Le respect des consignes de sécurité, « c’est pour les princesses »

Je suis entré dans le monde du travail sans y croire, ma distance et mon flegme amusent mes collègues et impressionnent mes managers qui ont moins de prise sur moi que sur les autres.

Je remercie mes parents d’avoir parlé de leur difficultés au travail a table pendant mon enfance. voici quelques souvenirs :
Ma mère en pleurs après une formation ANPE (a l’époque) dans laquelle le formateur remettais en cause ses compétences puisqu’elle avait mis sa carrière en pause le temps que ses deux enfants soient scolarisés.
Ma mère humiliée par un petit patron stupidement exigeant, forcée de rester le soir pour refaire les tabulations d’un fichier de code informatique qu’il a lui même fait disparaître.
Des remarques racistes et sexistes a tous les employés qui n’ont pas la naturelle délicatesse d’être des hommes blancs. Et donc discriminations qui vont avec. Les mecs progressent ; les jaunes, les noirs, les femmes restent programmeurs.
Les politiques d’entreprise qui contredisent les usages imposés par les chefs (être présent ou pas aux repas de direction, participer ou non a la notation individuelle, renseigner ou pas l’outil de documentation interne, participer ou pas aux bêta tests, refuser ou accepter les déploiements de nouveaux outils)
J’ai vu ma mère en dépression, se mettre aux médicaments et culpabiliser ensuite d’en être dépendante.

Mon père a souffert lui aussi. Brinquebalé aux quatre coins de l’île de France de déménagement en déménagement, de restructurations en refontes et rachats.
Une grosse dépression après une formation fournie a l’occasion d’un des rachats. Il n’a jamais pu nous en parlé. c’est a nouveau refermé sur lui même quand je lui en ai reparlé il y a quelques temps. Ça s’intitulait « la stratégie du Dauphin« , si vous avez des informations sur ce que ça pouvais contenir, lâchez vos com’. Suite a cette formation plusieurs de ses collègues se sont lancés dans l’auto-entrepreneuriat et ont naturellement fait faillite face a leur ancien patron qui devenait leur concurrent…
Destruction de la base de donnée des cours rédigée depuis 10 ans par les salariés. La précédente direction était toute fière de sa ged (gestion électronique des documents) la nouvelle n’a pas renouvelée la licence, sans prévenir les utilisateurs. Et comme on avais la ged, il était interdit de faire des sauvegardes, c’était le patrimoine de la boite, pas celui du formateur.
Les déplacements fréquents. Plusieurs semaines par moi a l’hôtel, loin des enfants, partir le dimanche soir pour commencer le lundi matin chez le client. Pas de rémunération supplémentaire, des indemnités restaurant qui couvrent a peine les hors d’œuvre dans la plupart des restaurants et les remboursement de frais d’hôtels en deçà des tarif des hôtels Formules 1.

… et c’était le temps béni des années 90. Quand les lois étaient laxistes, avant la flexibilité.

J’étais préparé a cette violence au travail, mais putain que c’est dur.
Ma cheffe de service m’a dit que ça ne l’arrange pas que ma femme soit enceinte.
On a demandé a mes collègues femmes pendant leurs entretiens d’embauche de s’engager moralement a ne pas avoir d’enfant pendant les trois premières années de leur contrat.
Après deux ans à réclamer des points réguliers avec mon chef, on en a enfin eu un « parce que tu m’as envoyé trop de mails ». C’était des urgences a traiter …. il y a trois mois.
Formation refusée au motif que « vous êtes encore jeune ». A 35 ans… oui je me sens jeune, mais je suis jeune jusqu’à quand?
Depuis deux ans les réunions commencent de plus en plus tôt. 9h30, 9h, maintenant 8h30. Le n+2 lui ne viens plus, il nous laissent « gérer en autonomie »… ça sonnerais presque comme autogestion… Sauf que les enfants ne s’accompagnent pas tout seul a la maternelle.
Et puis les injonctions a la délation. « Laquelle de tes collègues a signé la lettre transmise aux syndicats pour harcèlement? ».
La mise en autonomie totale, j’ai fait moi même le recensement des équipements dont je doit assurer la maintenance dans un périmètre de 90km²… sans véhicule. Je remercie les (quelques) collègues qui ont pris du retard sur leur travail pour m’aider.
La cheffe qui réclame des sucreries a ses employés et leur jette la monnaie au visage le jour où l’un d’entre nous lui dit qu’elle n’a qu’a la payer elle-même.
Toute la hiérarchie est unanime, les équipements de protection individuel, le respect des consignes de sécurité, « c’est pour les princesses ». Sauf pendant les deux semaines d’audit. Casque neuf, chaussures neuves, cônes de signalisation neufs et haro, Mme l’auditrice, sur les employés qui ne sont pas allé réclamé les longes dont ils devaient s’équiper au magasin. Elle notera quand même que le fournisseur correspondant a cet équipement n’est pas identifié et qu’il n’y a pas de stock au magasin. Donc on nous les refusent et l’employé, recruté il y a deux ans, qui avais été audité ne connaissait tout simplement pas l’existence de ce type de matériel.
Ce qui me permet de tenir, je pense, c’est les soins scrupuleux que je met a ne travailler que 35h par semaine. Pas une minute de plus. Les promesses d’heure sup ou de rattrapage ne sont pas tenue. Et je doit cette méfiance aux expériences de mes parents.

Il faut se le marquer dans nos ADN, le transmettre a nos enfants : les patrons sont des profiteurs, les petits chefs des pourris. Les lois qui sont proposées poussent toutes pour donner plus de poids a ceux qui abusent déjà de leurs positions pour nous humilier, nous soumettre, alors que tout ce qu’on demande c’est a être exploités, convenablement, quelques heures par semaine en échange d’avoir de quoi nous nourrir, loger et vêtir.

#OnVautMieuxQueCa

> image d’entête via flickr

5 thoughts on “Le respect des consignes de sécurité, « c’est pour les princesses »

  1. « Être exploité convenablement » est un paradoxe aussi absurde qu’un esclavagisme respectueux.
    Le système de subordination actuel basé sur le chantage à la survie (tu bosses ou tu crèves) est à abolir.

    Il y a d’autres façons d’organiser une société, une prise de conscience collective permettrait de l’inventer à partir des concepts de coopération, de partage, de redistribution équitable, de solidarité, d’autonomie et de respect pour la planète. À commencer par se réapproprier les savoirs et compétences en agriculture, en artisanat, en architecture qui ont fait leur preuve durant des millénaires, en mixant le Low Tech et les dernières innovations…

    Bref, il y a de nombreuses possibilités pour faire tout autrement, sans attendre que ça vienne des gouvernements, et cela commence déjà en Asie, en Afrique et en Amérique latine, grâce aux femmes d’ailleurs. C’est à nous de les rejoindre !

  2. Pinaise, on se croirait dans les 3 boîtes de BTP-étanchéité qui m’avaient recruté (deux ont coulé dont une aprés que j’aie servi dedans pendant 13 ans).
    « La sécurité c’est pour les Princesses », c’est ce qui m’a interpellé, je l’ai déjà entendu et un ancien collègue aussi avant de se recevoir un rouleau de 1.8 tonnes sur le dos.
    Et j’abonde dans ton sens: « les patrons sont des profiteurs et les petits chefs des pourris ». Aucun, je dis bien AUCUN avec qui j’ai bossé ne redore l’image de ceux que tu cites.
    Et les frais ne couvrant rien et partir le Dimanche soir, pareil, pour rien en plus.
    Depuis, je fais de l’intérim, les gens de l’agence sont top, 3.5 ans avec eux, aucune plainte.
    Mais, tant qu’il y aura des gens « amoureux » de leur patron, on ne pourra rien faire.
    Un de mes anciens conducteurs de travaux avaient une grande phrase qui est pleine de bon sens au vu des diverses expériences lues et subies: « Tu ne peux pas lutter contre les adeptes de la fellation masculine ».
    Pour moi, ça veut tout dire.

  3. C’est quand tu lis ça que tu veux devenir chef d’entreprise pour faire évoluer les choses (oui l’espoir va me tenir jusqu’à l’instant ultime)

    Sinon la stratégie du dauphin t’as pas mal de truc sur internet, en gros c’est la carpe qui va échouer, le requin qui va chercher à gagner quoi qu’il arrive, et le dauphin qui cherche ce qui marche. Petit lien des familles http://strategie-systemique.blogspot.fr/2007/10/comment-utiliser-la-stratgie-du-dauphin.html

  4. La stratégie du Dauphin :
    j’ai trouvé quelques infos sur le web (notamment https://delivre.wordpress.com/2009/05/25/comprenez-les-strategies-du-dauphin-de-la-carpe-et-du-requin/) mais j’avoue faire un rejet de ce genre de théorie sur le travail et ce système de classification des employés.
    Bientôt le refus de poste parce que les recruteurs rechercheront une Carpe et que vous êtes un Requin, si ce n’est pas déjà le cas ! il y en a déjà qui recrutent après une analyse graphologique du candidat (voir même de votre signe astral !!!)

    C’est bien d’être armé comme tu sembles l’être ! mais ça me fait peur, car tu confirmes bien que c’est ce que nous transmettons à nos enfants : la phobie du monde du travail (et du monde en général à force).

    Ma fille qui a 7 ans a déjà décidé qu’elle ne voulait pas devenir adulte « parce que les adultes ils doivent trouver un travail qu’ils n’aiment pas, sinon ils peuvent pas manger ou avoir une maison, et en plus après tout ça ils sont trop fatigués, ils n’ont même plus le temps de s’amuser »

    Je te souhaite, et même je nous souhaite à tous d’enfin nous épanouir au travail (même si aujourd’hui cela reste une utopie lointaine)

  5. Dans tout ce que je lis sur ce site, je vois que les problèmes liés au travail sont, sans aucune exception, causés par les collègues et pas par le travail en lui-même. Les gens aime leur travail, ce qu’ils n’aiment pas c’est s’employer pour faire grossir le patrimoine indécent d’un « grand entrepreneur ». C’est la nature de la coopération/collaboration entre les collègues qui dénature le travail, pas l’activité. Dans une société au maximum de l’individualisme, il faut se rendre compte de l’influence des autres sur nous-même, et de celle que nous avons sur eux.

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