« Ce qui m’arrivait ressemblait a une promotion. »

On nous dit que les entreprises ne peuvent pas licencier facilement, sans motif sérieux et qu’elles souffrent. HUUUUUM !!!
C’est faux pour bon nombre d’entre elles !

Ayant été très récemment la victime d’un licenciement abusif, ça me fait doucement rire.

Dans mon cas, ça a été très simple :
Cadre dans l’informatique (convention SYNTEC), j’avais démissionné de mon poste en région parisienne pour rejoindre une PME que nous appellerons OBTUS en région PACA.

Après quelques mois, OBTUS a connu une restructuration.
A peine avais-je fini ma période d’essai de 4 mois que ma cheffe m’a informée que je devais la remplacer a son poste.
Décision prise entre elle et le « restructurateur ». De son cote, elle allait diriger un pôle entier.
Tout le monde était au courant puisqu’on nous avait informés des multiples changements au cours d’une réunion.
Ce qui m’arrivait ressemblait a une promotion.

Pour l’anecdote, après cette réunion, on se retrouve dans la cuisine, par hasard, moi, mon collègue et ma cheffe.
Il me demande si je suis contente. J’hésite. Elle, notre  »cheffe » nous coupe en me disant :  »De toute façon, tu n’as pas le choix ».
Elle ne m’avait jamais fixé d’objectifs. Et elle n’était plus ma cheffe.
Aucune hiérarchie au-dessus de moi hormis le « restructurateur » qui tenait désormais le rôle de vice-président.

J’ai demandé a ma cheffe quand se ferait le changement de contrat de travail.
Réponse : ‘Il faut attendre. C’est long chez OBTUS ».
Quant aux objectifs ? C’est resté lettre morte.
Je me suis dit qu’il fallait faire confiance a l’entreprise (pour une fois, moi qui suis si méfiante).
Mal m’en a pris. J’aurais du me syndiquer et tirer la sonnette d’alarme tout de suite.

J’ai donc  »occupé ce nouveau poste » sans formation, sans passation d’information.
Mon statut dans l’organigramme de la boite et dans le trombinoscope a été changé.
Mon  »ancienne cheffe » m’a également dit de changer ma signature de mes courriels pour  »Responsable du pole XXX ».

Ce que j’ai compris tardivement, c’est qu’elle s’inquiétait visiblement de ce que je pouvais dire dans son dos.
Un jour, je tombe sur un collègue en salle de pause. Je m’apprête a lui dire un truc.
Soudain je l’aperçois elle, assise sur le canapé. J’ai l’air surprise sans doute.
Elle me dit :  »Tu allais dire du mal de moi ». Je reste sidérée et me force a rire comme si c’était une bonne blague.

Autre chose: elle qui ne faisait jamais la bise a personne le matin (son droit le plus total).
Mais un matin je l’ai vue faire la bise au « restructurateur », sur le parking.
On peut se demander si ça n’allait pas plus loin encore entre eux. Elle qui disait abhorrer la bise…

3 mois plus tard, mon évaluation annuelle fut menée…par le « restructurateur ».
Après avoir passé 10 min au téléphone avec sa fille…il ne me parla pas du tout de mon travail.
En revanche, il me présenta une liste de 16 points disant combien j’étais quelqu’un d’infect, de négatif, d’épouvantable.
J’en cite quelques-uns :
Manque de maturité et d’initiative, Attitude négative pesante pour ses collègues,
Mauvaise volonté à travailler en équipe, Gros problème d’attitude…doute sur ses compétences réelles.
Aucun fait contre moi, aucun document, aucun projet cité ou j’aurais mal fait mon travail.
Juste des  »On dit que tu es comme-ci comme-ça ».

Bien entendu, c’était faux.
Après une longue discussion ou j’étais calme et abattue face a ce type, j’ai contesté ce qu’on disait de moi, par écrit, dans l’entretien annuel.
Mais ce s…..me l’a fait signé ! Eh oui, je ne savais pas que je n’avais pas le droit de le signer !
Il y avait deux cadres tout en bas : un pour sa signature, un pour la mienne. Et il m’a dit de  »signer là ».

J’ai alors tout raconté autour de moi.
Un collègue/copain (de l’entreprise) m’a mis en contact avec une avocate en droit du travail (juste au téléphone, j’aurais du aller plus loin !!!).
Sur ses conseils et ceux de la CGT, j’ai commencé a rassembler des preuves qui mettaient a mal ce bilan annuel, des témoignages écrits de mes collègues .
J’ai contesté mon entretien annuel par courriel et LRAR.

Toujours sur conseil des uns et des autres (j’ai bien été entourée quand même), j’ai demandé a ce que ce bilan annuel soit refait.
Puis j’ai contacté le « restructurateur » pour qu’on refasse une réunion.
Il a transféré mon mail directement au CEO…qui m’a annoncé qu’il  »allait étudier tous ces éléments ».

A partir de là, je me suis fait licencier en 1 mois !
Je n’avais jamais reçu de blâme, de rappel a l’ordre ni de remontrances orales.
Juste ce bilan annuel. Une lettre d’avertissement disant qu’on envisageait mon licenciement et BAM !

L’avocate m’a dit:  »Quelqu’un vous avait dans le nez »,
 »Ne prenez pas ce licenciement comme quelque chose de personnel, vous êtes un dommage collatéral ».
Oui, mais quand même…C’était très violent ce qui m’arrivait !

Puis j’ai eu le droit a deux discours opposés :

–  »N’allez pas aux prud’hommes, vous perdrez plus d’argent que vous n’en gagnerez.
Quand bien même les torts de l’entreprise seraient reconnus.
Votre faible ancienneté vous dessert. Vous êtes jeune ! Mieux vaut rapidement rebondir ! ».

 »Foncez aux prud’hommes !!! Tout ceci est anormal ! Mais ça vous coutera de l’argent ».
Et ouais je n’avais jamais entendu parler de l’option  »Assistance juridique » chez mon assureur…à ce moment là, hélas…

Je me sentais très seule malgré le soutien moral des collègues (dont tout un groupe était une bande de copains en dehors du travail).
Seule malgré les conseils de l’avocate ou de la CGT.
Je me sentais démunie. Cette histoire de faible ancienneté était décourageante.

Sur conseil de l’avocate, j’ai réclamé directement un dédommagement a l’entreprise en leur rappelant que sinon, ce serait les prud’hommes.
L’entreprise se savait en tort.

J’ai été dédommagée (maintenant je trouve la somme dérisoire), suite a la signature d’un protocole d’accord transactionnel.
J’aurais du demander beaucoup plus mais je ne suis pas joueuse, bluffeuse…
J’étais seule face au directeur général de la PME !
Lui il était aguerri en matière de licenciements abusifs.
En effet, je n’étais pas la première. On m’avait parlé de licenciements brutaux pratiqués le passé…des trucs assez sordides.
J’ai vu par moi-même ce que ça donnait.
Et je n’allais pas être la dernière…

5 mois plus tard, nouveau licenciement abusif (d’un copain) !
Son évaluation annuelle avait été bonne et menée par son chef direct. Mais le chef de pole et le RH l’avaient dans le nez.
Tiens, encore un ?!
On a arrêté de lui donner du travail a faire, …on lui a reproché des retards chroniques.
Licencié lui aussi pour insuffisance professionnelle. Ah ah ah !
Sauf que lui avait 3 ans d’ancienneté.
Son avocat pense que son dossier est facilement gagnable aux prud’hommes.

Quant a moi, aurais-je obtenu un jugement  »motif sans cause réelle et sérieuse » en allant aux prud’hommes ?
Sachant que j’avais moins de deux ans d’ancienneté ? Avec cette convention SYNTEC pourrie ?

Je ne le saurai jamais.
J’ai signé ce protocole d accord pour me taire en échange du dédommagement.
Et j’ai retrouvé du travail aussitôt.
Parce qu’une grosse boite m’avait approchée juste avant le licenciement.
Ils ignoraient évidemment ce qui se passait. Ou pas…

Peut-être que les entreprises passent des accords secrets entre elles ? Du style :
– Salut Patoche, je vire Machin-Truc parce que la cheffe de pole qui me suce tous les matins ne l’aime pas… Mais il bosse bien…
– OK gros. Ça tombe bien ! On a besoin de recruter de l’ingé. Je l’appelle de ce pas !
Il y a de quoi devenir parano n’est-ce pas 😀 ?

Ironie de l’histoire : mon salaire a augmenté de 40% (puisque mon nouvel employeur m’a approché et non l’inverse).

Bilan :

– Mon licenciement abusif, ma vie chamboulée.
J’ai quand même quitté le nord pour le sud ! J’ai du recréer toute une vie sur place !
Et au bout de 9 mois, j’ai du redéménagé pour un nouveau travail a cause de ces pourris !

– Un collègue a fait un séjour de 3 semaines en hôpital (psychiatrique, d’après certains).
Il a balancé sur moi et sur d’autres. Se serait fait manipulé.
On est plus en contact. Il reste chez OBTUS. Il a des gosses a nourrir…

– Au moment de mon licenciement et après, 5, 6 personnes sont parties d’elles-mêmes.
Elles ont trouvé du travail ailleurs. Ou elles se sont rapprochés de leur famille.

– J’ai appris que le restructurateur lui-même ne serait plus dans l’entreprise.
On m’a soufflé qu’il se serait fait licencier lui aussi.
De même que mon ancienne cheffe se serait fait saquée.
Je l’espère mais je n’en sais rien.

– Un nouveau licenciement abusif d’un collègue, quelques mois plus tard !

Autre cas différent du mien
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J’ai parlé récemment avec une collègue qui a fait 15 ans dans une grosse entreprise avant d’être licenciée.

Les dernières années elle était victime de harcèlement moral, d’où un gros problème de santé.
Arrêt de travail suivi dudit licenciement. Elle est allée aux prud’hommes.

L’entreprise a alors obtenu qu’elle soit examinée par le médecin du conseil, arguant qu’elle mentait !
Il a bien entendu constaté qu’elle avait réellement un gros problème de santé.

Alors entendre dire qu’on doit faciliter les choses pour ces pauuuuuvres entreprises (les grandes et les moyennes), je ne comprends même pas !!!!

Les abus m’ont l’air plus que fréquents et on en entend peu parler car les gens comme moi se taisent et courbent l’échine pour retrouver du travail.

On peut facilement licencier sans raison en France et certaines entreprises remplies de psychopathes le font, et ce régulièrement, sans être inquiétées.
Ou alors c’est typique de la région PACA ?

> image d’entête via flickr

4 thoughts on “« Ce qui m’arrivait ressemblait a une promotion. »

  1. Non non, c’est le cas partout en France. Ma propre expérience, une entreprise du Nord, délocalisée à Montpellier et remontée à côté de Tours.

  2. « Mais ce s…..me l’a fait signé ! Eh oui, je ne savais pas que je n’avais pas le droit de le signer !
    Il y avait deux cadres tout en bas : un pour sa signature, un pour la mienne. Et il m’a dit de »signer là ». »

    J’ai du mal à comprendre pourquoi il y aurait à la fois une case pour ta signature et une interdiction de signer ?

    1. Le problème de la signature ici est qu’elle signifie « j’accepte ce bilan et confirme ce qu’il dit ». Une fois signé, c’est difficilement attaquable et donne une pièce à la partie adverse : « Vous avez signé, donc vous étiez d’accord avec ce papier, sinon vous ne l’auriez pas fait. Ou a défaut, vous auriez barré les parties avec lesquelles vous êtes en désaccord. »
      Il est assez compliqué (mais possible) de lutter contre ça.

  3.  »Mais ce s…..me l’a fait signé ! Eh oui, je ne savais pas que je n’avais pas le droit de le signer !’
    C’est une faute de frappe il me semble : ça doit plutôt être  »Eh oui, je ne savais pas que j’avais le droit de ne pas le signer !’

    Il y avait deux cadres tout en bas : un pour sa signature, un pour la mienne. Et il m’a dit de »signer là ».

    Elle s’est fait bien avoir quoi. C’est classique des RH malhonnêtes : on donne un bon coup de massue sur la tête de la personne à dégager et on profite de son état de sidération pour lui faire signer n’importe quoi. Dégueulasse…

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