Mon premier emploi ? Un CDD illégal.

Désolée ça va être un peu long, parce que je bosse depuis 15 ans, que j’ai eu quelques CDD et que je bosse en comptabilité, un milieu propice aux heures supp non payées et autres abus de la part des employeurs.
– Mon dernier emploi : actuellement, je suis en licenciement économique après 5 ans de CDI. J’ai intégré un grand groupe dans le but d’évoluer en interne. Il m’a fallu 2 ans pour mon rendre compte qu’à mon niveau de poste (agent de maîtrise) ça n’arriverait jamais dans cette entreprise. De toute façon, cette ambition n’est plus d’actualité, car mon licenciement à mis un terme à mes projets de carrières. Brossons le tableau : ma société ne connaît pas de difficultés financières. Ils ont acheté un progiciel dont ils se sont équipés au niveau mondial afin de pouvoir externaliser une partie des tâches pour faire des économies. En conséquence, il faut restructurer le service finance et répartir les tâches restantes différemment. On m’a donc proposé un nouveau poste que j’ai refusé car je le considérais comme une régression professionnelle, d’où mon licenciement. Jusque là rien d’anormal d’un point de vue légal. Mais en réalité, il y avait d’autres postes intéressants sur lesquels j’aurais pu aller et pour lesquels j’étais qualifiée (j’ai un BAC+5 en gestion finance) et prioritaire. Mais l’attribution des postes avait déjà été décidée autrement, par copinage. Donc ma société m’a proposé un arrangement financier intéressant qui correspond à peu de chose près à ce que j’aurais touché en allant aux prud’hommes. J’aurais bien voulu rester dans cette entreprise mais à un poste plus intéressant, et ce n’est pas ce qui avait été prévu pour mon cas. Aujourd’hui suite à mon licenciement « économique » mon employeur me paye depuis près d’un an pour rester chez moi et suivre une formation sur laquelle il ne va pas capitaliser puisqu’il n’a absolument pas l’intention de me reprendre. Le projet évident de l’employeur est de recruter à moindre coût sur les postes issus de la restructuration. Le contenu des postes ayant diminué, le personnel n’aura pas besoin d’être aussi qualifié.

– Mon premier emploi? Un CDD illégal…6 mois de contrat à temps partiel pour remplacer une comptable à temps plein. Pas d’heure supplémentaires prévues au contrat et une organisation imposée par la patron qui m’oblige à en faire quotidiennement. Heures non payées bien sûr. Le reste, payé au SMIC, bien sûr. Un patron qui me gueule dessus tous les jours, raciste par dessus le marché, et misogyne (combo gagnant). Un patron qui m’appelle pendant mes jours de repos pour répondre à des questions dont il connaît déjà les réponses. Au bout de 3 mois, je savais que je ne renouvellerais pas, à cause de cette boule dans mon ventre tous les matins. Il m’a fallu plus de 3 mois après divers échanges de courriers et une menace de prud’homme pour obtenir mon chèque de solde tout compte qu’il refusait d’établir sous prétexte que j’avais effacé mon numéro de téléphone en partant et qu’Il refusait de communiquer par écrit.

– Mon deuxième emploi ? Encore un CDD illégal. On m’a fait un premier CDD en guise de période d’essai…car légalement, un CDD ne peut pas être une période d’essai, même si on sait tous que en pratique c’est ce qu’il se passe. Payée au lance-pierre bien sûr avec cet argument imparable de la prime de précarité : »mais tu toucheras 10 % de plus à la fin». Renouvelée 6 mois (donc pas de prime de précarité), puis on me propose un CDI…et au revoir ma prime de précarité. Quand j’essaie de négocier mon salaire (+10 % sivoupléééé), on me répond qu’il n’y a aucune raison de m’augmenter puisque je vais faire exactement le même travail!

– Mon troisième emploi? Une boîte qui a fini par couler à force de faire de la fraude fiscale. On bossait le week-end, on prenait pas de pause déjeuner. On n’était pas payés de façon régulière. Le patron confondait le compte en banque de sa boîte avec sa tirelire personnelle. Mon CDD était encore illégal. Je n’ai pas souhaité renouveler ce CDD non plus, j’avais trop peur de finir en prison avec tout ce que je voyais passer (j’étais jeune encore)

– Mon premier CDI ? Je suis partie quand la goutte d’eau a fait déborder le vase. Ma fiche de poste à été volontairement amputée pour correspondre à la nouvelle classification des postes et ne pas augmenter mon salaire qui ne correspondait pas à la grille salariale. Les délégués du personnel censés m’aider n’étaient pas impliqués, sauf pour défendre leur propre situation. Et puis un jour, on m’a reproché une fois de trop d’arriver à 9h30 alors qu’on aurait souhaité me voir arriver à 9h00. Juste parce que, bah 9h00 on aime mieux. Pas pour raisons de service, hein ! La veille comme bien souvent, j’avais terminé à 23h00. Nous avions une pointeuse, mes heures supplémentaires étaient connues. Même si elles n’étaient pas payées… Je remplaçais 2 personnes parties en retraite sans m’avoir formée au préalable. Lorsque j’ai réclamé une augmentation, on m’a répondu qu’il n’y avait pas de budget. Moins d’un mois plus tard je démissionnais pour un autre poste identique, payé 25 % de plus, et on a essayé de me retenir en me disant que mon salaire allait être à l’identique. Finalement, il y avait donc du budget. J’ai trouvé ça humiliant.

J’ai deux amis dans la profession qui enchaînent les burn-out, les dépressions et les arrêts de travail. On a tous l’impression d’être des citrons qu’on presse puis qu’on jette…

 

 

 

Illustration : CC-By Jonathan Lwowski

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