Liquidation judiciaire d’un studio de cinéma

J’ai assisté à la mort de DuranDuboi, grand studio de cinéma français, en plein milieu de la production du film « La Mécanique du Cœur », nous avons tous été mis à la porte en 3 jours. Même les seniors n’avait jamais vu ça.

Duran Duboi était un studio d’effets spéciaux incontournable, présent dans un grand nombre de générique de film français depuis des années, vous pourrez vérifier. Avec la « Mécanique du cœur » de Matias Malzieu le studio réalisait son premier long métrage full 3D complet. Une expérience extra, des équipes motivées, créatives et soudés, sans parler des réalisateurs qui avaient des étoiles dans les yeux à chaque réunion. Mais tout n’allait pas, et ça venait toujours du dessus : Déjà j’étais payé 80€/jour, à Paris, sur un long-métrage, et non pas comme animateur junior bien sûre, c’était pourtant ce que je produisais, mais sous un autre rôle qui n’avait pas grand-chose à voir (je m’en souviens plus mais je peux le retrouver). Oui parce que le salaire minimum pour un animateur ce n’était pas 80€, même junior. Ensuite, très régulièrement, les salaires étaient versés très en retard. Ça la fout mal de base, mais comme tout le monde a des loyers à payer, entre autre, et c’est Paris encore, pour certain c’était intenable.

Entre nous nous étions d’accord et nous avons communiqué ceci : « Ok si l’entreprise a des soucis, c’est la crise, si certain peuvent encaisser les retards, d’autres membres de nos équipes ne peuvent pas, et ça ruine leur concentration et leur qualité de vie, alors payez les en priorités, et les autres on attendra ». Nous n’avons jamais obtenu quoi que ce soit, même en leur accordant ça. Donc nous avons fini par faire grève à chaque fois, et comme on travaille tous ensemble dans des openspaces et qu’on communique en permanence (le cinéma est une fabuleuse combinaison de métiers), en très peu de temps tout était désert. Et on a vraiment hurler quand la direction a commencé à nous mentir, sur des dates de réunions, sur des chiffres (je me souviens plus des détails hein, moi j’étais junior, c’était mon premier vrai taf). Nous suivions les procès tout en travaillant, parce que ce qui importait c’était le film, le plaisir de se lever le matin pour créer, au-delà de toute considération politique ou financière qui ne devrait pas être notre souci.

Et boom, liquidation judiciaire, le studio a été torpillé, et tout le monde mis à la porte en 3 jours, sans distinction : animateurs, chefs de projet, et les réalisateurs peuvent aller voir ailleurs avec leur moitié de film. Tous ces efforts jetés par la fenêtre par les seules personnes qu’on a jamais vu, et qui n’ont peut-être même jamais vu quoi que ce soit de ce qu’on a fait. […]

Donc nous, passionnés, pliés en quatre pour que tout ce passe bien, solidaire et productifs, nous sommes face à des inconnus dont tout dépend même, la vie de certain, et qui en plus font mal leur boulot, puisque ils ne sont pas capable de gérer leur finances. Si un animateur avait été aussi mauvais, comme tous les métiers dépendent de l’autre, il aurait été vite repéré et viré car il fait tout capoter à lui seul … alors pourquoi cette fracture ? Ils font aussi partie de l’équipe et notre travail dépends aussi du leur et vice-versa, ils ne sont pas « plus important » ou irremplaçable qu’un autre. Je pense que nous ne devrions accepter aucune « réforme » que les décideurs ne s’appliqueraient pas également à eux-mêmes, et inversement, comme ça de base, parce que « diriger » c’est aussi un métier !

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