« J’ai l’impression d’être un outil que l’on choisit dans un catalogue »

Je suis demandeuse d’emploi dans un secteur bouché. J’ai fait mes études en connaissance de cause, en sachant que cela ne serait pas facile, que nous étions trop d’appelés pour peu d’élus. C’est la passion qui m’a guidée. J’ai la chance d’être bien entourée côté amours, famille et amis, ce qui me permet de garder un peu de moral. J’ai aussi la chance de ne pas subir de discrimination quelconque. Je suis blanche, française, sortant d’une bonne école.

Ce qui aujourd’hui m’atteint n’est pas la difficulté à trouver un emploi, car j’en trouve, bien qu’ils soient précaires (CDD de 6 mois, missions auto-entrepreneur). Ce qui m’atteint énormément, c’est cette façon qu’ont les employeurs d’ignorer les candidats qu’ils ont retenus pour un entretien, quand ils ne les ont pas choisis pour le poste. Pourquoi les tenir informés de l’état du recrutement puisqu’ils n’ont pas été retenus ? J’ai l’impression d’être un outil que l’on choisit dans un catalogue. On l’essaie pendant 45 min et s’il ne convient pas, on le repose sans justificatif.

Dernier exemple en date. Je postule pour la deuxième année consécutive à un poste dans une petite structure de 4 personnes. L’année précédente, je n’ai pas pu me présenter à l’entretien, car entre temps j’ai été recrutée ailleurs. Mais je relance après un an, car l’institution me plait. On me dit que l’on se réjouit de ma candidature car la personne recrutée l’an dernier ne restera pas. On m’envoie les offres avant parution officielle, et une amie me recommande au poste. Les entretiens se déroulent. Aujourd’hui, cela fait plus de deux semaines, que j’aurais dû obtenir une réponse. J’ai relancé à deux reprises par téléphone, mais le directeur était absent les deux fois. Une des 3 autres personnes de la structure prend mes coordonnées, mais dit qu’elle ne peut rien me dire et qu’elle ne peut que se contenter d’en informer son directeur.

Malgré les contacts directs que j’ai pu établir avec celui-ci pendant la période pré-recrutement, on m’ignore, alors que je demande juste à savoir si le processus de recrutement est terminé.

Sachant que je me suis déplacée sur 150 km, que j’ai payé pour ce déplacement, que le poste aurait nécessité un déménagement (et de fait, celui de mon compagnon avec qui je vis, et à qui j’aurais imposé une relation à distance), il ne me semble pas abusif de réclamer cette information.

Malheureusement, depuis 1 an et demi que je travaille, j’ai vécu au minimum trois fois des situations similaires, dans laquelle l’employeur fait le mort après les entretiens. Et parfois pour des contrats qui m’auraient demandé un déménagement pour une durée de 6 mois. Bien sûr on ne compte pas les 200 candidatures pour lesquelles je n’ai aucun courrier m’informant que je ne passerais pas l’étape des entretiens.

Mon second coup de gueule concerne le service public, et l’aide à l’emploi, qui ont certes le mérite d’exister, mais qui ont tendance à jouer à l’hôpital qui se moque de la charité. En vrac :

  • pourquoi n’a-t-on pas de prime de précarité lorsque l’on travaille dans le public ? Après 5 ans d’études, on me propose un contrat de 6 mois dans mon domaine. Il s’agit d’un contrat de 6 mois payé au smic et qui se trouve à nouveau dans une ville a plus de 150 km de celle où je vis. Je pense que la précarité était là.
  • Pour ce même contrat, le service public ne prenait en compte que 80 euros de frais de transport alors que mon abonnement SNCF en valait 350, auquel il aurait fallu ajouter 80 euros de RATP. Où sont les 50 % de remboursement de frais de transports imposés au secteur privé ? Aurais-je dû déménager pour 6 mois ? Après calcul des coûts respectifs, la solution la plus avantageuse a finalement été de payer deux loyers pour réduire mes frais de transport : l’appartement où je vis avec mon compagnon, et une chambre chez l’habitant moins coûteuse que l’abonnement SNCF. Comme lorsque j’étais étudiante.
  • concernant les allocations diverses… Sous prétexte que je vis avec mon compagnon, et bien que nous ne sommes ni mariés ni pacsés, donc pas un couple officiel, je n’ai droit à aucune aide. Pas de prime à l’emploi car même si je gagne un smic quelques mois dans l’année, mon compagnon, lui, gagne sa vie. Pas d’aide au logement CAF, car mon compagnon gagne sa vie, alors que moi, avec mon smic, je dois me payer 2 logements. Nous partageons à part égale notre loyer, nos courses, mais NON, il ne me donne pas la moitié de son salaire !!!! NON, je ne me fais pas entretenir par lui. Il est loin le temps où seul le mari rapportait de l’argent, pendant que la femme restait au foyer.

Alors, voilà, aujourd’hui, j’ai l’impression non pas que je profite de la société, mais que la société profite de moi, et de ma volonté d’exercer mon métier-passion quitte à travailler précairement. Si je n’accepte pas cette précarité, d’autres le feront, car ils ont la même passion.

 

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