« Moi, à la fin de la saison, j’aurais baisé toutes les saisonnières »

J’ai eu pas mal d’histoires de merde au boulot, mais je vais vous raconter la pire, celle qui cumule harcèlement moral, sexuel, travailler pour 3, irrespect de la direction des collègues et des clients et aveuglement de la direction. Super trailer je l’admets!

Alors voilà j’étais rendu à ma 3 eme saison, mais la première dans cet établissement. A côté des cours depuis la première je bossais comme vendeuse dans le marché de ma ville pour avoir de l’argent de poche mais aussi par la suite pour me payer des études. Concrètement je ne débutais pas dans le monde du travail, j’avais déjà une assez bonne connaissance du droit du travail, ma mère étant représentante du personnel dans son taf et moi-même militant à l’époque au MJS.

J’habitais dans une région très touristique, là-bas les saisons c’est majoritairement dans le tourisme, beaucoup en hôtellerie, et moi je m’étais « spécialisée » par la force des choses dans l’hôtellerie de plein air, snack, bar, serveuse. C’était un établissement 5 étoiles, je crois environ 450 emplacements de campings de toutes sortes donc pas loin des 1000/1200 personnes. En dehors même du fait que pour les saisonniers, c’est la croix et la bannière pour trouver un taf avec logement (même une place de camping à côté des poubelles sous toile de tente m’aurait suffit) alors que tous les établissements veulent les meilleures personnes pour bosser selon eux (vous voyez déjà la contradiction?) et que de toute manière ça sera le smic pour tout le monde même ceux ayant une formation pour ( pas mon cas, mais j’en ai vu être payé comme moi et avoir fait 3 ans de formations de bar par exemple) mon boulot s’est retrouvé être la pire galère que j’ai pu connaitre.

Je vais faire vite, mon mail est déjà hyper long, mais en gros je bossais 45 heures/semaine au lieu des 39 annoncées, heureusement j’étais payée à la hauteur de mes heures, mais j’étais en coupure, n’habitant du coup pas sur le camping mais dans une location à côté pas trop de temps pour se reposer, récupérer. Je bossais donc avec l’équipe du matin et l’équipe du soir, qui ne s’entendaient pas entre elles, j’étais donc celle qui faisait passer les messages. Très vite l’équipe du soir (pour moi 18.00-00.00 normalement qui finissait à 18.00-02.00 avec une reprise à 12.00 le lendemain) a commencé à mes donner les taches chiantes du métier : la cave, bref soulever des caisses de boissons à mains nue pleine et seule et faire l’aller retour (au moins 15) pour que la cave soit pleine avant le rush du soir, puis durant le service, en plus de s’occuper des clients. Je fais 1 mètre 64 surement une soixantaine de kilos et j’ai perdu presque 6 kilos en 1 mois et demi, donc pas maigre mais pas normale pour moi. j’ai commencé à avoir les genoux qui tremblaient les bras qui lâchaient au bout de 25 jours. J’ai eu des remarques sur mon physique dés le premier par le responsable du bar, au début « juste » des « avec ton petit minois tu vas te faire plein de pourboire » puis « met donc un short court, les clients reviendront plus » (NB: J’EN AI RIEN A BATTRE QU’ILS VIENNENT PLUS TON PROFIT N’EST PAS LE MIEN CONNARD, et mon cul m’appartient merci.), puis « Si tu étais plus sympa avec moi, genre si tu me laissais te regarder, peut être que tu ferais moins la cave » à carrément  » moi à la fin de la saison j’aurais baisé toutes les saisonnières de ce camping, toi inclue ma belle » (sans surprise : ça n’a pas été le cas ni pour moi, ni pour d’autres)

Au bout d’un mois et demi, lors d’un jour de repos, je me tourne pour attraper un truc par terre alors que j’étais allongée, et là grosse douleur dans la poitrine, je me rend à l’hôpital direct car je paniquais un peu, verdict : névralgie intercostales sur 4 côtes et manque de fer (les muscles lâchent et vue les horaires je mangeais pas hyper bien), refus de l’interne pour un arrêt de travail car « je vois pas ce qui vous empêche de bosser avec ça, sous codéine« , euh moi oui en fait. Je vais voir mon médecin traitant directement, il me dit que je ne peux absolument pas travailler dans cet état, et que même sans ça, il pourrait me mettre en arrêt pour dépression au travail. Je demande un simple arrêt de 4 jours, le 15 aout arrive, j’ai besoin de thune, je dois bosser!

Je reviens 4 jours plus tard avec toujours de la codéine dans le système, et j’apprends que 2 autres personnes sont en arrêts maladie  » à cause de moi » car j’étais partie et ils se sont tapés mes heures. Je dois donc prendre les leurs, ENTIÈREMENT. Mon planning change, j’ai de prévu 64 heures de taf en 5 jours. Je n’en ferrais « que » 58, le dimanche je m’effondre en larme au boulot devant le boss et les clients, le boss me dit que je suis une conne. J’appelle la directrice, je dis que je veux partir, elle me fait démissionner sous les larmes ( on ne peut normalement pas démissionner dans un cdd saisonnier sauf si on trouve un CDI, mais sur le moment je crois qu’elle a eu peur d’un procès).

Alors je vous aie passé les détails sur la putasserie des collègues du soir (comme j’étais l’entre deux), le slutshaming (je perdais du poids, apparemment j’étais de plus en plus « bonne » -comprendre mince, musclée par la force des choses et épuisée- et donc je ne cherchais « que ça ») le fait que le boss (directeur bar) arrivait bourré tous les jours, en retard au taf, parlait des femmes juste pour dire qu’il « aimerait bien lui violer sa bouche à cette petite salope » en parlant d’une jeune à peine majeure aux lèvres proéminentes. Je passe sur le fait que la directrice venait aider quand il ne venait pas, et savait donc parfaitement ce qu’il se passait, mais que jamais elle ne m’a adressé une parole réconfortante avant la fin. Jamais personne n’a dégagé ce gros con, et personne ne nous a aidé nous les saisonniers. Pas tous, mais celle du matin et moi étions vraiment mal, c’est d’ailleurs elle qui avait pris mes heures, l’épuisement aidant, en débauchant le soir à 2 heures du mat ( elle avait embauché à 9 heures et avait eu 1 heure de pause dans la journée) n’avait pas vu les sangliers sur la route et s’est prise la famille sanglier de plein fouet dans la bagnole. Elle a eu de la chance de s’en sortir qu’avec une luxation de l’épaule et des bleus … le lendemain elle revenait bosser, un ostéo a été appelé, lui a remis les os en place, elle a repris le travail 30 minutes après la séance sur demande de la direction, c’est quand je suis revenue que je lui ai dis de rentrer chez elle et que j’ai alarmé la directrice disant que ca allait pas le faire pour elle.

BREF, oui, on est saisonnier, mais on est humain. On va pas donné notre vie pour ce taf mais on veut bien le faire. On veut du respect, de la protection, et qu’on arrête de nous faire croire que l’on peut négocier. J’aurai pu parler, j’aurai pu partir, mais j’avais peur : de mon boss, de ne pas pouvoir payer ma scolarité l’année d’après (j’étais en sciences politiques, ironique non?), de déconsidérer le fait que cette peur nous empêche de parler (comme tout ceux violentés d’une manière ou d’une autre).

J’aurais dû être considéré comme accidenté du travail mais c’était sur un jour de repos, malgré le lien évident entre les deux, et j’aurai dû les foutre en procès, mais j’étais épuisée physiquement, psychologiquement et je voulais juste, rentrer et me caler devant un film ou la xbox puis dormir.

Ne vous en faites pas, je vais très bien maintenant mais je n’ai plus jamais refait de saison… j’ai continué mon taf au marché, j’ai réussi à payer mes études et je les continue maintenant avec un prêt étudiant sur le dos pour ne pas avoir à bosser en saison (génial…).

Alors cette loi de merde, non ne j’en veux pas.

Concrètement, je pense que je, et bien plus largement qu’ #onvautmieuxqueca .

> Image d’entête via flickr

2 thoughts on “« Moi, à la fin de la saison, j’aurais baisé toutes les saisonnières »

  1. C’est dingue des types comme ça. Voilà à quoi le besoin absolu de fric peut nous pousser ; il n’y a plus de limites à l’humiliation qu’on peut se laisser infliger.

  2. Bien pour ça que je ne fais plus de saisons non plus. D’autant que les gens ne se rendent pas compte, mais quand on fait 1m82 pour une fille, ça implique des problèmes physiques (croissance trop rapide) et des plans de travail trop bas. Mais les patrons d’hôtellerie-restauration, je ne sais pas pourquoi, ont le chic pour traiter leurs saisonniers comme de la merde. Pôle Emploi refuse de changer mon dossier, et il y a toujours marqué dessus que je veux être serveuse (je suis étudiante en traduction), sous prétexte que c’est là que ça embauche et que j’ai le CV qui va avec. Sauf que j’en ai marre d’être traitée de la sorte. Serveuse, plus jamais !!! Je préfère mourir de faim que de refaire ça.

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