Fin de carrière

Témoignage écrit quelques mois après mon burn-out, trois ans après tout est encore dans ma mémoire.
Je ne raconte que la dernière journée.
Je m’en suis sorti grâce au médecin de famille et celui du travail que je remercie car je ne sais pas comment cela se serait terminé.

 

Fin de carrière

6h du mat

faut se lever , faut se lever

dur dur

pourtant depuis 1h du mat

le sommeil ressemble étrangement

à un train omnibus qui s’arrête à toutes les gares

traîner , traîner le plus possible

va falloir y aller

j’ai déjà l ‘estomac noué

envie de vomir

pas le choix , faut y aller

qui sait la journée sera peut-être bonne

un café, les médocs

l’heure tourne

tourne trop vite

6h35 faudrait prendre la route

15-20 mn c’est ce qu’il me faut

je peux encore traîner un peu

me voilà prêt à partir

je suis dans le couloir

les secondes, les minutes passent

6h37

38

39

6h40

plus le choix

je ne sais pas si il fait froid , chaud

je sens juste cette boule au ventre

la gorge serré

j’avance tranquille, j’y vais, j’y vais pas !!!!!

j’ai beau traîner, j’arrive à l’heure

normalement avec de la chance je serai tranquille jusqu’à 8h

je peux commencer un boulot

continuer celui du jour d’avant

une grosse commande à préparer

commande qui semble assez urgente

longue à préparer

8h la secrétaire arrive

un coucou

je continue

8h 15

ça y est, on me dit qu’il y aura un camion à charger

c’est urgent, il arrive en fin de matinée

rien n’est prêt

espérer que tout soit accessible

surtout sans risque

2h de 2h30 de préparation si tout va bien

j’attaque, stressé

ouf tout s’est bien passé rien n’est tombé

nul besoin de ramasser

je souffle un peu

Le camion arrive

un chauffeur qui vient régulièrement

ça fait du bien il connait le topo, et se met de suite en place,

pas de perte de temps ouffff

Je commence à charger

la secrétaire arrive

changement de programme

faut charger d’autres lots

surtout rester calme , rester calme

dur dur

c’est reparti

camion chargé

il est presque midi

revoici la secrétaire

elle a eu un e-mail

disant qu’un client vient chercher une commande en début d’après -midi

urgent c’est urgent

j’y arriverai peut être avant midi

je me grouille

le temps de me laver les mains,

12h je rentre

énervé mais ça va

j’avale mon repas vite fait

12h20 je m’effondre devant la télé

ça fait du bien

j’oublie la matinée

je suis bien

tout naturellement je me réveille vers 12h45

je traîne jusqu’à 50

à midi je suis en vélo donc 5 mn de trajet

13h je reprends le boulot

le boss voudrait savoir où j’en suis avec la commande

j’en sais trop rien

une partie est emballée, une partie palettisée

je compte, en gros ça pourrait faire deux palettes

je le signale à la secrétaire

e-mail au boss

je sais qu’il va trouver ça léger

je le sens

le sang me monte à la tête

rester calme, rester calme

difficile de travailler

pas le choix

un e-mail encore un

commande urgente qui doit partir par la poste

je laisse tombé mon travail

j’attaque la commande

remplir des sachets 1k , 5 kg

parfois 500 gr

souder les sachets

mettre en carton

l’heure tourne

la boule au ventre de plus en plus grosse

quelque chose va me tomber dessus

je le sais

je le sens

gagné !

un mot du boss ne comprend pas

qu’il n’y ait que deux palettes de prêtes

4 jours avant je lui avait dit

que ça avait l’air de bien marcher

j’avais même réussi à préparer

pas mal de sachets sauf qu’il n’étaient pas encore soudés ni palettisés .

trois mots en gras « cherchez l’erreur »

il ne comprenait pas

il ne comprend jamais
Pour lui

je suis un râleur et que

je mets de la mauvaise volonté

ou que je ne veux pas faire le boulot

c’est vrai que d’après lui j’aurai des réactions franco-françaises de CGtiste (fallait la trouver , il l’a fait )

j’ai chaud , je tremble

j’ai mal c’est atroce

envie de tout casser

tout foutre en l’air

me foutre en l’air

terminer avec tout ça

partir , fuir

ne plus revenir

je suis partis

j’ai fuis

j’ai les boules

suis oppressé

j’angoisse

même la sonnerie du téléphone me fait peur

peur qu’ils m’appellent

devoir me justifier

en restant calme

je ne peux pas

peux plus

Je me réveille, boulot

je regarde la télé, boulot

boulot , boulot

se calmer, me calmer

anxiolytiques

antidépresseurs

j’attends l’effet

ne plus penser boulot

la route sera longue

journée presque ordinaire

heureusement que toutes ne sont pas comme celle-ci

encore que parfois c’est pire quand il y a des pannes

C’était en octobre 2012

Depuis 9 mois d’arrêt maladie (burn-out)

Licenciement pour inaptitude en juillet 2013

Depuis chômage et dans 7 mois la retraite anticipée à 60 ans, pour carrière longue

Eh oui 42 années de trime

Viré après 30 années dans la boite

> image d’entête via flickr

2 thoughts on “Fin de carrière

  1. Mêmes dates à peu de choses près, mêmes maux, mais autre métier, autre age, autre lieu.
    J’aurais pu écrire ces mots… c’est étrange cet aspect universel que prend le burn-out. On se croit seul mais quand les langues se délient on réalise que non…
    Merci et courage !

  2. J’aime beaucoup ton texte et son rythme.
    Moi aussi je traverse ça en ce moment, j’en ai souffert et j’en souffre encore.
    C’est beau de pouvoir mettre des mots, une partie du chemin qui est faite…

Laisser un commentaire