« Et si vous disparaissiez dans 3 secondes et deviez vous transformer en un animal, lequel serait-il ? »

À l’entretien d’embauche de ce matin, le directeur de l’entreprise m’a annoncé de but en blanc qu’il n’allait pas jauger mes compétences techniques, puisque cela avait été fait au cours de l’entretien précédent. Il allait donc se concentrer sur moi, mes qualités et mes « points d’attention ».

À cet effet, il a donc repris le dossier de 8 pages que j’avais dû compléter pour ce rendez-vous. Dossier comprenant des questions telles que : nombre et âge des enfants, profession du conjoint, est-il employé actuellement, CA annuel de l’entreprise qui m’emploie, rémunération, position hiérarchique, activités et responsabilités extraprofessionnelles…

Les questions posées au cours de cet entretien ont été (retranscription parcellaire, selon mes souvenirs) :

– quelle est la profession de votre père ?
– pour quelle entreprise ?
– il ne travaille plus ?
– pourquoi ?
– rassurez-vous, ces questions ont pour simple vocation de vous découvrir, personnellement. J’aime savoir qui sont mes employés.
– quelle est la profession de votre mère ?
– durant vos études secondaires, dans quelle école étiez-vous ?
– quel type d’enseignement était-ce ?
– quelle option aviez-vous choisie : éducation physique, mathématiques… ?
– oh, latin-grec ! vous devez donc être cultivée. Les jeunes de nos jours* n’ont plus ce genre d’ambitions, quelles étaient vos motivations ?
– et quelle enfant étiez-vous en secondaire ? Comment occupiez-vous votre temps ? Quel tempérament aviez-vous ?
– et ensuite, qu’avez-vous fait ?
– et ensuite ?
– 2 échecs, donc. Et après ça ?
– d’accord. Et là, c’était un CDI ? Alors, pourquoi l’avoir quitté ?
– expliquez-moi plus en détails ce qu’il s’est passé.
– où vivez-vous actuellement ?
– et dans quoi : un studio, un appartement, toujours avec vos parents… ?
– quelle est la profession de votre conjoint ?
– il faut que vous compreniez, mademoiselle ! Je fais ça pour mieux apprendre à vous connaître.
– il travaille dans une grosse entreprise ?
– êtes-vous syndiquée ?
un mauvais point pour vous ! Je ne cautionne absolument pas ce choix.
[Laïus de 5 mn où le directeur s’emporte en disant que les jeunes syndiqués sont des jeunes qui sont assistés, que leur entreprise revient de loin, qu’il doit leur rendre des comptes mois après mois. Qu’ici, il met volontiers en place des choses pour son personnel, telles que des journées sportives, des formations en nutrition avec des femmes* qui donnent des conseils, qu’on fonctionne à la confiance et qu’il n’y a pas besoin de pointer, que la porte est ouverte pour les négociations, d’ailleurs, le salaire ici est le meilleur qui soit offert par rapport à la concurrence sans compter les avantages – assurance groupe, chèques repas –, mais il ne supporte pas cette « génération Y » qui a besoin d’être prise par la main pour demander une augmentation salariale, et que si je suis de ceux qui sont réglés comme une pendule et qui tiennent à arriver et partir à heures fixes, on ne va pas s’entendre, parce qu’il tient à un système managérial reposant sur l’initiative et la créativité, (…). Blablabla.]
– et que déplorez-vous le plus dans la vie ?
– vous entendez quoi par vanessances ? [le monsieur ne connaissait visiblement pas le mot « évanescence », il faut l’excuser]
– bon, d’après l’entretien que nous venons d’avoir, j’ai pu jauger un peu votre personnalité. Je vous invite à me contredire si je me trompe. Je dirais que vous êtes quelqu’un de simple, de méfiant ou prudent, de travailleur, et de sérieux.
– quels sont selon vous vos plus gros défauts professionnellement ?
– il y en a d’autres ?
– comment, selon vous, vous définirait votre meilleur ami ou votre meilleure copine – en deux mots ?
je vois que vous êtes décontractée et souriante, mais je ne m’attendais pas à ça. Pourquoi vous n’êtes pas comme ça, là, maintenant ?
– mais je ne comprends pas, vous ne laissez rien transparaître de cette partie de votre personnalité.
– et si vous disparaissiez dans 3 secondes et deviez vous transformer en un animal, lequel serait-il ?
– pourquoi ?
– bon, très bien. Nous vous recontacterons prochainement pour vous faire connaître notre verdict. J’ai appris que vous souhaitiez un mi-temps à la place d’un temps plein durant les premiers mois pour assurer ou compléter vos missions de l’autre côté. De toute façon, nous partirons sur une période d’essai de 3 mois. Il faut tout de même que nous voyions si vous convenez, n’est-ce pas ? Je vous inviterai à nous communiquer une fiche de paie récente de votre mi-temps actuel pour que je puisse adapter mon salaire à la hausse histoire que ce soit quand même un peu attractif.
#OnVautMieuxQueCa, non ?

 

 

Illustration : CC-By Paul Varuni

13 thoughts on “« Et si vous disparaissiez dans 3 secondes et deviez vous transformer en un animal, lequel serait-il ? »

  1. Si seulement on pouvait les faire disparaître eux en 3 secondes, ça nous ferait des vacances !
    Quand on voit ce que certains recruteurs se permettent en entretien, c’est effarant !

  2. Il a trop lu « Comment faire passer un postulant pour qu’il se sente comme une sous-merde en moins de 5 minutes » ! Comment je l’aurai pris de haut p*tain !

  3. Un entretien, ça marche dans les deux sens : si ça sent le vinaigre avant même d’avoir été embauché, il ne faut pas hésiter à y mettre un terme.

  4. bon, d’après l’entretien que nous venons d’avoir, j’ai pu moi aussi jauger (et pas qu’un peut) votre personnalité:
    -Manque flagrant d’assurance dans sa capacité de trouver le bon profil
    -Manque de culture littéraire
    -Imbue de sa personne
    -Use et abuse de sa position dominante
    -Fait de la psychologie de bar
    -Aucun savoir vivre
    -Masque son incompétence par une orgie de moyen
    -Entreprise ou l’on va rapidement de retrouver confronter à un système managérial reposant sur le flou artistique de l’humeur
    -etc
    De toute façon, nous partirons sur une période d’essai de 3 mois. Il faut tout de même que je me rende compte de la réalité du poste proposé et de l’ambiance de travail, n’est-ce pas ?
    Recruteur votre attitude nous apprend apprend beaucoup sur vous!

  5. ça vaut la peine de le lire juste pour la fin ou il réalise que sa proposition d’embauche fait pas du tout envie… de grands malades ces gens!!

  6. « Je sens comme un léger malaise… hm ? Non, pas d’inquiétude, c’est juste votre vie privée qui vient de sauter par le fenêtre. Votre dignité et vos droits ne devraient pas tarder à la suivre. »

    Pourquoi pas notre dossier médical et un accès nos mails et nos comptes personnels aussi ?
    Mais où va-t-on…

    1. Pour les mails c’est déjà le cas dans beaucoup de grosses boîtes telles que la SAUR ou BOUYGUES. Pire! une filiale AREVA a un système qui signale les coups de fil de + de 30 minutes (!!!) Mais comme c’est précisé dans la charte informatique ou dans le règlement de l’entreprise tout va bien, hein? Même si on est OBLIGE d’accepter et de signer cette charte lors de l’embauche, tout va bien aussi, nan? où est le problème? (ironie bien sûr) 🙂

  7. Pour info, ce que dit le Code du Travail, pour ceux qui ne savent peut-être pas. Même si je conviens qu’il est loin d’être évident de s’opposer à un recruteur en plein entretien d’embauche.
    Ce que l’on peut vous demander en entretien : Article L1221-6 du Code du Travail
    Les caractéristiques qui ne doivent pas empêcher l’embauche : Article L1132-1 du Code du Travail
    Pour porter plainte suite à une discrimination à l’embauche, vous pouvez allez ici : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1642

  8. Je suis l’anonyme qui a vécu cette effarante expérience…
    Je me suis rappelé d’une question qui m’a été demandée, au cours de cet entretien – non des moindres :

    – dans votre couple, qui a le pouvoir ?
    – non mais faites un effort, il y a forcément l’un de vous qui domine l’autre… lequel est-ce ? Lui ou vous ?

    Merci pour vos réponses, qui me confortent dans mes impressions.
    Finalement, j’ai été retenue, mais j’ai refusé le poste. J’ai estimé me devoir cette marque de respect 😉
    Bonne journée à tous.

  9. Il y a très longtemps (j’avais 20 ans), voici la question qu’on m’avait posé en entretien : aimez-vous être battue ? Je n’ai pas été retenue pour le poste, mais je savais que je n’aurais pas accepté le contrat. Les questions en entretien donnent déjà un aperçu des relations à venir. Il s’agissait d’une agence départementale du Medef.

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