Je réclamais la simple application de la loi

Avant,  j’étais un prestataire informatique ( en SSII) . Je travaillais pour des sociétés comme Orange ou SNCF.

Sous traitant, ça veut dire « corvéable », « jetable », « pas cher »  pour mon client et  «profit» pour mon employeur !

Alors je suis devenu représentant du personnel pour tenter d’améliorer mes conditions de travail et ceux de mes collèges.

Parce que je réclamais la simple application de la loi sur de nombreux sujets ou qu’on nous traite autrement que comme de la marchandise, j’étais  un « fou ».

Pour avoir tenu tête aux dirigeants peu scrupuleux du code du travail,  on a fait de moi  un «homme à éliminer ».

Malgré des millions d’euros d’aide publique ( TEPA, CIR, CICE, … ) , les salaires stagnent,  la formation professionnelle est quasi inexistante ….

J’ai vu la souffrance et les larmes, mais aussi la peur et la colère, dans les yeux de mes collègues trahis par leur manager, prêt à tout pour gagner le moindre euro.

Isolement, chantages,  dénigrements, missions lointaines, tâches subalternes, menaces : l’arsenal est garni pour pousser un salarié « non banquable » à partir.

Et pour les plus résistants,  on trouvait toujours une faute pour les licencier.

Dans ce groupe de 2000 personnes, les intérêts financiers et commerciaux ont toujours primé sur tout autre considération, en particulier humaine.

Pour préserver ma santé et mon avenir professionnelle, j’ai donc quitté l’entreprise « Astek » qui a fait l’objet de plusieurs articles de presse ces derniers mois :

http://www.humanite.fr/revelations-comment-astek-jete-200-de-ses-informaticiens-la-corbeille-583837

http://www.politis.fr/articles/2015/09/vires-sur-un-mode-industriel-32360/

http://www.humanite.fr/la-recette-des-licenciements-secs-chez-astek-daterait-de-2009-584894

 

Il y a bien longtemps que ces patrons , qui ont leur bureau en haut d’une tour ou sur une île paradisiaque,  n’appliquent, du code du travail, que les parties qui les arrangent !

Ils abusent de la méconnaissance des salariés sur leur droit, de l’absence de contrôle des services de l’état, et de la résignation des citoyens face à un système judiciaire trop lent, trop lourd.

Ils ont d’autant moins de scrupules  que leur sentiment d’impunité est fort.

Sur le terrain, on voit bien que le code du travail ne les empêche pas de se séparer d’un salarié ; ça ne serait être donc un frein à l’embauche.

La loi de Mme El Khomri ne fera qu’encourager les employeurs à continuer d’exploiter leurs salariés, au détriment de leur vie personnelle et de leur santé, pour générer – et se garder-  toujours plus de profits.

Si on ne vivait pas dans une société de consommation, j’imagine que certains politiques prôneraient les bienfaits de l’esclavagisme sur la compétitivité des entreprises !

> Image d’entête via flickr

 

6 thoughts on “Je réclamais la simple application de la loi

  1. Ou comment, en quelques mois, transformer des passionnés en tire-au-flanc, ou les pousser à l’expatriation. Ce système est un gâchis énorme qu’il est urgent de ne pas généraliser !

  2. Cet article est juste, même si on pourrait en écrire des kilomètres d’exemples.
    Je suis dans la prestation de services informatiques depuis quasiment vingt ans et j’ai vu les conditions se dégrader sévèrement ces dix derniers années. Et même s’aggraver depuis trois ans.
    Les SSII gagnent des sommes importantes pleine crise économique, celle la même qui est évoquée pour être viré en fin de mission.
    On vous embauche en CDI, vous faites une mission de deux ou trois ans maxi, et puis on ne sait plus où vous envoyer. Alors on vous met sur des missions dans rapport avec vous compétences, dans des conditions de travail intolérables et ensuite on vous dégage.
    Les meilleurs, et plus dociles, finissent par craquer, été totalement dégoutés du métier et se reconvertir dans d’autres métiers, comme ébéniste, prof et autre. On a déjà perdu de très grosses têtes ainsi en France, je les ai vues partir.
    Moi aussi j’ai demandé uniquement la juste application de la loi, et je me suis fait virer trois fois.
    Voilà comment des gens appâtés par le gain détruisent l’informatique en France.

  3. Et le pire, c’est que la majorité (dont je fais partis) n’ose pas vraiment ce plaindre car on a un travail et on n’est pas trop mal payé (quand on regarde par rapport à la moyenne, car par rapport aux collègues non prestataire, c’est pas la joie). Du coup on ne dit rien et on laisse coulé. D’autant plus que les gens qui se plaignent, on fais tout pour leur pourrir la vie.
    Pour les SSII, on est qu’un CV qu’ils peuvent louer à un client, la personne qu’il y a derrière c’est le cadet de leurs soucis. Comme les loueurs de voiture, quand le véhicule commence à être récalcitrant, on l’envoi à la casse et on prend un modèle tout neuf fraichement sortie de l’école … heu … usine.

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