Dans un collège, la vie scolaire est là, toujours là.

Je suis AED (assistante d’education, surveillante, pionne) dans un collège REP+. REP+, c’est le Réseau d’Education Prioritaire de l’Education Nationale, mais avec des élèves dont les familles sont dans des situations encore plus difficiles et stigmatisantes que dans les établissements « simplement » classés REP (les facteurs pris en compte sont : les taux de boursiers, le % d’habitants des quartiers visés par la politique de la ville – donc de quartiers populaires, et le % d’élèves redoublants). La ségrégation scolaire dans tous ses travers.

Le gouvernement a donc considéré que ces établissements constituaient des établissements difficiles (et je ne le contredirais pas – mais à qui la faute ?), qui justifiaient pour les équipes pédagogiques des « primes ». Les profs ont entre 150 et 200 € de plus par mois. La prime concerne bien sûr l’administration (dans son entier : Principal, Principal adjoint, secrétaire, CPE). Ils l’ont et je suis intimement convaincu qu’il la mérite. (Ils méritent même plus, comme tous les profs, tous les fonctionnaires, mais c’est un autre débat)

Ce que je comprends moins, c’est pourquoi en tant que contractuel, payé au salaire minimum, et sans aucune perspective (un an, renouvelable cinq fois maximum) ni valorisation (pas de « capital » professionnel cumulé qui permettent l’obtention de points et de passage vers d’autres établissements, contrairement aux personnels cités précédemment), la prime ne concerne pas les assistants d’éducation.

Le principe de la prime semble être : compensé le fait que le contexte scolaire soit plus difficile. Pas de prime parce que ? Pas au contact des élèves ? Pas concerné par les difficultés scolaires qu’impliquent la ségrégation ? Pas concerné par la violence scolaire (dont le principe scolaire et disciplinaire porte une large part de responsabilité) ?
A quel moment il est possible de considérer que les surveillants ne sont pas impliqués dans ce contexte ? Qu’ils ne vivent pas autant (si ce n’est plus) les difficultés de l’établissement comme un épuisement personnel ?

Dans un collège, la vie scolaire est là, toujours là. Il n’y a pas de récré en salle des profs après une heure de permanence et avant une autre : il y a la surveillance des couloirs et de la cour de récréation.
L’élève difficile qui perturbe le cours, qui sera exclu pour « préserver » les autres élèves… arrivera en permanence. Exclu parce qu’ingérable : il n’est pas du rôle du professeur de garder un élève qui empêcherait un cours de se poursuivre et chacun fait de son mieux. Pour autant, ke surveillant n’a pas ce recours.
Le professeur est dans ses droits. Nous sommes dans notre devoir professionnel.
Je n’incrimine pas les professeurs. Chacun a son rôle. C’est le nôtre qui est à repenser.

La vie scolaire est la roue de secours. Elle accueille les élèves quand le professeur ne s’en sent plus capable, elle est responsable de chaque moment non-scolaire. Elle est seule pour séparer les rixes entre élèves.Elle accompagne l’élève. Elle est essentielle. Et en plus d’être précarisée, elle est dissociée du mince processus de compensation – qui la concerne pourtant en premier lieu : la prime accordée aux autres adultes de l’établissement.

On oubliera pas le fait que les agents de service ne sont pas non plus concernés par la prime REP. Je suis convaincue que c’est une erreur. J’en sais malheureusement trop peu pour oser parler à leur place.

> image d’entête via flickr

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