1. Je suis AVS dans le 04, avant dans le 13, en College. Je suis auxiliaire depuis 8 ans!!! Merci les arrangements entre amie du rectorat!!! En huit ans jamais d’évaluation, jamais de concertation avec l’enseignant référent, qui fais le lien entre l’académie et la MDPH ( qui vous recrute). L’année prochaine je pourrais demander si j’ai droit a un CDI, car la demande soit se faire pas les AVS.
    Pour ma part le renouvellement ce fait avec l’accord du principal, de l’enseignante avec qui je travaille et de l’enseignement référent… en principe, car depuis 5 ans que je suis dans ce collège, j’ai droit à un  » a l’année prochaine » dans le couloir le 4 juillet. Grande Classe.
    Il faut savoir qu’une fois le CDI obtenu, il n’y a pas d’évolution possible, AVS tu es, AVS tu restes!!

  2. Je suis également AVS-co depuis 4 ans. J’ajoute que nous devons posséder le bac pour exercer, mais je suis bac+3 et j’ai remarqué dans mon établissement que nous sommes nombreux à être bac +. Malgré ce fait, l’Education Nationale nous propose un diplôme de niveau 5 c’est-à-dire cap ou bep. De même je n’ai reçu aucune formation.

  3. Très difficile en effet 🙁
    Cependant le passage du cdd en cdi après 2 renouvellements ne vaut que pour le privé.
    C’est inégalitaire mais c’est ainsi dans le public.

  4. J’ai été avs, et je confirme que c’est précarisant. 600€ par mois pour vivre, et encore j arrondie. Le pire ? Ils m’ont menacé de me dénoncer à pole emploi car j’ai refusé de renouveler un cdd.

  5. Ce que pour ma part je trouve tout à fait ubuesque, c’est que des personnes sans aucune qualification puissent être embauchées pour un travail si ardu. Je conseille vivement aux personnes en situation précaire de se former, de passer les concours qui seuls garantissent un niveau de qualification auquel se fier et donnant accès à un véritable statut de fonctionnaire. Désolée, on n’acquiert pas un statut sans jouer le jeu…

    1. La fonction d’AVS n’existe pas au sein du ministère de l’éducation nationale. Il n’existe donc pas de concours qui permette d’exercer le métier d’AVS avec le statut de fonctionnaire. Par conséquent, les AVS ne peuvent exercer leur métier que de cette manière précaire. Les AVS ne choisissent pas de travailler dans des conditions aussi précaires par plaisir de travailler dans ces conditions. S’ils avaient la possibilité d’acquérir le statut de fonctionnaire pour exercer ce métier, il est certain qu’ils passeraient le concours correspondant.

      Le paradoxe, c’est que depuis 2005, la loi impose à l’Education nationale de scolariser les élèves en situation de handicap. Le ministère n’a pas daigné créer la fonction d’AVS. C’est dire comment nos dirigeants politiques jusque là, par l’intermédiaire des ministres de l’éducation nationale, considèrent les élèves handicapées. Pour eux, sans doute, ces élèves ne méritent que des personnels complètement précarisés pour s’occuper d’eux.

  6. Je suis AVSI depuis 7 ans avec un cdi depuis un an. Avoir un cdi m’a rapporté 3€ de plus, sur un salaire de 631€ pour 23h. C’est une honte, on devrait faire la révolution pour dénoncer tout ça. Les enfants ont de réels besoins et ns sommes essentiels pour ces enfants mais avec aucune reconnaissance ça ne pourra pas marcher longtemps. Même un chômeur sans rien faire gagne plus que nous. Nous sommes confronté à la souffrance d’enfants, ils ont besoins de gens comme nous pour être à leur coté et les aider à se sentir comme les autres….je ne comprends pas que l’état ne fasse rien, peut être que si ttes les AVS se mettaient en grève en même temps peut être qu’on ns verrait, pour l’instant nous sommes transparentes…….Comment faire pour vivre avec cette somme si en plus on a des enfants??????????

    1. Une petite réaction au commentaire de samarito.
      Les AVS ne sont pas tous des femmes.
      Je suis actuellement AVS, mais j’ai été au chômage pendant quelques années. Et ce genre de commentaire (« même un chômeur sans rien faire gagne plus que nous ») est franchement stigmatisant. Je ne nie pas qu’il puisse exister des chômeurs qui ne font rien, mais c’est une infime minorité. Et surtout, la très grande majorité des chômeurs n’ont pas choisi de l’être et subissent leur situation. Quoiqu’on en dise, être au chômage est une souffrance pour celles et ceux qui vivent cette situation.
      Si vous lisez, par exemple, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon, le chômage de masse est une caractéristique intrinsèque du capitalisme actuel, c’est-à-dire sous sa forme néolibérale. Ceci signifie que le capitalisme néolibéral a besoin que le chômage soit massif pour que la concurrence extrême, à l’échelle internationale, de tout et de tout le monde (des individus entre eux, des entreprises entre elles, des Etats entre eux, des entreprises avec les Etats, etc.) soit efficace. Le chômage de masse constitue une énorme réserve de main d’œuvre prête à tout pour entrer dans le monde du travail ou le réintégrer. Il constitue donc, pour le patronat et les politiques, un levier très efficace pour casser les revendications salariales (« si tu n’es pas content, il y a des centaines de personnes qui seraient contentes de prendre ta place »), tirer les salaires vers le bas et détruire les conquis sociaux.
      Taper sur les chômeurs, c’est donc se tromper d’adversaire. Des affirmations telles que « même un chômeur sans rien faire gagne plus que nous » sont vouées à diviser les précaires (chômeurs inclus) alors que les précaires ont plus que jamais besoin d’être soudés et solidaires. Les politiques économiques menées par nos gouvernants – droite complexée (PS) et droite décomplexée (RPR-UMP-Les Républicains) – depuis l’avènement du néolibéralisme au milieu des années 1980, fait que les salariés précaires sont de plus en plus nombreux dans le monde du travail (je ne sais pas s’ils ne sont pas maintenant devenus majoritaires).
      Unir les travailleurs précaires et les chômeurs pour mener la lutte contre les véritables responsables de la précarité et du chômage — politiciens de droite complexée et décomplexée, groupes de pression au service du grand capital (MEDEF, lobbys industriels, etc.) — serait vraiment salutaire. Ce serait salutaire parce que notre division fait le jeu de ces derniers.

  7. EVS durant trois années scolaires, je me suis retrouvée à l’issue de mon contrat de travail devant la porte de Pôle Emploi. De cette expérience est né un roman, un polar régional intitulé « Fontaines mortelles à Quimper » paru aux éditions Alain Bargain [auteur Elisabeth Mignon]. Achetez-le, lisez-le, vous vous y reconnaîtrez, je n’ai oublié aucun des acteurs qui interviennent autour de nos dossiers.
    Faites comme beaucoup d’ AVS ou d’EVS ont déjà fait, lisez ce roman. Agréable lecture.

  8. La règle des 6 années renouvelables est la même pour les AED, qui, selon l’Éducation Nationale, sont sensés être des étudiants. Ma copine est AED depuis 4 ans. Elle est la seule à plein temps, soit 41h. Ses supérieurs sont rarement là dans les situations critiques où ils devraient intervenir. Ils sont presque tout le temps en réunion. On la laisse à peine prendre sa pause le midi, qui consiste à manger un gâteau dans le bureau de la vie scolaire. Les absences programmées pour cause de partiels ne sont évidemment pas remplacées. Les étudiants sont sélectionnés au minimum au niveau master 1. Ses collègues étudiants accumulent les fautes graves, mettant en jeu la sécurité des élèves et la responsabilité de l’établissement. Elle doit très souvent faire leur travail en plus du sien parce qu’ils n’en sont pas capables. Les remplacements de poste qu’elle a fait ne lui ont pas été rendus pour cause d’un jour et demi d’arrêt, 1 jour et demi en 4 ans, parce qu’elle n’était plus capable d’assurer son poste. Un élève handicapé mental est particulièrement violent. Un ancien élève s’est procuré son numéro de téléphone et est venu un après-midi la menacer en bas de notre immeuble. Tout ça pour un SMIC, aucune reconnaissance, et 6 ans d’expérience pas du tout valorisantes.

  9. Bonjour à toutes et à tous,
    ancienne AVS, je mène aujourd’hui un travail de doctorat sur la question des AVS, de la professionnalisation de cette fonction…
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article, ainsi que les commentaires qu’il a inspirés, et j’aimerais beaucoup pouvoir échanger à ce sujet avec ceux qui le voudront bien.
    Dans l’attente de vos retours…

    1. bonjour F,
      En quoi consiste ton travail de doctorat sur les AVS?? Quelles sont les questions que tu te poses??
      Si tu as besoin je pourrais éventuellement t’aider dans ce travail.

      1. Bonjour Vincent,
        mon travail consiste globalement à m’intéresser à l’évolution de la fonction d’AVS, au quotidien de ces personnes, à tout ce qui touche à ce travail en fait!
        Si vous avez été AVS ou en lien, je serais très intéressée par votre témoignage, par téléphone par exemple,

        Merci beaucoup pour votre réponse en tout cas,

        F.

      1. Bonjour,
        Oui, avec grand plaisir même! Vous pouvez me joindre par mail: picchio.fanette[at]orange.fr , nous en discuterons plus largement 🙂
        Merci vraiment pour votre réponse, à très vite!

        F.

          1. Oh, je ne comprends pas, une autre personne a réussi à me contacter… Avez-vous bien remplacé le (at) qui apparaît dans le commentaire par un arobas? C’est le site qui ne fait pas apparaître ce caractère semble-t-il.

          2. Hum… et bien je peux vous en donner une autre peut-être pour voir: picchio.fanette[at]gmail.com (Attention: picchio c’est bien CCH au milieu, et fanette avec un seul N.) Je ne comprends vraiment pas pourquoi cela ne fonctionne pas :S

  10. Bonjour ,

    AVS depuis 2 ans je ne peux que confirmer ce qui est dénoncé dans l’article et les commentaires. Quel scandale de proposer un diplôme de niveau 5 à des salariés qui en effet sont fréquemment Bac ++!
    En ce qui me concerne , j’exerce en école privée et là ça dépasse toutes les situations . La première année j’ai du endurer 26H45/semaine pour un contrat payé 20H/semaine avec octroi de tâches non prévues au contrat ( service de cantine et surveillance de cour). La seconde année j’ai réussi à supprimer les 6H45 non prévues au contrat sans obtenir le paiement des heures .
    Ayant plus de 50 ans , la loi ( 17 aout 2015) m’autorise à demander une prolongation de mon contrat durant 3 années successives . Or , comme l’organisme qui m’emploie ne m’a pas formée , Pôle Emploi ne va visiblement pas renouveler le contrat . C’est donc la double peine : nous ne sommes pas formés et on nous vire pour cette raison là !
    Nos tâches – essentielles- ne sont pas optimisées par un véritable accompagnement ,nous sommes transparents aux yeux des enseignants qui ne connaissent souvent pas nos contrats et nos conditions de travail .
    Ces contrats sont matériellement et humainement dévalorisants …
    Il est essentiel de ne pas avoir peur d’entreprendre des actions aux Prud’hommes pour faire valoir ses droits( l’aide d’un syndicat et d’un avocat sont indispensables).
    Il faut dénoncer ces situations pour les combattre .

  11. Bonjour,

    Je viens apporter une petite précision au texte initial sur nos conditions de travail.
    Je me suis renseigné auprès de différents syndicats de l’éducation nationale sur les conditions de recrutement des AVS. J’ai demandé comment cela se faisait que le Ministère de l’éducation nationale pouvait renouveler cinq fois des CDD d’un an alors que le Code du travail limite le nombre de renouvellements et impose à l’employeur la CDIsation. Le Code du travail prévoit même que « quel que soit le motif pour lequel il est conclu, un tel contrat (CDD) ne peut avoir ni pour objet, ni pour effet, de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise ». Or, la fonction d’AVS correspond à une «  activité normale et permanente » du ministère l’éducation nationale depuis que la loi de 2005 impose à celui-ci de scolariser les élèves en situation de handicap. Ma question aux syndicats était de savoir ce qu’il en était dans la fonction publique. La réponse du syndicat m’ayant répondu est la suivante : « Les dispositions du code du travail ne s’appliquent pas aux agents publics. En conséquence, la CDIsation des AESH répond à des dispositions particulières prévues par l’article L917-1 du code de l’éducation ».
    Cela peut se comprendre que les dispositions du Code du travail ne s’appliquent pas aux fonctionnaires titulaires puisqu’ils ont des conditions de travail qui leur sont propres. Mais pour les agents contractuels comme les AVS, même s’ils sont sous contrat de droit public, je trouve que cette situation laisse vraiment à désirer parce que ça maintient ces agents dans une précarité certaine.

  12. Mon expérience lors de cette rentrée scolaire 2016-2017 est plutôt cocasse. En début d’année scolaire, tout AVS doit signer et faire signer par le chef d’établissement (ou directeur d’école) un procès verbal d’installation à retourner sous 15 jours au rectorat. Sans ce procès verbal, nous ne sommes pas payés. Dans mon cas, aucun de mes établissements où j’exerce n’avait reçu ce procès verbal au moment de la rentrée. Pendant 3 semaines, j’ai couru après le rectorat pour obtenir ces procès verbaux… en vain. Personne n’est jamais joignable au rectorat ! C’est au moment où le rectorat s’occupait d’envoyer les procès verbaux d’installation au service payeur que le rectorat m’a finalement contacté pour savoir ce qu’il en était (ils ne trouvaient pas mes procès verbaux).
    Ils m’ont donc envoyé les procès verbaux par mail, que j’ai imprimés et fait signer le lendemain. Je suis allé physiquement les déposer au rectorat. La personne à qui je les ai donnés était hallucinée par le retard et a commencé à pester contre mes établissements parce qu’elle pensait qu’ils ne me les avaient pas transmis à temps. J’ai expliqué la situation et elle compris que c’était une erreur de leur part. Je n’ai reçu aucune excuse de sa part ; elle m’a seulement remercié de m’être déplacé. Néanmoins, sa chef s’était quand même excusée la veille en m’envoyant les procès verbaux.
    Conséquence de tout ça : je risque de ne pas recevoir ma paie de septembre à temps. Elle ne me sera versée qu’en octobre. Je devrai demander une avance sur salaire au service payeur si je veux être payé le plus tôt possible, avec le risque que ma demande reste lettre morte.

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