« Je veux être sûre que vous ne faites pas la comédie »

Je me lance et vous livre un petit témoignage. Pendant trois ans j’ai été employée commerciale dans une enseigne de la grande distribution au rayon traiteur pour financer mes études.

Mon travail m’obligeait à utiliser des machines de coupe qui ne sont en elles-mêmes pas forcément dangereuses mais exigent une grande attention pour éviter les blessures. Cela faisait deux mois que je travaillais dans ce rayon et un samedi, particulièrement tendu car très fréquenté, je me suis tranchée la main en coupant un jambon. Une partie de ma paume de la main gauche était passée à la machine.

Je saignais abondamment et au début, je ne voulais pas arrêter le travail et me contentais de mettre de l’essuie tout dans mes gants pour stopper l’hémorragie. C’est en voyant la tête des clients que je me suis rendue compte qu’il fallait peut-être faire mieux. L’hémorragie était telle que du sang suintait à travers le gant. C’est une des mes collègues qui m’a dit de la suivre et d’aller à l’infirmerie.

Le problème c’est que le samedi, il n’y a personne au cabinet médical. C’est un vigile qui a tenté de me soigner avec les moyens du bord : du mercurochrome et quelques compresses. Insuffisant puisque la blessure était bien trop importante.Il a fallut qu’il utilise DEUX boites de compresses et emmitoufler ma main dans un gant XXL en plastique pour faire tenir les compresses (il n’avait pas de bandage) pour que le sang cesse de couler. Il a alors appelé un des chefs qui étaient de restreinte pour demander à ce que je rentre chez moi, incapable de reprendre le travail.

La chef est donc venue. Elle m’a amené dans son bureau et m’a demandé ce qui s’était passé. Au début, elle ne voulait tout simplement pas que je rentre chez moi, argumentant que l’on était samedi et que mon départ mettrait en difficulté mes collègues. J’étais assez pâle et le choc me faisais trembler, surtout que les compresses recommençaient à se remplir de sang. Elle me regardait avec une certaine suspicion, a pris un ciseau et s’est mise et ré-ouvrir le pansement provisoire pour, je la cite, « être sûre que vous ne faites pas la comédie« , « comprenez, des fois, les salariés abusent et inventent n’importe quoi pour rentrer chez eux. » Bon, elle s’exécute, enlève le pansement provisoire. L’hémorragie reprend. Elle me regarde, me dit « vous pouvez rentrer chez-vous » et s’en va, me laissant là.

C’est le vigile qui m’a accompagnée jusqu’à la porte de service. Ils n’ont appelé personne pour venir me chercher. J’ai dû me débrouiller pour rentrer. Je suis allée aux urgences et ai été arrêtée deux semaines. Étant donné qu’une partie de la paume était tranchée et devait être restée dans la machine, il n’a pas été possible de faire des points de suture. Bien soignée, je n’en garde qu’une petite cicatrice à l’endroit où la coupe a été la plus profonde. Je suis retournée travailler là-bas. J’avais besoin de cet argent.

Voilà. J’ai d’autres petites anecdotes de mes années vécues dans cette grande enseigne ( notamment une fois où ils m’ont fait travailler 65 heures en 8 jours en faisant cumuler mon contrat étudiant avec deux avenants au contrat supplémentaires pour assurer lors des fêtes de fin d’année, une fois où ils m’ont fait rattraper les heures d’un jour férié, une fois où mon chef nous a demandé de faire passer une hausse des prix pour une promotion envers les clients… ). Les conditions de travail était assez dures et il m’est arrivée de rentrer chez moi en pleurant. Mais cette expérience est celle qui m’a le plus marquée. Depuis, ayant vu l’envers du décor, j’ai un peu de mal avec la grande distribution !

> image d’entête via Flickr

4 thoughts on “« Je veux être sûre que vous ne faites pas la comédie »

  1. Quelle horreur!! J’ai bossé au rayon charcute il y a deux ans et quand ma collègue s’est coupé le doigt (à la fermeture), bah on lui a pas fait ce coup. J’me suis même retrouvée une semaine toute seule au rayon du coup. Elle est revenue ensuite et il n’y a pas eu d’histoire avec le chef. Mais je compatis. La grande distribution c’est vraiment une usine à gaz et faut avoir les nerfs bien accroches pour tenir souvent.
    Bon courage pour la suite.

  2. Mon fils préparait un BP cuisine dans un restaurant 2 étoiles.
    Il a développé une allergie professionnelle et ses mains étaient remplies d’eczéma et saignaient beaucoup.
    Son patron lui a fait porter des gants jusqu’à l’obtention de son diplôme ce qui n’a rien arrangé du tout (allergie supplémentaire). Dès qu’il retirait les gants, ses mains étaient poisseuses de sang.

    Résultat après avoir fait un bilan allergologie au centre des maladies professionnelles : il doit se réorienter professionnellement.
    Cela a mis plus d’un an à guérir.
    Même s’il a su « rebondir », les patrons sont parfois des salopards….

  3. En milieu professionnel, dès la première goutte de sang, il FAUT appeler le 18 ; les pompiers ne se déplacent pas forcément mais conseillent…

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