Rupture conventionnelle difficile

Je ne vais pas entrer dans les détails de ce que je faisais car je crois que la situation est malheureusement généralisable à beaucoup d’autres boîtes et que chacun est attiré par un secteur particulier. Là, malgré les conditions de travail difficiles que je vais vous relater, je pensais bien avoir trouvé le mien.
J’ai vraiment adoré ce job ! Je restais souvent très tard cumulant régulièrement plus de 70h par semaine et ça restait plaisant. A la fin de l’année, j’apprends que mon collègue avec qui je faisais la majorité des « heures sup' » part en rupture conventionnelle de contrat.

Le soir, on boit l’apéro ensemble et il m’explique qu’Édouard (le prénom de l’employeur a été modifié) l’a informé qu’il comptait finalement accepter notre demande (qu’il avait préalablement refusée à mon collègue et moi) de prime de fin d’année. Le terme employé étant « j’ai trouvé comment nous (notez qu’il s’était inclus au passage) payer notre prime », le plan étant de se séparer de la moitié de l’outil de production et de licencier les deux autres personnes qui travaillaient avec nous à la production … Mon collègue, qui a alors exprimé sa volonté de faire une rupture conventionnelle de contrat, n’a pas été tenu de rester un jour de plus dans l’entreprise et a immédiatement fait ses valises pour aller purger son « préavis payé » à domicile.

Ayant présenté une demande de la même nature le lendemain, je n’ai pas eu cette chance et fus tenu de m’acquitter de mes tâches habituelles et de la transmission des projets sur lesquels je travaillais. Projets qui ont continué à se voir agrémenter jusqu’au dernier jour de nouveaux projets que je ne pouvais évidemment terminer avant mon départ. Voilà pour ce qui est des circonstances préalables à mon histoire que voici :

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C’est vendredi, en fin d’après-midi, le dernier d’une série de 18 mois, ma rupture conventionnelle de contrat vient de voir son préavis toucher à sa fin.

Ces derniers jours ont étés très difficiles, en 18 mois, j’étais devenu l’un des plus anciens de cette PME où j’étais rentré. Je n’en pouvais plus des personnes licenciées avec pertes et fracas, revenus en odeur de sainteté après le burn-out de ceux qui avaient courbé l’échine jusqu’à la rupture pour rester. A cette ambiance de base, s’est greffée une fureur croissante de mon employeur qui multiplie les piques et vexations à mon égard, comme pour apaiser un sentiment d’injustice suite à l’annonce de mon départ.

Me voilà sortant du vestiaire et fermant la porte à clé, que je remets à mon employeur qui attend là. Je suis le dernier à sortir, il m’a demandé de me dépêcher. Je lui tend les clés qu’il prend sans dire un mot et nous nous séparons ainsi.

Dans l’après-midi de mon départ, la secrétaire m’a demandé de passer récupérer les documents administratifs dont j’aurais besoin le lundi après-midi prochain, car le cabinet comptable n’a pas pu les envoyer à temps. Ce n’est pas grave, me dis-je, ça me laisse quand-même le temps de réaliser les démarches pôle-emploi dans les temps. Bref, arrangeant, je lui répond avec mon plus beau sourire que je passerai récupérer ça un peu avant la fin de son service dans l’espoir qu’on boive ensuite un café ensemble.

Je me présente lundi, en fin d’après-midi, comme prévu et la secrétaire, la mine grave, m’invite à aller voir mon ex-employeur qui « désire me parler » avant de me remettre mon attestation ASSEDIC et mon solde de tous comptes. Je frappe à sa porte et l’ouvre après avoir été invité à entrer.

« Ah ! C’est à cette heure-ci que tu arrives ? »

Ça faisait longtemps que je ne m’attendais plus à un bonjour en franchissant cette porte, et ce soudain retour du tutoiement n’était pas sans relents méprisants et condescendants … Je réponds sur un ton impersonnel que je suis venu chercher des documents qui n’étaient pas prêts vendredi.

« Oui, je sais, mais si tu crois que le vais te les donner alors que t’as pas fini ton boulot ! »

S’en suit une rhétorique sur les devoirs de l’employé envers sa société, j’explose :

« Mais stop, je suis plus ton employé, mon contrat est fini ! »

« Le contrat je m’en fout ! Y’a pas besoin de contrat, si tu veux ton attestation, t’as du boulot à finir, un point c’est tout ! »

Je suis invité à quitter les lieux et à revenir le lendemain matin suffisamment tôt pour finir avant la fin de la journée si je veux récupérer les précieux documents. Je consacrerai mon lundi soir à arpenter le web à la recherche d’infos sur mes droits, j’apprends qu’une copie de l’attestation ASSEDIC (je n’avais en fait pas besoin du solde de tout compte, il me refusais aussi ce document sans tenir compte du fait que lui seul avait besoin que je le signe pour reconnaître qu’il ne me devait plus rien) a forcément été envoyée à l’URSSAF et décide d’y aller au bluff.
Le mardi en milieu de matinée, je l’appelle et, passé le moment plaisant des piques d’accueil, je prétends sortir d’un entretien avec mon conseiller pôle-emploi qui me propose de faire une demande de duplicata à l’URSSAF, cette dernière devant être accompagnée, soit d’une attestation de l’employeur comme-quoi il n’est pas en mesure de me fournir cette attestation, soit d’une copie du dépôt de plainte suite à la non remise de ce document indispensable. Il me raccroche au nez en guise de réponse …

Dans l’après-midi, je recevrai un coup de fil de la secrétaire qui me dit qu' »Il est parti et m’a dit de te remettre ça ». Et je suis allé chercher mon dû.

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Ce qui me désole dans tout ça, c’est que tout autour de moi, il-y-a des situations de violence hiérarchiques bien pires, et d’autant plus humiliantes qu’elles sont manifestement injustes, ostensiblement assumées et trop souvent impunies.

#OnVautMieuxQueCa

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