« quand on est pauvre, on le reste longtemps »

Après avoir vu plusieurs de vos vidéos, je tiens à témoigner moi aussi, en mon nom mais aussi au nom d’une amie en particulier.
En effet, toutes les deux nous avons galéré pendant des mois pour avoir du travail quand on n’avait droit à rien d’autre que des allocations logement bien trop faibles pour réellement nous aider. Nous sommes toutes les deux étudiantes et n’avons pas eu accès à la bourse étudiante pendant un certain temps. Nous avons donc toutes deux cumulé emplois saisonniers mal payés, baby sitting, en tant que pionnes en lycée, dans la restauration rapide et j’en oublie sûrement… pendant nos études.

En ce qui concerne la restauration rapide, nous étions toutes deux travailleuses dans la même enseigne mais dans deux villes différentes. Et à en voir les réactions lassées de notre entourage, ces jobs d’employées polyvalentes (qui s’apparentaient plus à de l’esclavage qu’à autre chose) nous occupaient tellement l’esprit qu’on ne faisait qu’en parler. On parlait de nos expériences respectives et on ne faisait que ça. En effet nous étions chacune à temps partiel (soit entre 20 et 25h/semaine) mais avec des horaires de restauration, un rythme de travail plus que fatigant, des responsables (chefs d’équipe) plus qu’incompétents et des patrons bien trop peu soucieux de notre bien être, voire totalement absents…

Quant à nos jobs en tant que pionnes… Que dire ? Nous étions encadrées par 3 CPE. Une femme et un homme au niveau des lycéens, et un autre homme qui s’occupait des classe préparatoires. Le travail en soi n’était pas difficile voire même enrichissant. Non, le problème n’était pas là. Il l’était au niveau de ces 3 personnes qui nous encadraient et nous prenaient d’ailleurs pour leurs subordonnés (ce que nous n’étions pas puisque le supérieur hiérarchique d’un surveillant, c’est le proviseur et PERSONNE d’autre).
C’était le CPE des lycéens qui s’occupait des recrutements des surveillants. Sachant que nous étions une majorité de jeunes filles, étudiantes donc et toutes plus ou moins soigneuses de notre apparence… Il y a-t-il quelque chose à ajouter à ça pour faire comprendre le fond de ma pensée ? Je ne pense pas.
Nous ne comptions plus le nombre de réflexions misogynes et sexistes de la part des deux CPE hommes, donc, qui se rapprochaient furieusement du harcèlement. Mais s’il n’y avait que de ça ! Le CPE des classes prépas était aussi réac’ et avec un certain nombre de préjugés sur les classes populaires qui laissent à désirer. Par exemple : quand on m’a demandé quel BAC j’avais fait et que j’ai répondu que c’était un Bac technologique, ce dernier m’a répondu : « Et sinon, vous avez d’autres défauts ? Ahahah !« . Et des anecdotes de ce type, j’en ai à la pelle, vous pensez bien…

Quand on a voulu dire stop à ces boulots alimentaires à répétition, on a pointé au chômage, car on le sait bien, le chômage est un droit que nous avons. Pour ma part, de ce côté, j’ai trouvé que ma situation financière en pointant au chômage était bien meilleure (presque le double de mon salaire en tant que pionne à temps partiel) qu’avant, et en plus ! Je n’avais ni patron ni réflexions désobligeantes, et du temps pour faire ce que je voulais, pour moi, et ma vie future.
C’est pour mon amie que je veux parler de cette expérience : elle a fait partie des étudiants qui n’ont rien ni personne comme soutien financier (famille, amis etc.) et qui a dû trimer des années pour ne serait-ce que « vivre un peu » et sa demande de chômage à duré des mois (4 mois sans revenus quand même…) tout ça pour qu’on finisse par lui dire : « Ah bah désolés ma bonne Dame, mais vous n’avez pas travaillé pendant trois mois au cours de la dernière année, vous aurez-donc droit à seulement 350 euros par mois de revenus. » Imaginez. Imaginez l’état dans lequel on peut être quand on se dit qu’on ne pourra même pas payer la totalité de nos factures et qu’on a dû taper dans toutes ses économies en attendant ce genre de réponse…

Et comme quand on est pauvre, on le reste longtemps et bien je n’ai plus droit au chômage et je suis retournée quémander au CROUS (au cas où) et là : Hourra ! j’ai droit à…. : 100 euros par mois de bourse… Ma mère étant divorcée, remariée avec à charge (moi comprise) 6 enfants et vivant sur le seul salaire de mon beau-père, il n’y a eu QUE la distance kilométrique entre son adresse et la mienne qui a joué en ma faveur. Aujourd’hui je vivote entre aides au logement, pension alimentaire, bourse ridiculement faible et 4 heures d’aides aux devoirs (au black) pour pouvoir joindre les deux bouts tout en faisant 8h-20h tous les jours (cours compris). En tout, je touche moins de 600euros par mois et je sais que je suis déjà en retard pour faire mes candidatures chez Mcdo, Quick, Monoprix et autres boulots si valorisants, pour travailler cet été et payer mon loyer. Et je sais que l’année prochaine, ce sera encore la même chose et l’année d’après, et celle d’après…

Mais avant d’entendre parler de cette loi, je me disais : tout ceci n’est que temporaire, parce que je suis étudiante, je galère pendant mes études parce que je ne fais pas partie de ceux qui ont la chance d’avoir des parents qui puissent les aider, mais quand j’aurai mon diplôme et que j’exercerai un métier qui me passionne, ça ira mieux. Mais ça évidemment, c’était avant d’entendre parler de cette loi…

> image d’entête via flickr

2 thoughts on “« quand on est pauvre, on le reste longtemps »

  1. pardon, c’est surement déplacé, mais on a le droit au chomage même sans avoir cumulé l’xp, et sans frauder ?

    Ca peut tout changer pour moi… si c’est le cas, j’aurais ptet la possibilité d’acheter mon terrain une fois mon tour fini… 24×300, c’est plus de deux ha de forêt…

  2. Je ne peux pas laisser ce témoignage sans réaction.

    Pionne, l’esclavage ? Pardon ? Avez-vous seulement une idée de ce que c’était comme bagarre pour avoir un poste ? Piston, commissions paritaires vérolées par quelques syndiqués qui n’en fichaient pas une – et qui n’ont pas accompli grand-chose après (mode « Karma »), attributions de postes bien situés préférentiellement aux étudiants de matières bien vues par les syndicats (sociologie, entre autres), tout ça pour des emplois qui 1. laissaient pas mal de temps pour étudier (vacances payées : 4 mois quand même) et 2. des droits au chômage très conséquents par rapport aux étudiants salariés dans le privé. Que cela soit différent maintenant me rassure … Mais des droits au chômage supérieurs au salaire de pion, euh … Même pas en rêve.

    Pas d’aide parentale ? Et la pension alimentaire, elle tombe du ciel ? Vous en avez de la chance ! Mais vous préférez geindre … Quant à la bourse de 100 € alors qu’il y a un seul salaire et 6 enfants à charge, non, je veux bien être crédule, mais là …

    La restauration rapide, de l’esclavage ? Dites-vous bien que c’était 10 fois pire avant. Avez-vous déjà fait des déménagements pour financer vos études ? C’est bien payé, ambiance sympa, certes … et 20 ans après, mon dos me le fait payer très cher. Mais à l’époque, pas le choix, il y avait encore moins d’aides que maintenant.

    Quant à votre amie, ça m’étonnerait beaucoup qu’on lui attribue 350 € d’ASSEDIC par mois après 4 mois si elle a de la chance ; ça ne se passe pas comme ça. Elle a dû mal comprendre …

    Les ASSEDIC pour financer les études ? C’est de la FRAUDE. Vous démarrez bien dans la vie !

    Sauf votre respect, votre témoignage s’apparente à un gros foutage de gueule. Ou alors, vous avez fait de sacrées c… pour en arriver là.

    J’entends bien que la vie des étudiants puisse être un chemin de croix mais quand même, n’en rajoutez pas. Ou alors, je vous raconterai comment il y a 20 ans, il était normal de ne se nourrir que de sandwiches 2 fois par jour, sans aide ni rien.

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