« Ici c’est chacun pour soi »

Tout commence alors que je suis rentrée dans la vie active dès l’âge de 18 ans en CDD dans une enseigne connue d’ameublement et en tant que vendeuse luminaire.
C’était ma toute première expérience dans le milieu du travail.
Dès ma première journée passé dans cette entreprise, j’ai eu comme une très mauvaise impression.

Je suis arrivée dans mon rayon et les vendeurs (que je connaissais pour avoir fais un stage quelques mois auparavant avec eux) m’ont fui comme la peste.
Au début je ne comprenais pas, puis après quelques heures, une vendeuse est venu me parler pour m’expliquer « qu’ici c’est chacun pour soi. »
Je lui demande de l’aide pour faire une facture à un client et là elle me dit « mais tu ne sais pas le faire ? » et bien non, ce n’est que mon premier jour, personne ne m’a rien expliqué.
« Ah, mais comme tu as déjà fais un stage ici, on pensait que tu savais tout faire. »
Sauf que dans le stage que j’avais fais, c’était un stage d’observation, je n’avais le droit de toucher à rien et je n’ai rien vendu puisque personne ne m’avait montré.

Au fil du temps je commence à comprendre comment se déroule l’entreprise, il fallait faire du chiffre quitte à se mettre à dos tout le monde, tout ça pour gagner quelques euros supplémentaire sur le salaire et une tape dans le dos par le patron qui te fait un grand sourire en guise de récompense.
J’ai passé de longues heures debout, le seul rayon qui n’avait pas de chaises ni de bureau. Je ne comprenais pas pourquoi je n’y avais pas le droit. Dès que je pouvais j’empruntais le bureau du côté des meubles de salon.
La caissière en chef était insupportable et me traitais très mal parce que je faisais des erreurs. Même quand j’étais devant les clients elle me mettait la honte devant tous le monde.

Quand ce n’était pas ça, je me faisais hurler dessus par les clients parce que je venais de vendre le dernier exemplaire d’un meuble et que ça faisais 2 heures que j’attendais qu’elles se décident (elles étaient rendu à l’autre bout du magasin) j’avais eu le malheur de vendre le meuble à une personne qui savait ce qu’il voulait…

J’ai achevé mon contrat jusqu’au bout, puis j’ai enchainé dans une entreprise de prêt à porter, en CDI.
J’étais très contente d’obtenir un CDI aussi vite, mais j’ai vite déchanté.
Je me suis rendu compte que nous étions que des esclaves.
Je faisais 40€ par semaines sans parler des transports, j’étais peu déclarer par rapport au travail que je fournissais.
En gros, j’étais déclaré 30h/mois alors que je faisais 40h/semaines. Ouverture et fermeture du magasin.

Mon CDI c’est tout de même terminé rapidement.
J’ai eu une maladie qui me faisait gonfler n’importe où, n’importe quand et de façon très impressionnante.
(j’ai fais des milliers d’allergologues, de médecins, d’hôpitaux, j’ai même eut le droit à une biopsie du bras pour prélever ma peau et personne ne sait ce que j’ai, on croit que c’est du stress ou mon sang…)

Bref, j’avais été voir le médecin qui m’avait arrêté, sans régler le problème pour autant. Mes employeurs ne m’ont pas cru et je me suis faite licencier.
Je pense qu’il m’ont rendu un grand service ce jour là !

Je suis restée quelques années à tourner en rond et à chercher un métier qui me passionnait vraiment.
J’ai tâtonné dans différents domaines, j’ai par exemple fais une formation.
J’étais à l’époque inscrite avec la Mission Locale et je cherchais à faire carreleuse mosaïste, seulement en France, il n’existe aucune formation qui se rapproche de se domaine, mise à part « carrelage dans le bâtiment ».
C’était rémunéré et du coup, un peu malgré moi j’ai fini par accepté…
Je suis tombé sur un formateur complétement misogyne !
C’est simple, dans cette formation nous étions trois femmes, une seule seulement est restée jusqu’au bout (et ce n’est pas moi).

Il aidait devant moi les hommes à trouver un stage, il restait 90% du temps derrière un ordinateur à jouer à des jeux au lieu de faire son travail, et quand il venait nous voir c’était pour féliciter les meilleurs.
Donc ceux qui s’y connaissait déjà ! J’ai donc du trouver un stage par moi même, mais personne ne m’a acceptée, j’ai demandé de l’aide au formateur qui m’a répondu de me débrouiller toute seule.
Je n’ai rien trouvée et quand je suis revenu après la période de stage (que je n’ai pas pu réaliser) il avait pris toutes mes affaires qu’il avait balancé dans une poubelle en me disant que je suis renvoyé et que je peu rentrer chez moi.

Depuis ce jour j’ai décidé de laissé tomber complétement les formations.
Entre ça et les « formation » pour faire un CV, du découpage de journaux et des dessins (comme en maternelle!!!) en accord avec pôle emploi et la mission locale bien sûr…

J’ai fais énormément de crise d’angoisses après ça, car je ne m’y retrouve pas dans ce monde, je me demande sans arrêt ou est ma place et aussi qu’est-ce qui attend les futurs générations ?

J’ai fini par me réfugier dans le monde de la photo, j’ai finalement décidé de faire modèle.
Modèle photo pour être plus précise. Une belle activité, ludique qui m’a redonner un peu d’estime de moi, peu à peu j’ai repris confiance, celle que j’avais perdu toutes ces années à cause de ces mauvaises expériences.
J’ai commencée à poser en 2009 et aujourd’hui je continue cette passion, qui à mon sens, ne devrait pas en être une.

Je ne suis pas QUE modèle, je fais mes propres créations de costumes, de coiffes, je me maquille seule.
Et pourtant, cette activité n’est pas rémunéré. En faite, modèle n’est pas un métier !
Cela pourrait vous paraître tout à fait normal, mais pas pour moi qui fais cela depuis des années, sans voir un juste retour des choses.
Tout comme la plupart des métiers je m’investis beaucoup, je me déplace (et souvent c’est très loin de mon domicile) je suis demandée car je sais faire beaucoup de choses.
Dans un travail on ne trouverait pas cela normal de vendre ou de faire de la maintenance informatique sans être payer.
Mais dans le milieu, tout le monde trouve cela logique, car des modèles il y en à un paquet.

Pourtant, les maquilleuses sont payés, les photographes aussi (prestations de mariage, book) les créatrices vendent aussi leur créations.
Tous on le droit à un statut, excepté les modèles. En sachant que l’auto entreprise n’est pas un statut adapté pour les modèles.
Par contre en parallèle je suis aussi modèle vivant, je travail avec différents artistes, la plupart du temps au black, mais aussi en contrat de vacation.
Ce n’est pas une activité qui paye bien contrairement à ce que les médias pourrait faire croire.

(il y à eut un reportage à la télé qui parlait d’une modèle vivant qui touchait 3 000 € par mois, j’aimerais bien qu’elle me donne ses techniques, car moi je n’ai jamais atteint plus de 350€…)
J’ai une famille à nourrir, comme tous le monde je ne bosse pas par passion ?!
Avec certains artistes au black je me fais entre 17€/h jusqu’à 25€/h de poses.

Sachez que je ne fais pas cela tous les jours, sinon je serais fortement ravie de gagner autant et je ne serais pas ici pour me plaindre.
Non, je suis appelée parfois le jour même pour travailler le soir, (ce qui peut être très compliquée quand on dois compter sur son chéri pour nous emmené et quand on à une famille)
Il faut savoir aussi qu’un mois sur l’autre je ne touche jamais la même chose.

Un artiste qui m’a pris pour faire 2€/semaines pendant un mois ne m’appellera pas forcément le mois suivant, car il faut changer de modèle et ne pas avoir toujours la même personne, les mêmes poses.
On est pire que des mouchoirs kleenex !
Et je ne parle pas des conditions médiocre dans lesquels ont pose…Plusieurs modèles (dont moi) pouvons faire des malaises, même si on à très bien mangé, le simple fais de rester trop debout peut être mauvais.
Même si les artistes avec lesquels nous travaillons sont plutôt conciliant ça peut être très difficile.
Parfois on nous demande de tenir plusieurs minutes ou plusieurs heures dans une seule et même position. Je peux faire de 2 minutes à 3h dans une seule position. (assise, debout ou coucher)
On nous met sur des tapis en mousses, j’ai même entendu un collègue me dire qu’une fois il à posé assis par terre, nu au sol, sur du béton.
Parfois on pose avec les mêmes tissu que le modèle précédent, mon dieu que c’est hygiénique ! Enfin, c’est de l’ironie… C’est tout sauf propre et ce n’est pas normal que personne ne disent rien.

Même si quelque part j’aime un peu ce que je fais, je suis loin d’être heureuse ou satisfaite et j’aimerais qu’on soit plus reconnus et qu’on arrête de croire qu’une modèle se fais 3 000€/mois car c’est complétement faux.
Nous sommes nombreux donc le plus souvent il faut partager, on fais 2h/semaines quand on à de la chance.
Ma famille ne me comprend pas, ils ne savent pas ce que c’est, les employeurs non plus (modèle vivant sur le CV, mais c’est quoi ?)
Je suis démontée par tous le monde car c’est un métier qui n’est pas reconnus et peu rémunéré, tous le monde considère que ce n’est une passion, un loisir ou un plaisir
(Et que ce soit modèle photo ou modèle vivant ce n’est pas un métier).
On ose jamais rien dire quand parfois on à pas de pause alors qu’on s’est tapé 2h à poser précédemment. Parce qu’on est tellement des kleenex, que si on dis quelque chose de travers, ont sait très bien qu’ont ne sera pas rappeler.
Si on fait une gaffe, le milieu étant petit (tous le monde se connait plus ou moins) et plus personne ne veux de vous.
Et moi pour ma famille, même pour deux heures par mois, je ne dis rien et je serre les fesses, quitte à souffrir toute la soirée de douleurs atroces dans le dos…
Je n’ai rien d’autre que cette « passion » car je n’arrive pas à trouver autre chose.
Je n’ai pas de permis, j’habite loin de la grande ville la plus proche et mon compagnon vient de terminer son CDD.
Est-ce que j’ai le choix ? Non…

Alors j’espère un jour que modèle vivant et modèle photos, seront des métiers reconnus.
Et que tous le monde arrête enfin de me traiter comme de la merde.
#JeVautMieuxQueÇa #OnVautMieuxQueÇa

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