Brandissons notre laideur jusqu’à ce qu’elle devienne sublime !

Mon histoire à moi n’est pas celle d’une travailleuse, mais d’une jeune qui, comme tant d’autres, n’a foutrement aucune idée de comment elle pourrait la gagner, sa vie. (Puisqu’il faut la gagner, d’après ce que j’ai cru comprendre. Mais vous savez, bête comme je suis, je croyais que pour être en vie, bah… suffisait juste d’être là, ici, sur Terre – ou ailleurs, mais bon, n’allons pas trop loin.)

Depuis que je suis gamine, y a une chose que j’aime par-dessus tout : poser des questions. Et c’est tout naturellement que je me suis pointée à l’école, les yeux brillant d’excitation : on allait enfin me donner tout un tas de réponses ! Mais j’ai bien vite déchanté. « Élève trop curieuse », « pose trop de questions ». Au bout du énième « parce que c’est comme ça », j’ai fini par comprendre que, non, l’école, c’était pas pour bibi. Déscolarisation, je vous passe tout le bordel. Bref. Allez savoir comment, j’ai tout de même réussi à obtenir le bac pour… rentrer à l’université. D’acc, d’acc. Mais pour faire quoi après, au juste ? Dans quel but ? Aller bosser dans un bureau ? Être dans l’obligation de faire, et ce quasiment tous les jours, un trajet d’un point A à un point B ? Y rester des heures et des heures durant, comptant les minutes qui me séparent de la fin de la journée (et me rapprochent, soit dit en passant, hein, de mon inéluctable mort) ? Bavant après mes futures vacances en Picardie ?
Ces 10 dernières années passées « en dehors » m’ont laissée tout le loisir d’observer les choses autour de moi ; et aux yeux de beaucoup, je n’ai pas la légitimité d’une « personne active », mais, mes amis, j’ai vu sur le visage de tant d’humains les ravages causés par le sacro-saint Travail. Alors, je ne suis pas bien sûre de la vouloir, cette légitimité. N’y voyons pas là une tentative désespérée de fuir ses responsabilités, bien au contraire ! La question du travail m’a taraudée tant et si bien que j’en ai développé une maladie, pas trop grave fort heureusement, mais qui me collera aux basques jusqu’à mon dernier souffle. Eh oui, ma bonne dame, c’est qu’on a le corps qui flanche quand on cherche à concilier ce que l’on est avec ce que l’on attend de nous. Quand on cherche à concilier l’inconciliable. Car oui, ce qu’on nous demande, c’est de briser notre individualité, ce qui fait de nous des êtres uniques et à part entière. De n’être plus que des paquets de chair corvéables à merci, vidés de toute substance, de toute volonté. Hormis celle de se soumettre. De plier le genou. De mettre notre vie, notre SEULE vie, au service de l’avidité de quelques-uns.

Au fil des années, prenant de mieux en mieux conscience du manège infernal dans lequel nous sommes tous entraînés, j’ai fini par n’avoir plus qu’une seule obsession, qu’un seul désir : trouver des solutions pour nous sortir de ce merdier. C’était devenu ma seule raison de vivre. A en perdre le sommeil, l’appétit et tout c’qui va avec. Aujourd’hui, à 25 ans, je suis, finalement, aussi paumée qu’au premier jour. Je n’ai pas trouvé de solution miracle, ni pour moi, ni pour personne d’autre. Je veux pourtant participer à notre monde, mettre ma petite pierre à l’édifice. MA pierre, pas celle qu’on m’aura demandé de fabriquer. Car je suis intimement convaincue que la pierre de chacun, aussi incongrue puisse-t-elle paraître de prime abord, trouve une cohérence au sein du système qu’est l’espèce humaine. Comme je l’ai dit, je n’ai trouvé aucune solution miracle, mais cet état de fait me donne la motivation de commencer à lutter de façon plus concrète (l’autogestion est un bon exemple), car m’est avis que le souci ne concerne pas le seul « marché du travail », mais bien la société dans son ensemble.
Mes amis, nos parcours de vie sont différents, nos avis divergent certainement sur bien des points, mais sachez que je vous aime, même si je ne vous connais pas. Je vous aime car vous êtes une partie de moi. Ensemble, nous formons l’humanité. Combattons le fatalisme, réenchantons nos vies. Nous sommes là pour expérimenter, nous casser salement la gueule et repartir de plus belle. Un sourire plein de crocs et de joie accroché au visage. Arrêtons de nous tenir sur des jambes de vieillard effrayé par lui-même. Ne cédons pas à l’obéissance apprise. Soyons beaux, soyons fiers. Brandissons notre laideur jusqu’à ce qu’elle devienne sublime !

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10 thoughts on “Brandissons notre laideur jusqu’à ce qu’elle devienne sublime !

  1. Le travail rend malade. Notre vie, notre société, notre planète. C’est aliénant.

    C’est être sain d’esprit que de trouver la cause de biens des maux.
    On ne peut s’en extraire, mais on peut lutter aussi.

    Lutter avec son prochain, avec son voisin, avec les terriens pour enfin sortir de cette spirale de l’enfer. mement.

    Courage, en fait, on le sait, mais on est beaucoup….

  2. Bon sang, j’en aurait lu des récits de vies, des témoignages tous plus poignants les uns que les autres, mais c’est bien la première fois que je font en larme devant un post. Peut être tout simplement parce qu’il est gonflé à bloc d’un optimisme qui ravage tout les mauvais sentiments sur son passage (mauvais sentiments qui sont Roi au Royaume de France, territoire au combien anxiogène en ces temps troublés).
    On a à peu près le même âge, sauf que dans mon cas chaque jour qui passe j’abandonne un peu plus de moi même à ces monstres boulimiques que sont l’Entreprise, le Marché dirigé par des patrons qui prônent la Croissance et la Compétitivité…Tout un tas de notion qui sont censé faire partie intégrante de ma vie mais qui sont totalement floues dans mon quotidien.
    Je vois aussi que je n’ai absolument rien à t’apprendre sur l’importance de la curiosité dans la vie. Apprendre de nouvelles choses et m’ouvrir sur le Monde sont bien les seules choses qui me maintiennent aujourd’hui. Contrairement à toi j’ai adoré mon passage à l’école pour la découverte de nouveaux domaines et, mais si il est vrai que niveau questions mieux vaut chercher soit même, cela représente pour moi l’un des piliers de la personne que je suis aujourd’hui.
    Enfin bref, bien que (encore une fois) ton optimisme aveuglant ne donne pas lieu à s’inquiéter, je te le dis on est tous plus où moins paumé. Certains le disent pas, d’autres pas en ces termes mais crois moi quand je te dis que malgré mon emploi je n’ai aucune vision au delà de 1 à 2 semaines devant moi. La nouvelle loi travail entend faire en sorte que ce brouillard oppressant devienne la norme et rien que pour ça, il faut penser une autre façon de vivre.
    Pour nous, pour un monde meilleur, plus beau, plus riche, plus fier, plus investit dans des causes justes, pour un présent et un véritable avenir, On vaut mieux que ça !

  3. En lisant ce commentaire, je ne peux que m’y reconnaitre, bien qu’étant un peu plus jeune, j’ai vu le même problème dans ma scolarité, car si notre notre endoctrinement est très visible dans le monde du travail, celui-ci commence dès la plus jeune enfance. Comme toi, je suis entré à l’école surexcité, car « Mr Pourquoi » (ce qui était le surnom péjoratif qu’on me donnait afin de me faire comprendre que je ne devais pas poser de questions) aurait enfin des réponses à toutes ses interrogations. Et là, énorme déception :  » pose trop de questions « . Je devais me contenter des bribes de savoir que l’on acceptait de me transmettre, et surtout ne pas poser de questions, ne pas chercher à en savoir plus. Le plus grand compliment qu’on pouvait faire à un enfant n’était pas « élève intelligent » ou « élève curieux » (pour ce dernier, j’avais des camarades d’autres classes que se le faisait même reprocher. Comment peut on être arrivé au point de reprocher à un enfant de tenter de comprendre le monde qui l’entoure, ou le pourquoi des actions des gens qui l’entourent ? ) mais « élève obéissant ». UN ENFANT OBÉISSANT VALAIT MIEUX QU’UN ENFANT INTELLIGENT ! A partir de là, j’ai connu là même chose que toi : dégout de l’école, puis par la suite, un (légère ?) dépression durant tout le reste de ma scolarité, soit une bonne dizaine d’années. Et ceci aura été le lot de bon nombre d’enfants simplement curieux et osant réfléchir. Donc oui, il y a un énorme problème pesant sur le monde du travail, mais le malaise est bien plus profond que ça. Le premier pas pour changer ce monde passe par l’éducation de nos enfants, et c’est en cela qu’une énorme charge pèse sur les parents comme les enseignants. Cessez de glorifier l’obéissance et de relayer la remise en question(même pas le refus, mais de le simple fait de réfléchir à la légitimité) de l’autorité au rang de défaut.

  4. En lisant ce témoignage, je ne peux que m’y reconnaitre, bien qu’étant un peu plus jeune, j’ai vu le même problème dans ma scolarité, car si notre endoctrinement est très visible dans le monde du travail, celui-ci commence dès la plus jeune enfance. Comme toi, je suis entré à l’école surexcité, car « Mr Pourquoi » (ce qui était le surnom péjoratif qu’on me donnait afin de me faire comprendre que je ne devais pas poser de questions) aurait enfin des réponses à toutes ses interrogations. Et là, énorme déception :  » pose trop de questions « . Je devais me contenter des bribes de savoir que l’on acceptait de me transmettre, et surtout ne pas poser de questions, ne pas chercher à en savoir plus. Le plus grand compliment qu’on pouvait faire à un enfant n’était pas « élève intelligent » ou « élève curieux » (pour ce dernier, j’avais des camarades d’autres classes que se le faisait même reprocher. Comment peut on être arrivé au point de reprocher à un enfant de tenter de comprendre le monde qui l’entoure, ou le pourquoi des actions des gens qui l’entourent ? ) mais « élève obéissant ». UN ENFANT OBÉISSANT VALAIT MIEUX QU’UN ENFANT INTELLIGENT ! A partir de là, j’ai connu là même chose que toi : dégout de l’école, puis par la suite, un (légère ?) dépression durant tout le reste de ma scolarité, soit une bonne dizaine d’années. Et ceci aura été le lot de bon nombre d’enfants simplement curieux et osant réfléchir. Donc oui, il y a un énorme problème pesant sur le monde du travail, mais le malaise est bien plus profond que ça. Le premier pas pour changer ce monde passe par l’éducation de nos enfants, et c’est en cela qu’une énorme charge pèse sur les parents comme les enseignants. Cessez de glorifier l’obéissance et de relayer la remise en question(même pas le refus, mais de le simple fait de réfléchir à la légitimité) de l’autorité au rang de défaut.

  5. Le travail c est la santé ne rien faire c est la préserver bref c est pas de moi et il me semble qu un philosophe assez connu mais je sais plus lequel que le travail allait a l encontre de la nature humaine. Et sachant que notre « société » c ‘est construite sur le travail et ses soi disant valeurs (le blé en fait) c’est normal que ca parte en couilles a bien des niveaux. Ce « systeme » c’est un peu comme un putain de chateau de cartes dont les bases sont pourries, branlantes, instables et nocives, et sur lesquelles on continue a entasser d autres cartes encore et encore et vous savez quoi le chateau il va finir,quoiqu’il arrive, par se casser la gueule et plus ce chateau sera imposant et plus sa chute sera destructrice.

    1. Pour ceux qui passeront par la, le philosophe est Etienne de la Boetie dans son Discours sur la Servitude Volontaire. Un discours de 18 pages que tout le monde (ou personne selon certains) devrait lire.

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