Six mois d’exploitation et de burn-out total

Je lis tous les jours les nombreux témoignages que vous publiez et il arrive que je me retrouve dans certains, partageant la peine et la détresse de leurs auteurs, me sentant moins isolée…

Ce soir je décide de témoigner, sans vraiment savoir si je serai publiée. Je ne sais pas vraiment pourquoi je le fais, pour me libérer ou peut être pour que les personnes dans ma situation se sentent moins seules…

Le contexte est assez simple, passionnée depuis toujours par le milieu du cheval j’ai assez vite décidé d’en faire mon métier. J’ai donc réalisé mes études dans cet optique, fais de nombreux stages, quelques job salariées dans des écuries en tant que palefrenière… etc. A 21 ans je décide de me lancer dans une formation de Responsable d’entreprise hippique, je suis admise sans soucis dans l’école, ne reste plus qu’à me trouver un employeur pour mon apprentissage.

Bingo, je décroche un entretien dans une pension de chevaux/élevage à cinq minutes du centre de formation. Le patron me reçoit avec sa chef d’écurie, on discute missions, salaire, temps de travail… On me promet de me former en comptabilité, facturation, suivi clientèle, gestion prophylactique de la cavalerie. Génial ! Un poste complet et enrichissant. « Par contre il faudrait que vous commenciez la semaine prochaine sinon on ne peut pas vous garantir la place, se sera au plus rapide » – « Je suis encore en poste dans mon travail actuel et la formation ne commence que dans deux mois, je n’es pas encore déménagé et je vis à une heure d’ici… Je vais voir ce que je peux faire » – « Arrf alors on ne peut rien vous garantir ».

J’aurais dû sentir venir le mauvais coup mais l’opportunité était trop belle, j’ai décidé de la saisir, je m’arrange au boulot, réserve un hôtel à côté de l’écurie qui me coûte d’avance ma première paye chez ce nouveau patron mais qu’importe si je peux être bien formée pendant deux ans !

La période d’essai se passe bien, je bosse dur, je m’applique, on me félicite, me flatte, m’encourage, j’enchaîne les corvées d’écuries et de la ferme, j’ai un tel rythme de travail que je suis courbaturée au point d’éprouver des difficultés à me lever le matin, en deux mois je perds 6kg mais l’ambiance est bonne et on a confiance en moi et on me promet monts et merveilles pour la suite alors je continue à me donner en me disant qu’une fois la période de « tests » passée on m’attribuera un peu plus de responsabilités administratives. Je bosse 35 à 45h semaine pour 700€/mois avec un loyer d’appartement à 592.

Fin de la période d’essai et début de la formation, je suis évidemment gardée. A l’école tout se passe bien, le programme m’est familier je n’ai aucun mal à suivre les cours, en revanche en entreprise… C’est la dégringolade… Pas pressée de rentrer chez moi je prenais mon temps pour bien faire mes tâches quotidiennes même si un peu au delà de mes heures de travail et j’ai eu le droit à un « Tu traînes trop donc tu es en retard il faut que tu bosses plus vite« . Ok… J’accelère le rendement de sorte à finir à l’heure et même en avance « Il est trop tôt pour que tu partes, tu n’as qu’à aller me délier les ficelles dans le fumier » soit une mission de presque 45 minutes quand il m’en restait 10 avant la fin de ma journée… A force j’en ai finis par me cacher en fin de journée pour attendre l’heure précise où je pourrais démarrer ma voiture sans avoir de problèmes. Plus de travail, plus ingrat, plus vite et juste le droit à des remontrances parce que la longe verte n’était pas sur le bon licol ou parce que j’avais oublié un balais dans une pièce quand il aurait dû être dans celle d’à côté.

En vienne les menaces « Si tu ne fais pas bien ton boulot, les clients vont partir et donc on aura plus besoin de toi hein ?« , les humiliations devant la clientèle au lieu de simplement faire un point sur mes potentielles erreurs en privé, on ne me forme plus, on ne m’accorde plus la moindre attention quand je continue à donner mon maximum, parfois le patron m’appelle depuis chez lui non pas pour me demander si tout se passe bien mais pour que je vérifie si sa chaudière est bien allumée parce qu’il a froid dans son salon. Un jour le tracteur tombe en panne, impossible de finir mes boxes, je m’occupe autrement en me disant que je finirai demain quand celui ci sera réparé, en fin de journée, tracteur réparé, je m’apprête à partir « Non mais tu finis, dans le cheval on compte pas ses heures sinon change de métier hein ! » je ne rechigne pas et finis les boxes restant en finissant à 22h… Au bout de quelques semaines je deviens folle, j’arrive au travail 30 minutes en avance juste pour espérer finir à l’heure, je chronomètre la moindre de mes actions, je fuis un maximum mes « tuteurs », je cours dans tous les sens, le moindre imprévu dans ma journée est une catastrophe (et dans le chevaux l’imprévu devient habituel), je rentre chez moi la boule au ventre de peur d’avoir oublié quelque chose et je me réveille le matin en pleurs et crise d’angoisse.

Le médecin fini par m’arrêter trois jours pour asthénie. Après six mois d’exploitation et de burn out total, six mois à désherber la cour à la main, à curer des boxes, patauger dans la fumière pour en extraire les ficelles, à sortir les poubelles, emmener le patron à Carrefour et revenir le chercher au premier coup de fil… Se faire bouffer, rongée par la honte, ne pas oser dire non ou « merde ». Je finis par m’échapper de cet enfer et obtiens le diplôme haut la main sans passer par l’apprentissage. Je fais plusieurs nouveaux stages qui se passe à merveille.

Aujourd’hui je suis en formation comme enseignante d’équitation, je suis dans une entreprise en alternance où ma qualité de travail est appréciée, un patron ouvert au dialogue à qui je peux dire « ça ne me convient pas », qui me fait part de mes erreurs mais qui soulignent également mes réussites et mes prises d’initiatives positives, chez qui je fais des missions en rapport avec le contenu de ma formation. Je n’ai plus l’impression d’être une fourche payée au lance pierre.

Aujourd’hui je me suis promise de ne plus laisser une telle situation se reproduire, de ne plus jamais tomber dans cet engrenage malsain, j’ai appris à dire « Non », quand je repense au passé j’en suis malade, j’ai souffert et fais souffrir mes proches dans mon mal être.

Je sais que cette situation, un paquet de jeunes dans ce milieu la subisse, pourtant vous valez mieux que ça, on vaut mieux que ça !

 

> Image via Flickr

2 thoughts on “Six mois d’exploitation et de burn-out total

  1. J’ai vécu la meme chose sauf qu’il s agissait d une agence de recrutement ou je devait tout faire et assister tout le monde. Ca ne s arrêtait pas. Mes managers s en fichait. Ma santé se degradait et cela sf voyait. Je suis partie brisée. Et ce témoignage est choquant parce qu’on aurait pensé que ce genre de milieu hippiques ou les personnes sont en contact avec les animaux auraient plus humaines. Mais non! Quel triste monde

  2. C’est marrant quand même le nombre de boulots où « on ne compte pas ses heures ». Ce serait encore mieux qu’il y ai autant de jobs où « on applique le droit du travail ».

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