Fille au pair, 100 euros par mois au noir, sans être nourrie

Tout commence en juillet 2014, je suis dans une impasse financière et je dois quitter le domicile où j’étais gracieusement logée depuis plusieurs mois. Je cherche des jours et des jours une solution sur divers sites, plus ou moins douteux.A peine majeure, sans diplômes, sans parents pour m’aider, que pouvais-je espérer ? Enfin, je tombe sur une annonce de ‘fille au pair’ en région parisienne, là où je vivais. Je prend contact avec la personne l’ayant postée, afin de convenir d’un rendez-vous. Miracle, elle me répond. Nous choisissons une date proche afin de se voir.

Le jour J, j’arrive à l’heure, on me présente la maison, l’enfant dont je devrais m’occuper toute l’année, avant d’arriver aux détails du contrat. Je serais payée ‘au black’, 100 euros par mois, serait logée dans une chambre assez modeste, ne serait pas nourrie (ce qui indique bien que je devrais me débrouiller pour me nourrir, par moi-même). Concernant ce que je devrais faire :

  • Emmener l’enfant à l’école puis le ramener le soir, le faire goûter, lui faire faire ses devoirs, jouer avec lui, lui faire prendre sa douche avant de dîner (Les repas à lui faire étaient tous scrupuleusement écrits chaque semaine sur un planning, repas que je ne prenais évidemment pas avec lui).
  • M’occuper de lui chaque mercredi, toute la journée, et l’emmener à ses activités extra-scolaires.
  • Faire l’intégralité du ménage de la maison (un F3), ainsi que le repassage. J’étais exemptée de faire le ménage de la chambre des parents ainsi que de m’occuper de leur lessive

Je me suis dit, ce jour-là, que c’était une offre assez simple et que si, en plus, je gagnais de l’argent pour ça, c’était merveilleux. Ma naïveté n’avait jamais été aussi grande qu’à ce moment. Après que les parents aient écouté mes motivations, mon cursus scolaire ainsi que mes éventuelles questions, ils m’invitent à rentrer chez moi, indiquant qu’ils me rappelleront si j’ai été sélectionnée, étant donné qu’ils ont beaucoup de candidates.

Une semaine plus tard, on me r appelle pour me demander si je suis toujours intéressée, question auquel je répond par la positive. On me propose donc d’emménager quelques semaines avant la rentrée des classes, ce que j’ai fait.

De là, les choses vont devenir de moins en moins facile à vivre.

Premier mois, j’ai suivi à la lettre toutes les recommandations de la mère (le père étant régulièrement loin du domicile), à savoir l’heure du lever, les indications du ménage, mes autorisations et interdictions. Elle restait courtoise, sans pour autant paraître chaleureuse. Je me suis donc attelée en fin de première semaine au ménage ainsi qu’au repassage, comme demandé. Récuration des toilettes, aspirateur, serpillère, vaisselle (oui parce que je n’avais pas le droit d’utiliser leur lave-vaisselle parce que je cite : « pourquoi je te paierais si tu ne le faisais pas à la main?« ), carreaux et miroirs, tout y passe. Le soir-même, la mère vient me voir dans ma chambre et me demande de venir voir. Je découvre alors une trace sur la table basse du salon, avant qu’elle ne me montre également une miette sur le plan de travail de la cuisine. Elle me ré-explique vigoureusement les méthodes à suivre, une demi-heure durant, avant de me laisser retourner dans ma chambre, après que j’ai acquiesé.

Deuxième mois, je commence à me rendre compte que tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraissait. La mère ne cesse de se plaindre de mon travail, auprès de moi comme de son mari qui vient me sermonner lorsqu’il rentre de ses voyages. Je comprend que 100 euros pour se nourrir, c’est peu, même en économisant, même en sautant un repas, même en ne se faisant aucun plaisir. Je suis heureusement aidée à cette époque de mon petit ami qui m’a beaucoup aidé à tenir dans cette période, où je lui ai caché une partie des choses que je pouvais subir, ne voulant pas l’inquiéter davantage. Je nettoie des heures durant, chaque semaine, chaque jour, pour espérer avoir fait un travail pouvant convenir à ma ‘patronne’, sans succès. J’essaie encore, et encore, je me demande ce qui cloche chez moi, pourquoi je ne suis pas capable de faire exactement ce qu’elle me dit. Je me remet en question, déprime sous les mots qu’elle me dit. ‘Incapable’, ‘Bonne à rien’, ‘Idiote’, ‘Conne’ sont des mots qui résonnent toujours dans ma tête. Je refusais de parler de tout ça à quiconque.

Quatrième mois, rien ne va plus. J’ai sombré, complètement. J’ai pris pour seul refuge le seul lieu où je me sentais encore bien, en sécurité, mes jeux, mon monde, mes lectures. Je ne vois quasiment plus mon petit ami, n’ayant plus le temps de le voir, lui-même ne pouvant me rendre visite car ma patronne m’interdisait d’inviter quiconque à la maison. Souvent, je pleurais seule dans ma chambre, en prenant garde de ne pas faire trop de bruit, de peur qu’elle me surprenne. Je ne mange presque plus, je me sens vide. Je n’arrive plus à sourire à l’enfant que je garde, j’essaie tant bien que mal de jouer avec lui, mais ma tête n’est plus à la fête. Mon travail ne convient toujours pas, et les parents finissent par me convier sur le canapé, pour discuter. ‘Ce n’est plus possible, tu n’es pas capable de faire ce que l’on te demande, on te laisse un mois pour trouver quelque chose d’autre, et que nous trouvions une personne plus propice à nos attentes.’.

Ce jour-là, je n’ai pas pleuré, je n’ai qu’acquiesé. Étrangement, je me sentais déjà mieux, de savoir que j’allais devoir partir, même si je n’avais aucune idée d’où j’irais, de ce que je ferais.

Aujourd’hui, j’ai réussi à refaire confiance à une famille cherchant une babysitter. Je n’habite pas avec eux, mais tout ce passe très bien. Mais je garderais toujours ce souvenir d’une vie terne où j’ai été exploitée. Maintenant je le sais, je vaut mieux que ça.

> image via flickr

3 thoughts on “Fille au pair, 100 euros par mois au noir, sans être nourrie

  1. Ma pauvre, je compatis, aupair c’est souvent comme le loto je trouve. Soit tu tombes sur des gens bien soit le contraire, même sur les sites bien connus. J’ai eu une expérience similaire en Espagne dans une famille horrible (pas payée, pas nourrie, pas considérée et en plus je devais faire les courses pour eux avec MON argent..),
    Bah j’ai pas attendu longtemps avant de me barrer comme une voleuse (littéralement) ^^
    C’esr un job compliqué dans la législation en plus.
    J’espère que tu as trouve une meilleure famille. Et si ça devais recommencer n’hésite pas à leur dire ce qui va pas. T’es pas leur esclave, tu vaux mieux que ça.

  2. Face à ce genre d’annonce esclavagiste, une méthode a fait ses preuves : la méthode sournoise.

    Vous acquiescez, et lorsqu’il n’y a personne, vous vous servez d’objets de valeur en guise de dédommagements.
    Attention, pour que celle-ci fonctionne, il faut le faire avant de se faire remplacer par un autre esclave.
    Que peuvent-ils faire ? Rien, si ce n’est mettre en exergue leur propre culpabilité. Et rassurez-vous, les gens de la bonne société n’aiment pas attirer la lumière sur leurs méthodes plus ou moins recommandables, surtout si celles-ci ne s’embarrassent pas de la légalité…

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