« J’accumule désillusion et colère »

Je voulais apporter ma maigre pierre à l’édifice.

En effet, je fais partie de ceux qui « n’ont pas à se plaindre » ou qui pensent ne pas pouvoir se plaindre (je fais partie de la deuxième catégorie). Je travaille. J’ai un salaire qui tombe à la fin du mois, j’ai un toit, de quoi manger et même de quoi pouvoir me payer des extras. Je suis assistante d’éducation à temps plein, j’ai donc les vacances scolaires, des horaires pas dégueu et mes weekends.

Oui mais voilà, je suis loin d’être épanouie. Je suis titulaire d’une licence, d’un master un et d’un master pro dans les métiers de la culture, j’ai 27 ans et je ne sais pas de quoi demain sera fait.
Je suis issue d’une famille d’ouvriers, mes parents m’ont toujours poussée à faire des études et se sont sacrifiés pour cela.

J’ai travaillé durant mes 6 ans d’études pour subvenir à mes besoins et pour accumuler de « l’expérience » (la fameuse ! cette chose que nous ne possédons jamais assez) mais voilà, j’ai 27 ans, je devrais être chef de projet ou médiatrice culturelle, mais je suis pionne (attention, je ne dénigre pas les assistant-e-s d’éducations, encore moins leur travail au quotidien qui n’est pas facile tout les jours dans certains établissements).

A la fin de mes études, j’ai naïvement pensé que je ne ferais pas partie du lot de ceux qui pointeront au chômage. Des diplômes obtenus, un stage de fin de master qui se passe merveilleusement bien (où j’accumulais les heures supp pour une maigre « gratification » car j’étais motivée, que j’aimais ce que je faisais, et parce que je pensais que cela faisait partie du jeu) et enfin, le Graal, la promesse d’embauche ! En Cui-Cae… Mais hélas, je ne rentrais pas dans les cases pour y être éligible : pas assez précaire

Et voilà, ça fait deux ans que je fais un job alimentaire en cherchant dans ma branche (QUE deux ans me direz vous!) et le constat est amer. Trop « vieille » pour un service civique (qui pullule dans le secteur culturel et patrimonial car beaucoup moins cher qu’un poste), pas assez précaire pour un contrat aidé, trop diplômée pour un poste de vacataire, pas assez d’expérience pour des postes de cadres et j’accumule désillusion et colère.

Car le secteur de la culture est bouché, que l’on n’ouvre pas de poste faute de moyen (quelle idée d’investir dans la culture en période de crise!), que l’on est obligée de quémander des clopinettes pour mettre des projets en place, que l’on se retrouve en concurrence avec ces propres ami-e-s lors d’entretiens, que l’on ose pas demander un salaire au-dessus du SMIC lors des entretiens car on sait qu’il y en a d’autres qui demanderont moins que toi, qu’il t’arrive de te dire que tu n’as pas à te plaindre, que tu n’es pas à l’usine à faire les trois-huit, que c’est pas grave, que ça va passer, que bon, un service civique c’est toujours ça de pris et puis, on n’a pas à se plaindre.

En lisant les témoignages diffusés via le site ou en écoutant les ami-e-s parler, au final, je me dis que si, on peut se plaindre, que ce n’est pas un simple mal-être d’une jeunesse qui refuse d’entrer dans l’âge adulte (nous, la fameuse génération Y, les adulescents). Non, c’est un pourrissement profond d’une jeunesse à qui on a tout promis mais qui n’a rien reçu, l’écœurement d’une population qui se rend bien compte qu’on se sert d’elle pour les élections (je ne parle pas d’un certain F.H…), le désespoir de femmes et d’hommes qui ne croient plus en rien et qui, parfois, choisissent de se tourner vers les extrêmes (religions ou politiques).

Mais, il faut relever la tête, reprendre espoir. Nous sommes des femmes et des hommes pleins de ressources, capables d’accomplir de grandes choses, de réinventer un avenir qui nous semble si noir. Parce qu’on vaut mieux que ça.

image issue de https://www.flickr.com

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