Des millions dans les ordinateurs, mais pas un manuel pour les élèves, pas un livre pour le CDI…

J’ai choisi le métier de prof de lettres dans le secondaire par goût, en 2013. J’ai d’abord été affecté en lycée, en tant que stagiaire. Contrairement à un certain nombre de mes co-stagiaires, j’ai eu la chance d’avoir une tutrice exceptionnellement attentive et bienveillante, à laquelle je dois d’avoir pu améliorer ma pratique professionnelle pendant cette année, qui pour d’autres est usante – les démissions en cours de stage ne me semblent pas rares.
J’ai par contre été obligé de suivre des journées de « formation », et c’est là que j’ai commencé à comprendre que l’institution ne répondrait jamais à la question que je me suis obstinément posée : « comment faire progresser les élèves ? ». Nous recevions de longs prêches sur la nécessité de faire parler les élèves, de les mettre en activité, de les valoriser, parfois des conseils hallucinants (« avant de parler d’un mythe grec, montrez-leur Godzilla, pour qu’ils comprennent ce qu’est un mythe ») parfois de longs exposés sur des séquences toutes prêtes projetées à toute vitesse sur un écran, et dont de toute façon nous ne pouvions pas faire grand-chose, de longues heures sur les activités informatiques qui nous paraissaient déprimantes car incroyablement chronophages en termes de préparation, pour un gain pédagogique qui paraît toujours très limité, voire inexistant. En réalité, on ressort de ces formations encore plus énervé et désespéré. J’ai rencontré une seule formatrice elle-même formée, ayant à transmettre autant une expérience qu’un savoir sur un domaine précis, les difficultés dans l’apprentissage de la lecture, et les techniques pour y remédier, ce qui m’a permis de comprendre que la plupart des autres ne font que présenter des trucs bricolés à la va-vite, pour échapper pendant quelques heures au face-à-face avec les élèves.
Les dogmes sont rabâchés en permanence (mais jamais appliqués avec les stagiaires) : « autonomie, mise en activité, valorisation, travail en groupe, bienveillance, pédagogie différenciée… » Et puis toujours, des tableaux, des récits de cours totalement décalés de ce que nous vivons réellement : « vous proposez à l’élève cette activité, et là, l’élève réagit comme ça, il comprend ça tout seul,il va changer de regard sur la discipline, et hop et au devoir suivant, vous verrez qu’il a progressé. » Les doutes et les difficultés concrètes sont niés. A un inspecteur auquel nous expliquions que nous avions des difficultés à faire le programme de seconde avec des élèves qui sortaient du collège sans maîtriser les bases de la langue écrite (et même orale), y compris la formation de phrase simples correctes, tout en faisant une place à l’histoire des arts, à des activités de recherche au CDI, des activités TICE (Technologies de l’Information et de la Communication appliquée à l’Enseignement), en seulement quatre heures par semaine, lesquelles sont rognées par tout un tas d’interventions extrascolaires, annulations diverses, etc., nous avons eu comme réponse : « le manque de temps est une excuse. » La discussion est terminée. Un autre auquel je confiais en privé mes doutes sur telles activités m’a avoué lui-même ne pas croire à ce qu’il racontait, et avoir fait tout-à-fait autrement dans sa classe. Drôle, ou désespérant ?
On voudrait avoir une réflexion pédagogique ouverte, réaliste et constructive, on se trouve face à une alternative : « c’est soit l’école des hussards noirs, du cours magistral, et de la reproduction sociales des élites, soit le-travail-en-goupe-pédagogie-différenciée-TICE-compétences », point. Il y a tant d’expressions toute faites, jamais questionnées, qui embrouillent tout. Comme l’expression « aider les élèves qui en ont vraiment besoin » : y a-t-il des élèves qui puissent se passer d’un prof pour avancer, même avec un bon niveau de départ ? Tous les élèves ont besoin d’être formés. Mais il est impossible de s’occuper 35 élèves à la fois, avec des niveaux hétérogènes, et de les amener au même niveau. L’expression « pédagogie différenciée » n’a rien de pédagogique, ce n’est que l’intensification du travail : faire deux, trois cours en un, donc deux, trois heures de travail en une. Au besoin, grâce aux machines, dans la pure veine du taylorisme : d’où l’injonction permanente à utiliser les TICE.
Les TICE, parlons-en. Nous avons eu une formation sur l’utilisation des tablettes que la Région venait d’acheter à une FMN étrangère (la Région dépensait aussi une bonne partie de nos impôts dans une campagne de pub dans le métro pour faire savoir qu’elle avait acheté des tablettes). La journée de formation prend la forme d’un brain-storming. Nous ne trouvons aucun usage de ces objets dans nos disciplines qui présente une réelle amélioration de nos pratiques. Notre formatrice, tout aussi embarrassée que nous, explique alors : « Le problème, c’est que la Région a acheté des tablettes, et qu’elle nous demande de les utiliser, alors il faut bien trouver quelque chose à faire. »
Impression d’être face à un système sourd, à une machine aveugle, à une administration soviétique où le langage n’a plus aucun rapport avec la réalité, où il est impossible de trouver quelqu’un qui préfère communiquer et réfléchir en être humain avec un travailleur qui se pose des problèmes, plutôt que de réciter les mantras de l’institution. On n’évoque à notre autonomie pédagogique que lorsque cela permet de nous rendre responsable de nos échecs. Et c’est à devenir fou, parce que l’institution prétend tout saccager dans l’intérêt des élèves, et notamment des plus faibles. Or, on se rend vite compte que la réalité, c’est qu’on les coule comme jamais, surtout les plus faibles. Que le niveau ne continue de monter que dans les communiqués du Ministère, par des manipulations de chiffres, de critères de correction, etc. pour continuer à vendre l’illusion d’une ascension sociale encore possible par l’école, alors que l’inégalité et l’injustice s’accroissent partout dans la société. Et que ce voile, ce cache-misère, contribue en fait à renforcer encore ce mécanisme. Nuits d’insomnie…
Sur tout ça, il faudrait pouvoir avoir une réflexion collective réellement constructive, avec des gens soucieux de parvenir à une véritable amélioration, mais à la place, ceux qui nous dirigent agissent de façon purement idéologique, et les autres sont condamnés à réfléchir seuls dans leur coin : il n’existe presque aucun cadre pour poser à plat de façon constructive les problèmes qui minent le métier. Dans la plupart des salles de profs, la communication est pourrie par une foultitude de problèmes annexes, aigreur à cause d’un emploi du temps pourri, d’heures sup’ collectionnées par certains pendant que d’autres voient leur service éclaté sur deux ou trois établissements, vieilles histoires de favoritisme interne, multiplication des statuts (titulaires/TZR/stagiaires/vacataires, certifiés/agrégés…), caporalisation et réunionite contre laquelle d’autres essaient de se protéger, condescendance des vieux à l’égard des jeunes entrant dans le métier, ou encore parce que chacun tente de résister à l’explosion de notre temps de travail par des ruses qui font retomber le fardeau sur les autres… Sauf dans les établissements ZEP, où les jeunes profs sont le plus souvent obligés de se montrer solidaires et coopératifs, ailleurs, chacun pense trouver son salut tout seul. Individualisme de merde, qui nous fait couler tous ensemble. Les conversations s’épuisent dans les mesquineries, les radotages, l’insignifiance du quotidien, alors qu’on sent qu’il y a tellement de choses qui devraient nous préoccuper, qui devraient être discutées, analysées, et changées… Et les syndicats n’aident en rien à créer de la solidarité, ou du lien. Et enfin, hors du monde professionnel, nous vivons sous le regard constamment méprisant de tous, entre leçons de pédagogie délivrées par des profanes qui n’ont jamais mis un pied dans une classe, condescendance (« Ah, c’est vraiment un métier que je ne pourrais pas faire ! Tu as bien du courage… ») et remarques méprisantes sur nos 18 (ou 15) heures hebdomadaires et nos quatre mois de vacances (qui n’existent que dans leurs fantasmes)…
Après une année de stage en lycée et de « formation » centrée exclusivement sur le lycée, j’ai été affecté en collège (sans aucune formation adaptée) dans une région socialement sinistrée, loin de chez moi (une à deux heures quotidiennes de transports), avec des classes bourrées au maximum, des élèves d’un niveau très faible, de très nombreux problèmes de discipline (dont l’enseignant est perpétuellement suspecté d’être en fait lui-même responsable), dans un établissement qui venait d’ouvrir : des millions dans les ordinateurs, mais pas un manuel pour les élèves, pas un livre pour le CDI, resté vide pendant des mois. Et à nouveau la même solitude : impossible de communiquer avec qui que ce soit au travail pour trouver des solutions, améliorer ma pratique professionnelle, faire part de mes difficultés. L’isolement dans l’échec, un sentiment permanent de culpabilité, d’incompétence, de nullité, mon boulot me paraît complètement vide de sens. Je perds le sommeil, fais le vide autour de moi, copine, amis, famille, tout le monde me devient insupportable, je cesse simultanément de préparer mes cours, le ventre tordu par un profond dégoût, mes cours se passent de plus en plus mal, je ne sais plus pourquoi je suis là, mes élèves perçoivent mon mal-être comme une forme d’hostilité à leur égard, et c’est le cercle vicieux. Premières crises d’angoisse. Après quelques mois, mon médecin me pose l’alternative : arrêter, ou prendre des « médicaments ». Et encore, le pire a été d’admettre que ce n’était pas lâcheté ni paresse que de refuser de prendre des médicaments pour supporter son travail.

 

 

 

 

Illustration : CC-By MIKI Yoshihito

10 thoughts on “Des millions dans les ordinateurs, mais pas un manuel pour les élèves, pas un livre pour le CDI…

  1. Tu n’es pas seul… garde espoir, peut-être qu’un jour le gouvernement comprendra la situation, ou il faudra lui faire comprendre par la force, ou en fuyant la profession, voir même le pays

  2. Triste mais analyse tellement réaliste…
    Vous n’êtes pas LE seul à traîner ces problèmes, il faut échanger, s’unir, partager pour s’entraider.
    Vous avez fait le premier pas, bonne route.

  3. J’ai tenté un remplacement contractuel en collège (un peu par défaut et nécessité de gagner ma vie) il m’a fallu moins de 3 mois pour être définitivement écoeurée de ce métier (d’ailleurs j’ai entendu plusieurs propos bien méprisants sur les vacataires/jeunes titulaires qui ne tiennent pas, comme si la faiblesse ne venait que de nous, lâchés dans l’arène sans préparation ni soutien). Je n’en ai que plus d’admiration pour ceux qui ont encore la vocation…

  4. Oui, c’est du pipeau ce qu’on fait à l’iufm, l’année de stage. Mais il faut voir ça comme un jeu théorique bidon. Mais du coup, t’as largement, avec 9h de service, le temps de préparer des cours solides l’année de stage. Puis on apprend sur le terrain. On est lâché dans le grand bain directement, certes, et alors? C’est formateur! Ta pratique de l’enseignement, tu la forges au fur et à mesure… Surtout que le niveau collège et lycée, c’est pas bien compliqué pour les séquences…. Tu devrais surtout sérieusement t’interroger sur ta pratique de l’enseignement au lieu de te plaindre… T’es peut-être pas fait pour ce job, où on finit souvent par défaut, je te l’accorde, c’est mon cas. Sinon, les niveaux exécrables, faut faire avec. Après, je te rejoins sur les effectifs trop importants et la place démesurée qui est donnée au numérique.

    1. Avec 9H de service et 12H de formation, on dépasse les 18H semaine. Sans comptes le temps de trajet, de l’appart à l’établissement puis de l’appart à l’ESPE, bien 2H par jour (minimum). Tout le temps de préparer des cours solides, avec la quantités de trucs qu’on nous demande de prévoir dans une séquence? Non, absolument pas. Question 1 de l’exercice: « que veut-on que pense l’élève, que va penser l’élève, où veut-on l’amener, que risque-t-il de faire, quelles erreurs peut-il commettre, comment corriger ces erreurs, comment corrige-t-on l’exercice à la fin… » une question, au moins un quart d’heure de prep. Pire pour les cours. Sans compter qu’il faut faire des TICE, des TICE, et encore des TICE, réservation de salle info, le tout à prévoir au moins 2 semaines à l’avance pour pouvoir réserver la salle info à la bonne séance et ne pas décaler toutes nos séances (qui sinon perdraient tout leur sens, parce qu’il faut faire ceci avant cela parce qu’on a présenté les choses par ce bout là….) quand la salle info n’est pas réservée à l’année par des profs qui ont la flemme de réserver plusieurs fois et qui bloquent un créneau même quand ils n’y vont pas.

      Et en dehors de tout ça, aucune reconnaissance de l’institution, une formation inutile ou certains s’endorment, amènent leurs PC pour bosser pendant le cours voir leur tas de copies à corriger, bien loin de la pratique et de nos nécessités, une perte de temps ahurissante. Et il faut encore préparer les devoirs, pour nos élèves comme pour l’ESPE, préparer de lourdes séances de travail en groupe, corriger, évaluer par compétence, être bienveillant…
      La difficulté des élèves est niée est nous est jetée à la gueule. Un élève qui a du mal, c’est qu’on ne lui explique pas bien, on est mauvais, qu’importe si les 34 autres ont compris. un élève qui est absent, c’est parce que notre cours n’est pas intéressant, on est mauvais. Un élève qui papote, c’est parce que les activités proposées ne sont pas intéressantes, il faudrait leur trouver des jeux.

      Et même en supposant que, comme moi, tu arrives à préparer l’intégralité de ta séquence une semaine à l’avance pour éventuellement la corriger avec ton tuteur (en supposant que ton tuteur s’intéresse un minimum à ton travail), l’année suivante tu es jeté en collège REP+ à 5H de route de chez toi sans aucune compensation, et tous tes cours de lycée ne te seront pas d’une grande aide….

      C’est formateur? Non. C’est déprimant, violent, et destructeur, mais certainement pas formateur. Forger au fur et à mesure, c’est aussi faire des erreurs au début, et chaque erreur nous est renvoyée dans la figure, soit par les élèves, soit par les collègues, et ça ne fait jamais du bien. Le niveau collège et lycée, c’est certes pas bien compliqué au niveau des notions, mais la façon dont on nous demande de l’enseigner et d’y réfléchir est aberrante. À l’ESPE cette année, on a fait une analyse d’exercice, le genre de choses que l’on doit faire avant de donner un exercice en classe. Un seul exercice. ça a pris 9H. C’est invivable de travailler comme ça. Et non, on ne finit pas prof par défaut. Tous les stagiaires qui étaient un tant soit peu dans cette idée cette année ont abandonné ou sont en passe de le faire, titularisation ou pas. Et non, les niveaux exécrables, faut pas « faire avec ». Même si, évidemment, la vie est plus facile quand on se contente de sortir des cours et des séances d’exercices et tenir la classe, en félicitant ceux qui réussissent et en occupant vaguement les autres, ce n’est plus de l’enseignement; ce genre de choses, ils le trouvent très bien sur internet.

      1. Non mais si le temps de transport pose problème, il faut déménager, tout simplement, hein. On sait très bien à quoi s’attendre avec les affectations, faut s’adapter, même si c’est pas toujours simple de perdre son petit confort citadin ou résidentiel, ça fait parti du jeu… Je trouve plus aberrante la situation des personnes qui doivent se taper plusieurs etablissements, en revanche.
        Sinon, préparer ses séquences avant la rentrée ( plutôt qu’une semaine à l’autre) et l’affectation en zep+, je ne vois pas le rapport. Zep ou pas, vaut mieux savoir où on va dans tous les cas.
        Sinon, sur la formation je suis d’accord, mais encore une fois, faut bien s’adapter pour survivre. C’est le meilleur endroit pour la sieste et nettoyer les dossiers de son PC, revoir des séances, etc… Franchement, on s’en fout de l’Espe, tu les envoies chier. Sans réalisme ou faculté d’adaptation, c’est foutu. D’ailleurs, c’est pareil sur le terrain, si on croit tous les sauver, le retour au réel va être dur…
        Franchement, vaut mieux pas être une éponge, dans le métier.
        Mais en suivant le lien du site, je me rends compte son catalyse ici un bon nombre de frustration… Les réalités décrites, je les conteste pas. Mais faut pas être une éponge, ou vivre chez les bisounours, et il faut s’adapter au terrain, quitte à envoyer boulet les gars de l’espe, domaine dans lequel je suis passé maître, et idem dans l’établissement où on est. On a des contraintes, comme partout.

  5. Un constat très juste et pas du tout exagéré. Tous les profs vivent la même chose : les injonctions paradoxales, le mépris de l’institution, le sentiment d’inutilité de ses efforts -surtout dans les classes faibles-, l’épuisement du fait de la charge de travail. Un des moyens d’éviter d’exploser en plein vol, c’est bien ce que tu as fait : dire, dire pour briser la loi généralisée du mensonge. L’Education Nationale ment en permanence aux parents, aux élèves et à la société. Elle fait croire que tout est comme avant, alors que plus rien n’est pareil. Elle fait porter la faute de l’échec sur les élèves, mais encore plus sur leurs profs, alors qu’elle organise l’échec. Et le plus souvent elle le cache, en habillant les reculs d’exigence par des mots creux et des réformes infaisables, en trichant sur les notes, en intimidant les professeurs pour qu’ils soient « bienveillants » (comprendre avoir des moyennes de paquets à 12).
    Le jour où les parents auront compris le mensonge ET que les professeurs sont aussi coincés par le système que leurs enfants, peut-être qu’ils se retourneront enfin vers les politiques pour leur demander des comptes.

  6. Sachez une chose, vous n’êtes pas seul, je me reconnais dans 90% de ce que vous dites, j’ai vécu et je vis les mêmes choses, les médocs en moins. J’ai vécu ce sentiment de dévalorisation et d’inutilité dès l’année de stage, avec une tutrice dont on on m’a dit plus tard qu’elle était « fragile » (l’idée généreuse d’une institution qui décide de mettre des stagiaires entre les mains de tuteurs fragiles…). J’ai failli sombrer, j’ai tenu le coup, j’ai passé un autre concours de prof, je l’ai réussi, j’ai fait une autreannée de stage avec la conscience claire des défauts du système mais la ferme intention de ne plus jamais me faire broyer.

    De ce système je n’espère plus rien, je choisis donc des collègues avec qui je peux échanger, je cherche des alliés et travaillent avec eux.

    Il n’y a rien à espérer du ministère ou d’une direction pour laquelle l’important c’est « surtout pas de vagues ».

    Nous sommes nombreux, et de plus en plus à penser comme vous, un jour ou l’autre, nous finirons bien par gagner, et faire réussir nos élèves, parce que le système ne peut rien contre une multitudes d’anonymes qui luttent patiemment et en silence. Nous avons le temps pour nous.

    En attendant il nous fait tenir, parce qu’il n’est pas question de laisser nos élèves subir sans réagir, sans nous organiser.

    Si vous avez écrit c’est parce que vous avez une conscience nette des problèmes et que vous ne voulez pas renoncer malgré tout. Alors courage!

  7. Ton constat est excellent et il n’y a rien à y redire.
    J’ai connu exactement la même chose dans le sud de France à Marseille, en banlieue parisienne et maintenant aux Antilles d’où je suis originaire. Je te donne la soluce UNIQUE dans ce métier (enfin celle dans les établissements non bourgeois. Tu as déjà compris que les objectifs nationaux finaux sont taillés pour eux).

    1° Prendre un peu de hauteur et sortir de son costume de Spider Man ou Wonder woman.
    Non tu ne peux pas tout faire et tout régler par toi même. Il faut savoir s’arrêter.

    2° Savoir s’entourer en attirant les gens positifs.
    Il existe toujours des collègues dans l’équipe qui sont comme toi. Il est impossible de fédérer tous les déçus et les aigris. Repère les sympas, ceux qui font rire pendant les pauses, ceux qui aiment leur métier, ceux qui AIMENT les élèves, les agents serviables, les surveillants souriants et aimables, les dames de cantine qui en remettent une louche et qui ont toujours un mot gentil… Et tu dois toi même l’anticiper en étant aussi comme cela en voyant les élèves dans le bus, à la gare RER, au supermarché. Je t’assure cela fait un bien fou.
    Par contre, la direction tu peux les oublier ce sont TOUS des vendus.
    Donc dis bonjour aux autres aigris (sinon ils vont monter ENCORE plus de complots sur ton dos ^^ ) mais recentre toi sur les cools, prends le temps. Évite comme la peste ceux qui vont plomber ta journée avec leurs réflexions racistes, leurs réflexions pourries (Tu es la PP de la seconde D? Je hais TA classe !), les propos désabusées, les fainéants notoires qui ne foutent rien avec leurs élèves, les paroles robotiques (combien de semaines avant les vacances?), leurs souvenirs de vacances en Corse, leurs enfants tous géniaux… Pffffff

    3° Repère les difficultés réelles de tes élèves dans ta matière en t’en foutant « complètement » du programme.
    Pour cela, il faut que tu sois intelligente et organisée. Tu dois mettre en place des séquences afin d’essayer de juguler le problème. Même si le problème est du programme du CE2 (j’ai dû retravailler avec ma classe de seconde : les grands nombres. Pas mal ne savent pas compter jusqu’au milliard … programme de CM1 o_O)
    Tes activités/devoirs hors programme, tu dois les faire effectuer uniquement dans ta classe et les entreposer sur des cahiers/classeurs qui resteront dans ton armoire fermée à clef.
    Comme cela en cas d’inspection, pas de traces pour le connard d’inspecteur zélé, qui n’a pas vu une classe depuis 15 ans et qui fait le malin en te disant mais cela : Madame cette compétence/savoirs n’est pas dans le réferentiel de certification/programme.
    Tu peux faire le collège acheter des logiciels comme « Projet Voltaire » qui fonctionne assez bien pour l’orthographe.
    Et faire ta popote et tes expérimentations sans rien dire à personne (collègues compris).

    4° Profite de certains moments pour débattre, échanger avec eux, les « clasher » à coup de punchlines, il faut avoir de la répartie surtout au collège. Ne pense pas programme, programme. Tu t’en fous. Ce sont des êtres humains.
    Dès qu’il y a un qui dit une connerie, j’en profite toujours pour utiliser le vidéo projecteur et la connexion internet pour réfuter en live les conneries et amener un débat ou une réflexion sur l’économie, la sociologie, l’éthologie, etc …
    J’avais tellement parlé de Bourdieu que je leur ai montré le film de Pierre Carles : « La sociologie est un sport de combat ». On a beaucoup discuté de la fameuse scène de Mantes la jolie, proche des Mureaux dans les Yvelines d’où venaient majoritairement mes élèves, où des jeunes et des travailleurs sociaux chahutent Bourdieu.

    J’ai conscience que le collège est un peu différent du fait de l’âge des ados. Mais j’enseigne au lycée professionnel où le public, la maturité et le niveau scolaire sont très proches du collège.
    C’est là qu’il faut retirer son costume de SpiderMan car tu entendras des conneries mais en fin d’année, quand tu leur demandera : Machin qu’est que t’a retenu cette année? Beaucoup m’ont dit:
     » M’sieu j’ai retenu grand chose de vos cours d’économie mais maintenant j’ai pas oublié que :
    – l’argent c’est TOTALEMENT virtuel et le mécanisme de création monétaire des banques (programme de licence 2 de sciences économiques) que vous nous avez expliqué avec un épisode de la « Bande à Picsou ».
    – qu’on gagnait encore moins qu’un travailleur de McDo en vendant de la drogue (cf: la vidéo de « Freaknomics » Steven Levitt en anglais sous titrés français et Kery James qui racontait sa période Mafia K’FRY, les études de Claire DUPORT sur le sujet à Marseille.)
    – et si on veut partir à l’aise en Europe tous frais payés pour apprendre l’anglais et s’ambiancer avec des petites étrangères qu’il y a le programme de service volontaire européen après le bac ^^  »

    Tout en oubliant que la plupart ne savaient pas faire un pourcentage quand ils sont arrivés et à force d’en faire à toutes les sauces, à tous les contrôles, ils savaient tous. Comme quoi, rien n’est perdu 😉 .

    Cela ne sert à rien d’apprendre à faire du 110m haies si l’on ne sait pas trottiner.
    Dans ce métier, il faut se montrer fourbe avec la direction pour qu’il n’envoie pas « l’œil de Sauron » sur ta classe et toi
    Eviter les gens toxiques pour cela il faut que toi même tu fasses l’effort de ne pas parler QUE boulot à la pause.
    Et que tu sois filou aussi dans ta classe, faire ce qu’il te semble important pour régler les lacunes du plus grand nombre sans croire que cela sera la cours des miracles.
    Sur une classe de 25, avoir un élève sur cinq qui s’améliore peut être un bon objectif de départ. Parfois, l’effet sera juste différé.

    5° Avoir une VIE RICHE A L’EXTÉRIEUR DE CE METIER.
    Moins de temps de préparation en favorisant la répétition jusqu’à ce que le concept soit intégré est plutôt plus performant avec des élèves faibles que suivre bêtement le programme. Ou la multiplication d’exercices variés.

    Cela semble être un panel de solutions individualistes … Non c’est le mode survie dans l’éducation nationale.
    Ce repaire d’intrigants, suçe-boules, chasseurs de primes, d’heures sup’ et de gratifications (le graal de a Hors classe).
    Où le plus fainéant d’entre tous est toujours celui qui prend du grade puis écrase tout le monde de sa morgue par là suite, en pensant que tous faisaient/étaient comme lui quand il était face aux élèves ^^ .

    Bon courage et évite au maximum, si tu peux, les cachetons. ça c’est encore une autre spirale où j’ai vu beaucoup de collègue plonger. Au pire, si ton établissement est vraiment nul. Change en si tu peux.
    Notre métier dépend beaucoup trop de l’environnent de travail pour négliger ce point.

  8. Le chef d’établissement fait beaucoup. Dans ce métier difficile on tient parce qu’on est entouré et qu’on peut échanger sur du réel, ce qu’on vit vraiment en classe. Il est indispensable de s’entraider. Bon courage. Moi, je me suis reconvertie…..

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