« Nous étions traités comme des larbins »

Je travaillais en tant que développeur pour une start-up qui développe une outil de gestion RH. Nous étions une dizaine de développeurs dans une petite ville tranquille et il y avait une quinzaine ou plus de commerciaux à Paris. Ils changent très souvent, à croire que leur but était de vendre de la merde puis se barrer avec les primes.

Sur les 10 développeurs, il y avait 4 stagiaires qui bossaient comme les CDI et une personne en période d’essai (4 mois) pour un CDI. Cette boite produit un logiciel de mauvaise qualité. Pas par manque de compétences mais à cause des conditions de travail déplorables et des délais absurdes imposés par les commerciaux. Un comble pour une boite qui travaille dans le milieu de la gestion de ressources humaines.

Les commerciaux, lorsqu’ils avaient une demande d’un client, bien souvent, ils attendaient plusieurs mois avant de nous informer du travail à réaliser. Pour nous les développeurs, il nous restait plus qu’une ou deux semaines pour réaliser un travail qui aurait dû se faire sur plusieurs mois. Résultat, nous étions obligés de livrer des trucs pas finis et bourrés de failles de sécurité ! Nous gérions quand même des données sensibles sur les employés de grosses sociétés qui en plus ont beaucoup d’ennemies sur Internet.

Exemple de clients : vendeur de pétrole, vendeur d’armes informatiques, banques, grosses industries, … De plus chaque développeur s’occupait de plusieurs clients en même temps (développement de nouveaux modules et support technique). En gros, pour vous faire une idée c’est comme si on vous demandait de résoudre plusieurs casse-tête en parallèle dans un temps record. C’est très stressant et épuisant. Nous étions traités comme des larbins capables de traiter n’importe quelles tâches.

Lorsque les commerciaux recevaient des demandes clients, nous n’étions pas consultés sur la faisabilité des choses. Pire encore, il est arrivé plusieurs fois que des commerciaux acceptent des demandes clients alors que ces commerciaux étaient prévenus que nous ne pouvions pas réaliser ces demandes (impossibilité technique) ! Du coup là boite à du plusieurs fois payer des pénalités car les demandes n’avaient pas été réalisées. Le président préférait vendre de la merde que de sécuriser l’application. Résultat, des serveurs ont été attaqués plusieurs fois et des données clients ont été récupérées.

Bien entendu, les clients n’ont jamais été informés de ce qu’il s’est passé. En gros, on était certifié La RACHE. Bon, dans le milieu du développement informatique, c’est pas nouveau. CommitStrip recense toutes les dérives du milieu. Bref, cette situation me rendait vraiment malade. J’étais dégoutté de devoir coder de la merde alors que nous avions tout pour faire quelque chose de qualité et d’innovant.

Heureusement qu’entre développeurs nous nous entendions très bien et nous préférions rire de notre situation qu’en pleurer. C’est ce qui nous permettait de tenir le coup. La boite a été rachetée par une plus grosse et la direction a eu envie de faire déménager les développeurs dans une plus grande ville à 75km de là. Cela nous rapprochait de Paris (2h de train au lieu de 3h) mais tout le travail était fait par Internet et ne nécessitait aucune rencontre, donc aucun intérêt pour nous, développeurs. Nos contrats de travail avaient une clause de mobilité bien inférieur aux 75km du coup un avenant au contrat était obligatoire. Il nous l’a été soumis que suite à notre demande ! Et encore, la direction voulait nous faire signer les avenants qu’après le déménagement. Suite à la pression des développeurs et de l’inspection du travail (merci à elle 🙂 ), nous avons eu l’avenant avant le déménagement (juste quelques jours avant).

Bien entendu aucune compensation financière valable n’a été accordée pour ce déménagement. J’avais demandé une aide pour payer un déménageur : nada, rien. Le directeur était sûr à 100% que j’allais signer cet d’avenant. C’est pour ça qu’il n’a fait aucun effort pour m’aider à déménager. Du coup, n’ayant rien à perdre (jeune célibataire sans dette qui en a marre de ce taf), je n’ai pas signé cet avenant et j’ai obtenu un licenciement économique (au passage, il n’y avait aucune vraie raison économique).

Le directeur l’a vraiment très mal pris car j’ai des compétences que personne d’autre n’avait dans la boite. Et en 4 ans, je connaissais tout de l’application, de ses failles de sécurité et j’étais le seul à gérer la soixantaine de serveurs. D’après des collègues, après mon départ, il m’en a voulu longtemps et m’a fait passer pour le mouton noir. Un autre développeur qui était en période d’essai de 4 mois est aussi parti avant le déménagement. Le directeur voulait renouveler sa période d’essai alors qu’il faisait du très bon boulot. Entre collègues, on savait tous que c’était une arnaque ce renouvellement. Les autres développeurs ont déménagé ou pour d’autres se sont mis à faire plus de 150km de route par jours pour allez travailler dans ce nouveau lieu.

Six mois plus tard, ils étaient tous licencié à leur tour. La direction voulant déménager de nouveau les développeurs mais cette fois pour Paris. Mais là personne n’a accepté. Du coup, suite à ça, il ne reste plus aucun développeur dans cette boite (WTF?). Cool pour un programme qui n’était pas documenté. Actuellement, Je suis au chômage et j’en suis ravi ! Je vis enfin ! Au revoir le stress et les arrêts maladie. J’ai du temps pour créer du logiciel libre de qualité qui bénéfice à tout le monde ! J’aide aussi gratuitement mon entourage pour tout et n’importe quoi. Et en plus, j’ai du temps pour dépenser mon argent ! Pourquoi est-on traiter comme des moins que rien à faire de la merde alors que l’on pourrait vivre correctement et faire tellement de choses bénéfique à tout le monde ? Bref #OnVautMieuxQueCa

Initialement publié sur http://sebsauvage.net/paste/?016a984b23b71e1e#qzNx4MZFcXVecjq7REYyvpdkSU4rbZP7v9AOrJIi3gY=

 

4 thoughts on “« Nous étions traités comme des larbins »

  1. Pas mal ce témoignage.

    Moi-même développeur, je connais bien ces pratiques. Les heures supplémentaires impayées, la pression de fin de projet, l’absence de cahier des charges et de consultation. On se décharge toujours de sa responsabilité sur la force de travail, sur le bout de la chaîne de production, alors que souvent, l’essentiel n’a pas été fait sur tout le reste de la chaîne en amont, et surtout au tout début. Il y aussi la compétition interne complètement contreproductive qu’on encourage sans l’avouer. Certaines entreprises aiment également faire des développeurs des salariés à tout faire : du design, du webmastering, de la préparation de commandes, de la photographie, de la retouche photo, tout cela en vous méprisant pour votre incompétence. Ça évite de devoir employer des gens qualifiés dans d’autres domaines. Il y a aussi les seniors isolés et intouchables qui ne se mélangent pas, qui sont complètement out of date et qui considèrent le web comme une technologie nouvelle à la mode. Parfois les seniors de l’informatique sont vos patrons, et là, ça y va les conseils foireux. On pète toutes les vraies bonnes pratiques qu’on t’a inculqué pour de la bidouille. On t’interdit les frameworks, entre autres aberrations.

    Je commence quand même à me demander s’il existe des entreprises travaillant intelligemment et efficacement. Dire qu’on est capables d’être ultra efficaces mais qu’on est brisés par de telles pratiques, c’est démotivant.

  2. J’ai beaucoup aimé ce témoignage, et plus encore la fin. D’autant que je suis au chômage et que j’en suis moi aussi complètement ravie. Oui, ça offre le temps de faire des choses qui nous plaisent et de les faire correctement, et aussi du temps pour dépenser notre argent.

    Perso, même avec le peu auquel j’ai droit, je m’attache à consommer intelligemment désormais; fini les courses en supermarché, bonjour le local et le bio. Terminé le reflex de l’achat du neuf, je cherche les occaz et les manières de hacker ce que j’ai déjà à ma disposition. Je suis sous Linux et utilise des logiciels libres depuis sept ans, même pour mon activité de photographe; rien à foutre du mythe du super pro qui se ruine pour une suite ad*be. Et enfin je suis libre de m’investir dans des projets qui visent l’humain en priorité, et tout cela gratuitement.

  3. Ami développeur je te salut et te dis bravo pour ton claquage de porte ;).

    On est des oiseaux rare et demandés alors pourquoi ce priver d’envoyer chier un taf de merde !

    Amuse toi bien pendant ton chômage !!

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