« Tu devrais déjà t’estimer heureuse d’avoir un boulot »

Quand ma collègue est partie faire des merveilles dans une autre boîte, parce que pas assez reconnue dans celle où je bosse, je me suis retrouvée seule pendant un temps à gérer un service « dimensionné pour deux personnes » (en réalité, trois selon les périodes n’auraient pas été du luxe). J’ai fait des horaires de malade pour essayer de ne pas rendre trop visible cette absence. Parce que les gens qui avaient payé pour une des prestations vendues par la boîte étaient en droit d’attendre le meilleur service possible. Parce que les collègues et les prestataires qui dépendent de mon activité n’avaient pas à ressentir ce manque de ressources.

Au bout du compte, j’ai passé mon entretien annuel d’évaluation et « on » m’a dit que j’avais juste « le niveau conforme aux exigences du poste ». Proche du burn-out, des journées à rallonge (une moyenne de 50 heures par semaine pendant 4 mois), des pauses déjeuner de trois minutes derrière mon écran, « ben c’est juste ce qu’on attend de toi parce que t’es cadre, t’as pas d’horaires, donc en aucun cas tu n’as surperformé ». Bonjour la reconnaissance (niaisement je ne demandais même pas un geste financier, mais une simple « reconnaissance » de mon investissement). « Tu devrais déjà t’estimer heureuse non seulement d’avoir un boulot, mais aussi d’avoir un poste de cadre à ton âge ». Bide retourné, nausée, petite gaucho élevée dans le mythe de la méritocratie pleure intérieurement son orgueil froissé et les valeurs piétinées.

Après ça, on a refusé, malgré ses compétences et les besoins du service, de transformer en CDI le CDD de mon nouveau collègue (qui remplaçait la précédente selon les mêmes modalités à la différence qu’elle était en CDI…). Un collègue sous-payé dont le salaire ne devait pas peser bien lourd dans la masse salariale. Un mois plus tard, alors qu’un plan de licenciements économiques est en cours, que mon collègue est parti parce que ses 1200 net pour un bac +5 coûtaient trop cher à l’entreprise en «difficultés financières », j’ai appris que d’autres, parmi les salaires les plus sexy de la société, malgré l’échec cuisant de leur projet (qui avait coûté un bras à la boîte, mais passons), avaient touché une prime pour ce projet (oui oui, un projet aussi coûteux que foireux mais récompensé par la totalité de la prime négociée). Au global, cette prime équivalait à deux ans de salaire annuel pour mon collègue… La situation est déjà assez gerbitive comme ça. N’en rajoutons pas. #OnVautMieuxQueCa

> image d’entête via Flickr

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