Je voulais être écrivain-fermière.

Quand j’étais enfant, j’étais toujours souriante. Très indépendante et curieuse. J’ai toujours été très bonne élève.

Je voulais être écrivain-fermière.

Ça a beaucoup fait rire ma conseillère d’orientation qui m’a conseillé de faire médecin ou journaliste. Mes études m’ont conduit en neuropsychologie. Après des petits boulots alimentaires où j’ai bien compris que dans la vie on est toujours suspect le jour où j’ai dû rester deux heures après le taff à recompter la caisse de l’agence de la banque où 150 euros manquaient…car le directeur de l’agence les avait oubliés sur son bureau. Après de nombreux stages à plusieurs centaines de km de chez moi où la différence principale entre mes maitres de stage et moi résidait dans la gratuité de mon travail. Après cinq ans d’études. Je me retrouve à glaner un service civique puis un petit boulot d’animatrice. On me dit que je n’ai pas choisi la bonne branche, que c’est de ma faute. Pourtant je connais des tas de psy débordés au bord du burnout. Des tas de centre médicaux avec des listes d’attentes de plusieurs années. Des tas de gens qui n’ont pas les moyens d’aller en libéral et qui se retrouve sans soin.

On me dit que j’ai de la chance, que j’ai réussi à trouver un métier qui me plait mais qu’il faut que je passe par des boulots un peu moins sympa avant de réussir à trouver quelque chose qui me corresponde. On me dit aussi que, si je ne travaille pas dans ma branche, on ne comprendra pas mon parcours et que je risque de me retrouver coincée dans un boulot qui ne me convient pas. On me dit que quand on fait un « métier-passion », il ne faut pas être regardant sur le salaire ni le temps de travail. Chacun y va de son avis.

Aujourd’hui, je gagne environ 250€ par mois. Je suis rémunérée pour 6h par semaine de travail (hors vacances scolaires). Bien entendu, le temps que j’investis dans la préparation de mes séances et le temps que je dois passer (comme c’est noté sur mon contrat) à valoriser les enfants auprès des parents ne sont pas rémunérés. J’occupe mon temps libre en faisant du bénévolat.

Mon copain bosse dans une boite en tant qu’ingénieur. Comme je vis avec lui, je n’ai droit à aucune aide sociale. Je suis diplômée bac+5 et je suis dépendante financièrement. La CAF m’a conseillé de prendre un appartement toute seule pour pouvoir toucher les APL et le RSA activité. Je crois qu’ils ne réalisent pas à quel point il est difficile de louer un appartement ni le ridicule de cette situation. Ils m’ont dit que le mariage n’était qu’un « papier ». Que, pour eux, que je sois mariée ou que je sois en « concubinage » depuis quelques mois, c’était la même chose. J’ai souvent eu peur que cette situation pèse sur mon couple et ça a parfois été le cas. Je me sens seule dans une mare de requin. Je me sens très souvent déprimée, découragée et démunie. Ma recherche d’emploi me coûte énormément en temps et en argent et je pense à une réorientation. Abandonnant ainsi mon projet professionnel dans lequel j’avais tout investi.

Je pense que la gamine que j’étais vaut mieux que ça. Ça m’aide à tenir.

#onvautmieuxqueça

> image via flickr

5 thoughts on “Je voulais être écrivain-fermière.

  1. Un peu similaire comme expérience.
    Rester fidèle à soit même avant tout. Rester fidèle à l’enfant qui est en toi.
    Y croire malgré tout. Envers et contre tout!!!
    La roue finit toujours par tourner même si c’est long..!
    Maître mot : ténacité :))

  2. Je lis votre post la veille d’une journée décisive, à l’orée des derniers oraux, rendus d’écrits, et d’une potentielle (espérée) remise de diplôme de psychologue spécialisée en neuropsychologie. J’ai moi-même eu des ambitions similaires durant ma tendre jeunesse (c’est d’ailleurs ce qui a motivé la lecture de ce post), être écrivain et fermière. J’espère que l’issue sera heureuse, malgré tout. Courage à nous tou.t.e.s.

  3. Quand j’étais plus jeune, je voulais être écrivain. On m’a dit que je ne gagnerais jamais ma vie avec. Et j’ai écouté les cons qui m’ont dit ça. Aujourd’hui j’ai un métier qui rémunère correctement, je le fais bien, mais ce n’est pas mon délire. Mais je ne suis pas heureuse avec un boulot au chaud qui paye. J’ai trop de responsabilité aujourd’hui pour tout remettre en question.
    Tout ça pour dire quoi ? Ne lâchez rien. Si c’est trop dur, reconvertissez vous dans un domaine qui vous ressemble, ou formez vous dans une « spécialité » qui peut vous sortir de là. Mais ne vous reconvertissez jamais dans un métier qui n’est pas « vous », car vous risquez de passer le reste de votre vie à lui donner un sens… c’est mon cas. Ne faites pas comme moi. Car s’il est difficile de vivre en courant après un boulot décent, il est tout aussi difficile d’accepter qu’on est payé pour apporter du vide à notre existence: l’entourage ne le comprend pas, et vous serez vraiment seule avec personne qui comprendra que vous vous plaignez d’avoir un boulot, même s’il vous rend malheureuse.
    Ne lâchez rien car vous avez la chance de savoir ce que vous voulez faire pour être heureuse.

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