Les réveils sonnent aussi chez les chômeurs

J’aimerais aller chez ceux qui disent que les chômeurs sont des parasites sociaux, ceux pour qui solidarité rime avec assisté. J’aimerais me glisser chez eux en douceur au milieu de la nuit, les enlever dans leur sommeil pour les installer dans mon lit. Et lorsque le réveil sonnera, car contrairement à ce qu’on pense les réveils sonnent aussi chez les chômeurs, j’aimerais qu’ils se réveillent en se posant cette question « Qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui? » Pas à la manière des romans d’aventures où le héros décide de vivre en vagabond sans se soucier du lendemain, ni celle du riche héritier qui ne sait pas encore s’il préférera passer sa journée dans sa piscine privée ou au club de golf. Non, je voudrais que cette question en soulève bien d’autres dans son esprit « Est-ce que ça vaut le coup de se lever, est-ce qu’aujourd’hui les choses vont enfin changer, suis-je un raté ? » Que déjà au réveil il sente tout le poids du néant qui s’installe petit à petit dans son existence. J’aimerais qu’il allume son ordinateur, qu’en parcourant les annonces il s’imagine toutes les vies possibles qu’il pourrait avoir mais qu’il sait qu’on ne lui laissera accéder à aucune d’entre-elles. J’aimerais qu’il passe des heures à rédiger des lettres de motivation et qu’au bout de tout ce temps passé à écrire ces textes hypocrites rien ne lui soit rendu en retour. Quatre cents euros par mois pour passer ses journées à travailler pour aucun résultat ni aucune reconnaissance, c’est pas cher payé. J’aimerais qu’en allumant sa télé il découvre qu’on le rende responsable de tous les maux du pays, qu’à cause de lui la dette publique ne cesse de s’agrandir, que de braves travailleurs sont ruinés afin de payer ses allocations, entendre certains dirent qu’ils sont trop gentils et qu’il faudrait tous nous mettre au pas. Que son cœur se serre parce que la société à décider de balayer tout ses rêves d’un revers de la main et que malgré tout il se sente encore coupable de s’y accrocher. J’aimerais qu’il entende continuellement les mêmes discours de la part de ceux qui disent comprendre et de les voir ensuite clamer à qui veut l’entendre qu’ils en ont ras-le-bol des chômeurs de longue durée qui profitent du système. Bien-sûr, on ne fait pas parti du lot, mais jusqu’à quand ? J’aimerais qu’il se souvienne de ses études, de tout ce qu’il a sacrifié pour y parvenir et de ses choix qu’il regrette maintenant. J’aimerais qu’il revoit ses vieux amis qui ont acheté une maison, une voiture, se sont mariés et ont fondé une famille pendant qu’il reste sur le banc de touche à attendre la question tant redoutée « Tu as finalement trouvé quelque chose ? » De les voir se justifier de leur situation par peur de passer pour un fainéant, un raté ou un adolescent qui n’arrive pas à entrer dans le monde adulte. J’aimerais qu’il ait plein d’envies mais aucun moyen de les réaliser. Et je ne parle pas de choses impossibles, non, des choses simples, des envies de tous les jours, avoir son chez-soi, fonder une famille, partir en voyage, payer un restaurant à sa copine. J’aimerais qu’il affronte le regard de cette dernière quand il lui annonce que tant qu’il n’a pas de situation stable ils n’auront pas d’enfant. J’aimerais qu’il sache ce que ça fait de subir l’humiliation constante de demander l’aide de ses proches pour boucler les fins de mois. J’aimerais même qu’il ressente la frustration de devoir réfléchir s’il peut dépenser dix malheureux euros pour s’offrir quelque chose. J’aimerais qu’il soit en colère parce qu’il a l’impression qu’on lui vole sa jeunesse, parce qu’on ne veut pas de lui sans qu’il sache vraiment pourquoi, mais qu’il ne puisse se défouler sur personne. Enfin j’aimerais qu’il soit fatigué, fatigué de chercher en vain, fatigué du temps qui passe et qui ne change rien, fatigué de trainer sa gueule de rater, fatigué d’espérer. Qu’il se couche le soir en se demandant comment il pourra bien remplir la journée de demain qui lui semble déjà bien longue. Peut-être que le lendemain il se réveillera, aura envie qu’on le comprenne, être compris c’est déjà pas si mal. Peut-être qu’il trouvera absurde tous ces recruteurs qui ne veulent pas embaucher des jeunes sans expérience. Il se demandera sans doute comment il peut se forger sa première expérience si personne ne lui en laisse l’opportunité. Et cette question en entraine d’autres, moins il a d’expérience et plus longtemps il restera sans emploi et moins on voudra de lui. Bienvenue dans la spirale du chômage. Au fil du temps il baissera les bras, se dira « A quoi bon », passera ses journées à manger des chips et boire de la bière devant les séries télévisées. Lui, qui au départ était plein d’envies et de bonnes volontés, se retrouve fatigué et aigri et on le pointera du doigt parce qu’il ne veut pas s’insérer dans la société. La même qui a très vite oublié que c’est avant tout elle qui n’a pas voulu de lui.

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23 thoughts on “Les réveils sonnent aussi chez les chômeurs

  1. Merci.
    Un grand merci.
    J’ai été chômeuse, puis conseillère à Pôle-Emploi.
    J’ai toujours gardé en tête une forme d’humilité, et la conscience que ce que vous dites, est tellement vrai.
    Ce raisonnement m’a permis d’accompagner différemment et avec respect, les demandeurs d’emploi.
    Ne baissez pas les bras.
    Bientôt, vous ferez cette rencontre qui fera de vous une personne comblée, tout simplement, parce qu’on vous fera confiance et vous offrira un poste.

  2. Merci pour ce témoignage, très touchant et très joliment écrit. La personne que j’aime est dans la même situation, alors je me suis reconnue dans tous ces rêves et ces envies qu’on ne peut pas réaliser.
    Merci aussi parce que je peux un peu mieux comprendre ce qu’il vit et mieux me comporter envers lui, ne pas lui mettre de pression ou qu’il se sente jugé.
    J’espère simplement que cette situation a une issue moins tragique que celle que vous imaginez.

  3. Merci infiniment pour ce témoignage. Personne ne sait ce qu’est le chômage tant qu’il n’a pas lui-même vécu la situation. Merci pour ces lignes, pleines de finesse et de subtilité.
    Le réveil a sonné pendant sept mois ici aussi. Maintenant je l’éteins, je n’y crois plus.
    Courage

  4. Merci infiniment pour ce témoignage… Je m’y retrouve tellement. En un sens, ça fait du bien. Au moins de savoir qu’on est pas les seuls dans ce bateau à moitié chaviré… C’est dingue d’en arriver à penser ça.

  5. Témoignage d’utilité publique s’il en est, merci énormément ! Oui cette spirale , quand elle dure (par exemple un an et demi comme ça a été mon cas) , peut mener a une véritable dépression… Personnellement, si une personne que je n’estimerai jamais assez pour cela ne m’avait pas offert une possibilité de reconversion en alternance, je ne serais probablement pas là aujourd’hui pour en parler…

    On vaut toutes et toutes tellement mieux que ça !

  6. merci de ce témoignage… mon ami vit à peu près la même chose sauf qu’il est « vieux » ….nous tâchons de rester optimiste …mais parfois le stress prend le dessus…et les inquiétudes .mais nous tiendrons le choc !
    et je confirme : le réveil sonne ……
    bon courage .

  7. si le revenu de base inconditionnel existait tu pourrais prendre le temps pour t’aimer même chômeur !! et si ta femme et tes amis t’estiment uniquement par ce que tu vas posséder alors change de femme! change d’amis! va dans les associations ou tout est gratuit pour les chômeurs vautre toi dans la liberté de faire par envie vis quand même !! parle encore et oublie à mesure!! engage toi à autre chose que le travail!!

  8. Félicitations pour votre texte,
    tout ce que vous avez écrit est vrai, je l’ai vécu et je sais, étant intérimaire, que je n’en suis toujours pas à l’abri. Mais c’est pour cela qu’il faut lutter contre, entre autre chose, la loi travail et le monde qui va avec. En plus, c’est nettement plus motivant que d’écrire une lettre de motivation !
    Votre message prouve que vous êtes lucide, sensible et intelligent(e); d’une façon ou d’une autre, vous vous réaliserez, j’en suis sûr.

  9. Je vous comprends !
    cela fait 6 ans que j’alterne intérim, CDD et chômage (vf mon témoignage sur le site). En ce moment c’est chômage et grosse remise en question comme vous.
    je me retrouve tellement dans ce vous dites, et pourtant je ne fais même plus partie de la jeunesse, ni encore des seniors, j’ai seulement 38 ans.
    La fameuse tranche d’âge « bâtarde » dont personne ne parle, celle où on est trop jeune pour certaines aides et trop vieux pour d’autres, la tranche d’âge – de mon point de vue – qui ne sert à rien.
    Mais de toute façon quand je vois les ‘aides’ que l’on apporte aux tranches d’âge dites « fragiles », je me dit que ce n’est pas demain qu’on pensera aux autres (quand je dis « on » je parle bien sûr des puissants, des décideurs, du Gouvernement).

    Et pourtant avant j’avais un travail, j’ai fait des études, donc (dans un moment certainement d’optimisme extrême) j’ai fondé ma famille, le reste (avoir une maison à soi, des projets d’avenir, une voiture, de quoi manger dans le frigo, …) n’est actuellement qu’utopie.

    Moi aussi, je me demande chaque soir « dois-je mettre le réveil demain ? »
    Et je le fait ! mais pas pour moi, uniquement pour ma fille. Pour moi je n’y crois plus, à l’opportunité, à la rencontre, au coup de chance, …

    Oui je souhaite à tous ces médisants de connaître cette situation, de s’inquiéter de leurs lendemains, de vivre dans l’angoisse perpétuelle de l’avenir.
    Même si je sais qu’il s’agit surtout d’une question de milieux et d’ouverture sur les différentes réalités car même quand je travaillais, j’ai toujours eu cette notion de réalité (peut-être parce que je ne suis pas issue de ces milieux élitistes, que j’ai grandis dans des milieux ou la misère était à la fois proche et lointaine, où j’ai vu mes parents se battre toute leur vie pour aider des gens dans des conditions pires que la nôtre) et j’ai toujours pu constater que la menace du chômage rôdait. J’en ai donc toujours eu conscience.

    Aujourd’hui je la vis.
    Maintenant mon seul espoir est que ma fille ne la vivra pas, c’est le seul cadeau que je veux lui faire.

    Merci de votre témoignage

  10. Merci pour ce très beau texte qui sort de vos tripes. je suis conseillère à l’emploi et je peux vous dire que je vais avec bonheur tous les matins pour aider les personnes comme vous. L’essentiel de mon travail est bien sur d’apprendre aux personnes à chercher du travail mais surtout en les remotivant pour les aider à passer ce cap difficile où ils ont l’impression qu’ils ne valent plus rien parce que la société les déconsidère. mais comme vous le dites, pas seulement la société mais aussi leurs proches qui soit profitent d’eux au maximum « Tu es au chômage tu peux bien refaire la salle de bains », « tu as le temps d’aller faire les courses tous les jours » soit qui les critiquent « tu cherches pas vraiment pour ne pas trouver du travail… »… Quand je vois comment vous écrivez courage je suis sûre qu’il y un poste pour vous quelque part.

  11. Merci pour ces mots tellement justes. Tellement vrai, hélas.
    Ces recruteurs si frileux, qui ne veulent pas embaucher les jeunes sans expériences, qui n’embauchent pas non plus, les séniors qui à partir de 45 ans, risquent d’être fatigués déjà, et dépassés aussi, moins vifs avec la technologie… Quant à ceux qui sont entre ces deux âges « critiques », on ne leur fait pas confiance non plus. Le monde du travail n’est pas un monde de confiance mais de doutes.
    Il n’y a plus de travail pour tout le monde, c’est une réalité. Chaque matin le réveil sonne pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’être choisis, qui restent sur le côté du chemin, dans la honte, dans l’attente, qui oscillent entre l’espoir et le désespoir, qui doivent pourtant, tenir bon et continuer à y croire et se dire : je me lève aujourd’hui, comme hier, parce que c’est peut être aujourd’hui que ma recherche va aboutir, aujourd’hui que les choses vont se débloquer pour moi. Aujourd’hui ce sera mon tour.
    Parce que simplement et évidement, je vaux mieux que ça.

  12. Ma dernière mission remonte à 3 ans 1/2. Je suis épuisée tous les matins lorsque mon réveil sonne. Je n’ai plus aucune chance de trouver un emploi. Je n’ai pas encore 50 ans et le chemin pour le départ à la retraite est loin et s’éloigne de plus en plus. Je dois vivre avec l’ASS et suis locataire, ce qui signifie se priver au quotidien. Mon occupation quotidienne qui me prend la tête, surfer sur le net pour trouver un emploi. Si je trouve une offre qui correspond à mes compétences, alors j’envoie mon CV que je modifie à chaque fois pour coller à l’annonce au plus près et là commence un stress supplémentaire. Les jours passent et aucune réponse. Je finis par craquer et téléphoner. La réponse est toujours la même : le poste a été pourvu. Dernièrement avec une agence d’intérim : cela fait trop longtemps que vous n’avez pas travaillé et c’est trop risqué. Je lui répond que c’est juste pour un mois et que ce n’est pas un poste à haute responsabilité. La réponse est la même. Personne ne veut me donner une chance. Vis à vis de Pole Emploi, je dois prouver que je suis toujours en recherche d’emplois, mais je trouve cela inhumain de nous faire subir ce sort. Les employeurs n’embauchent pas les chômeurs de longue durée.

    1. je voudrai dire à tous ceux qui témoignent et sont en difficultés car ils n’ont pas travaillé depuis longtemps plusieurs solutions en ce moment s’offrent à eux (mais bien sur cela dépend de la région où ils sont). Passer par les contrats aidés (Cui CIE ou CUI CAE ou par Insertion par l’Activité Economique) tous ceux qui sont en ASS ou RSA ou +50 ans ou PH y ont droit. renseignez vous de plus en plus d’entreprises vont sur le champs de l’économie solidaire (le secteur qui monte sur la France entière) . Cela vous permettra de remettre en pied dans la monde du travail et vous serez plus « crédible » devant des employeurs classiques (cf témoignage de Catherine).
      une 2eme voie est la FORMATION. Comme M. Hollande veut se représenter il faut donc que le chômage baisse donc il faut que minimum 500 000 demandeurs rentrent en formation sur 2016 (ils ne comptent plus alors dans les statistiques). Donc n’hésitez pas allez à votre agence demander soit des formations proposées par pole emploi (en tant que conseiller j’en reçois plusieurs par jours) préqualifiant ou qualifiant bâtiment, métiers de bouche, en transport logistique, aide à la personne… Si vous avez d’autres besoins (remise à niveau en Français/maths..), en compta, industrie, logiciels même très spécifiques (pour infographiste…) PRATIQUEMENT TOUT EST ACCEPTE EN CE MOMENT SI BIEN SUR CE N’est pas complétement loufoque. et si votre formation est éligible Compte personnel de Formation et cela devrai passer sans problème…

  13. je voudrai dire à tous ceux qui témoignent et sont en difficultés car ils n’ont pas travaillé depuis longtemps plusieurs solutions en ce moment s’offrent à eux (mais bien sur cela dépend de la région où ils sont). Passer par les contrats aidés (Cui CIE ou CUI CAE ou par Insertion par l’Activité Economique) tous ceux qui sont en ASS ou RSA ou +50 ans ou PH y ont droit. renseignez vous de plus en plus d’entreprises vont sur le champs de l’économie solidaire (le secteur qui monte sur la France entière) . Cela vous permettra de remettre en pied dans la monde du travail et vous serez plus « crédible » devant des employeurs classiques (cf témoignage de Catherine).
    une 2eme voie est la FORMATION. Comme M. Hollande veut se représenter il faut donc que le chômage baisse donc il faut que minimum 500 000 demandeurs rentrent en formation sur 2016 (ils ne comptent plus alors dans les statistiques). Donc n’hésitez pas allez à votre agence demander soit des formations proposées par pole emploi (en tant que conseiller j’en reçois plusieurs par jours) préqualifiant ou qualifiant bâtiment, métiers de bouche, en transport logistique, aide à la personne… Si vous avez d’autres besoins (remise à niveau en Français/maths..), en compta, industrie, logiciels même très spécifiques (pour infographiste…) PRATIQUEMENT TOUT EST ACCEPTE EN CE MOMENT SI BIEN SUR CE N’est pas complétement loufoque. et si votre formation est éligible Compte personnel de Formation et cela devrai passer sans problème…

  14. Bonjour Elisa, il y a la théorie et la pratique. Par ex contrat aidé, je n’en vois pas sur le site de Pole Emploi et ma conseillère que je n’ai jamais vue ne m’en propose pas non plus. J’ai eu l’occasion d’aller dernièrement à un salon de l’alternance et j’ai rencontré un conseiller PE qui m’a dit il faut avoir 50 ans et me dis peut être que plus tard les critères changeront.
    Pour la formation, rien d’intéressant, uniquement ce que j’ai déjà fait (je parle des formations conventionnées) et qui ne sont pas très solides. J’ai trouvé une formation en alternance qui me fait évoluer, mais le problème est de trouver l’entreprise pour me recruter en CDD contrat de professionnalisation. J’explique les aides financières qu’ils peuvent avoir, mais trop cher pour eux de payer un smic 35 h 00 pendant 12 mois. Il existe le chèque formation (aide de la région) qui limite la prise en charge à environ 3000 euros et la formation est à plus de 5000 euros. Les employeurs qui proposent le stage longue durée, c’est 3.60 euros de l’heure uniquement le temps en entreprise, pas en formation. J’ai des frais de déplacement pour aller à la formation (120 km AR) donc ce n’est pas supportable financièrement. PE ne rembourse que les km pour aller en entreprise ou en formation si elle est conventionnée par PE. Voilà la réalité. Soit faire une formation nulle mais non payante, soit faire une formation qualifiante mais à nos frais.

  15. Je suis avec Patricia Moutard, un revenu de base, elle est là la solution. Le travail c’est de l’esclavagisme, si on ne choisit pas se que l’on aime faire. Trouver un job c’est difficile, le garder c’est difficile et l’aimer c’est parfois encore plus difficile. Il est temps que tout cela change, nous ne sommes pas nés pour vivre malheureux.

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