« T’es inutile, t’es qu’une bonne grosse merde, ta mère aurait dû te noyer à la naissance »

J’ai 22 ans, et j’ai, depuis l’âge de 18 ans, travaillée dans deux fast-food, dans un supermarché, et en tant que Babysitter. Aucune de mes expériences de travail ne s’est réellement bien passée. Voilà pourquoi :

Mon premier emploi fut celui d’équipière polyvalente . Je travaillais en temps partiel, et pourtant, ces 10 à 12h par semaine m’ont minées le moral. Je ne parle pas du rythme soutenu, des clients mal polis et irrespectueux (bien que cela joue énormément), mais du comportement des managers, oui. L’ambiance met facilement n’importe qui à cran, mais cela n’excuse en rien d’harceler moralement ses employés. Un jour, alors qu’il y avait eu un problème dans les commandes du stock de viandes surgelées (commandes gérées donc par les managers), et que j’étais évidemment seule en cuisine pour assumer le travail d’au moins trois personnes, le manager est arrivé en me hurlant dessus. Estimant que c’était de ma faute si il n’y avait plus les viandes dont on avait besoin, il a trouvé justifié de me dire « T’es inutile, t’es qu’une bonne grosse merde, ta mère aurait dû te noyer à la naissance« . J’ai fini par aller m’enfermer dans les toilettes pour pleurer, et il m’a suivi et a continué d’hurler des horreurs, dont « C’est bien, profites en pour te foutre la tête dedans et te noyer maintenant, ça sera un cadeau pour tout le monde« . Bien sûr, jamais il ne s’est excusé, pas même lorsqu’il a découvert qu’il était LE manager responsable de cette mauvaise commande. J’ai donc passé tous mes autres shifts dans la peur de cet homme.

Dans un autre fast-food de la Même Marque, je me suis retrouvée littéralement seule dans le restaurant pour tout gérer. Je devais prendre les commandes en caisse et au drive (et donc de les préparer), et m’occuper de la cuisine, en soit, le rôle de minimum de cinq personnes si on veut que son restaurant tourne un minimum. Mais je faisais les horaires de l’après midi, le directeur et le franchisé estimaient qu’il n’y avait pas besoin d’autant de monde, un seul équipier et le manager de terrain feraient amplement l’affaire. Sauf que pendant ce temps là, je n’ai jamais trouvé le manager. Il avait tout bonnement, disparu. Je n’ai jamais su pourquoi j’avais été toute seule. Heureusement, les clients ont été compréhensifs et étaient aussi indignés que moi de voir dans quelle situation je me trouvais.
Encore dans ce même restaurant, alors qu’il s’agissait de mon dernier jour après 1 an et demi là-bas, je suis arrivée en retard sur le terrain et j’ai perdu la prime que j’étais censée avoir. Parce que la superviseuse m’a prise à part pour me faire la morale. Il faut savoir que cette femme est chargée donc de superviser le terrain, de connaître les employés etc. En 1 an et demi, je ne l’ai vu que 3 fois. Évidemment, elle ne connaissait pas mon nom. Il se trouvait que j’étais aussi en contrat temps partiel, 12h par semaine, et donc M était loin de représenter MA VIE. Alors je m’étais fait percer les oreilles – ce qui est en soit, interdit pour une raison d’hygiène. Citer moi un M où les équipiers n’avaient pas de bijoux, une charlotte et une casquette pour cacher leurs cheveux y compris en caisse, je pense qu’on est loin du respect de cette règle. Bref, mes managers étaient au courant, il était convenu que je porte un pansement sur mes oreilles pour empêcher que les prothèses ne partent. Mais non, elle était indignée. Pendant 20 min, elle m’a dit que j’étais une personne irresponsable, que j’étais un danger public, que mes actes étaient des actes terroristes envers elle, envers M. Elle a comparé mon acte à celui d’un policier diplômé qui braquerait une banque dans la foulée. Elle m’a aussi insulté, et a été virulente avec moi physiquement.

Lorsque j’ai travaillé au supermarché, c’était en tant que saisonnière. Je gérais donc la caisse, la mise en rayon, parfois le déchargement et le rangement des stocks. La plupart du temps, je m’occupais des mises en rayons le matin entre 5h et 8h. Le magasin était censé nous fournir du matériel pour le travail : doudoune, chaussures de sécurité, gants et cuter. Je n’en ai jamais vu la couleur. Il m’a fallu plusieurs fois m’occuper des rayons surgelés sans aucun équipement, les mains gelées. Bien sûr j’ai fini par apporter mon propre équipement.
Je passe sur le fait qu’à maintes reprises j’ai été humiliée moralement par les managers. Il faut croire que n’importe qui avec le minimum d’autorité se prend pour ce qu’il n’est pas. Aussi, je faisais beaucoup plus d’heures que prévues, mais comme il n’y avait pas de système de pointage et que c’était ma parole contre celle du manager, je n’ai jamais vu la couleur de mes heures supplémentaires, et bien sûr de mes heures de repos qui sont censées aller de paire, et du temps de pause presque jamais respecté.
Il faut savoir aussi que j’ai toujours travaillé hors contrat. Chaque semaine, j’étais censée signer un contrat pour la semaine en cours. Cela n’a jamais été le cas. Une personne arrivait toujours la bouche en cœur, en fin de mois, voire à la fin de mon contrat, pour me demander de signer mes différents contrats sur lesquels elle avait apposé les bonnes dates. Aussi, il m’est arrivé un accident de travail, à force oui, sans le bon matériel pour s’équiper, on se blesse. J’ai donc été arrêtée 4 jours. J’ai rempli les papiers nécessaire, je les ai apporté à mon employeur qui a refusé de me recevoir et qui a demandé à ce que je les laisse à l’accueil. J’ai de mon côté fait le nécessaire pour que la sécurité sociale reçoive ma part des papiers. Plusieurs mois plus tard, la Sécu me dit que l’affaire est classée, car je n’ai jamais remis mes papiers à l’employeur – que j’ai recontacté pour éclaircir la situation. Il m’a affirmé que non, jamais je n’avais été en arrêt de travail. Je n’ai donc jamais été payé pour ces jours. Et je soupçonne fortement cette histoire de contrat d’y être pour quelque chose 🙂

Enfin, depuis deux ans, je suis babysitter dans une agence de garde d’enfants. Je m’occupais d’une famille depuis près d’un an – cela se passait plus ou moins bien. La mère respectait rarement mes horaires, je n’avais jamais les coupons pour me faire payer quand il fallait, elle trouvait drôle le fait que ses enfants ne respectent pas mon autorité, et elle refusait de me payer mes quarts d’heures supplémentaires car « 1/4 d’heure + 1/4 d’heure ça finit par faire beaucoup plus d’heures en plus« . Il était question que je démissionne, mais j’avais moi même insisté pour faire la transition jusqu’à ce que l’agence lui trouve une autre babysitter. Jusqu’au soir où, le petit de 6 ans se mette à hurler, à me frapper (le visage, la poitrine, le milieu du dos, le sexe) à plusieurs reprises, à m’insulter (connasse, salope, grosse merde) et à me dire « t’es inutile t’es pauvre et t’es obligée de nous garder » (notons qu’un enfant de 6 ans ne parle pas comme ça sauf si il a entendu ça dans la bouche de ses parents…), et à hurler que je le frappais, que je l’étranglais, que j’allais le tuer. Il m’a craché dessus. Il alternait crise de furie, larmes et rire. De la pure comédie. Le plus grand des enfants, aussi choqué que moi, a pris le téléphone pour appeler les parents (qui étaient à un concert). La mère m’a demandé de mettre le petit devant Pokémon pour le calmer. Ils devaient rentrer vers 23h, ils sont revenus vers 00h20 (sans prendre la peine de me prévenir, en précisant qu’ils étaient restés parce qu’il y avait un rappel), si bien que je n’ai pas pu m’expliquer avec eux alors que nous le devions, car j’allais rater le dernier RER pour rentrer chez moi. Pendant une semaine, je n’ai pas eu de nouvelles des parents. Ils n’ont pas cherché à savoir si j’allais bien, ou à me dire qu’ils en avaient parlé avec leur fils. Si bien que j’ai décidé de ne plus m’occuper d’eux. J’ai prévenu la mère que je n’étais plus en mesure de m’occuper de ses enfants après le comportement de son fils, et j’ai prévenu l’agence de ce qui m’était arrivée. Mon représentant au sein de l’agence lui-même n’a jamais pu aborder le sujet avec la mère des enfants, qui lui aurait dit au téléphone « Si c’est pour me parler d’Hélène, ce n’est même pas la peine« .

Est-ce demander l’impossible que de demander d’être simplement respectée ? En tant qu’employé, en tant qu’être-humain ? Pourquoi suis-je toujours obligée de faire l’impasse sur mon moral parce que je suis dans le besoin d’argent et que je ne peux pas démissionner ? Pourquoi suis-je constamment rabaissée ou humiliée, par mes supérieurs ou par mes employeurs ?
Je vaux mieux que ça.

> Image d’entête via flickr

3 thoughts on “« T’es inutile, t’es qu’une bonne grosse merde, ta mère aurait dû te noyer à la naissance »

  1. Juste à titre informatif pour les contrats « non signés » : c’est la pire chose que peut faire un employeur.
    En France, un contrat papier n’est pas obligatoire pour témoigner d’un emploi. Du moment que le salarié peut produire les papiers prouvant son travail (typiquement le bulletin de salaire, mais les versements + témoins peuvent suffirent), il est considéré comme étant employé avec un contrat par défaut. En France, le contrat par défaut est le CDI.
    En faisant jouer la loi, vous étiez donc en CDI.

    « Conséquences de l’absence d’écrit

    En l’absence de contrat de travail écrit, le salarié est présumé travailler en CDI à temps plein.

    La requalification du contrat (c’est-à-dire sa transformation) en CDI à temps plein, est actée par le juge.

    L’existence d’un contrat de travail peut alors être établie dès lors qu’il existe la preuve :

    de l’exécution d’une prestation de travail moyennant rémunération,
    ou d’un lien de subordination (exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur donneur d’ordres et ayant un pouvoir de contrôle et de sanction).

    À défaut de contrat écrit, l’employeur risque 1 500 € pour un contrat à un temps partiel ou intermittent. Il risque 3 150 € d’amende (7 500 € en cas de récidive) s’il recourt au CDD ou au travail temporaire sans contrat écrit.
     »

    Source : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F15635

  2. Pas de contrat : CDI.
    Personne dans vos connaissances pour aller casser la gueule ces gens qui vous manquent de respect à ce point ? Parfois il n’y a pas d’autre choix.

    Courage, n’acceptez pas tout si vous le pouvez.

  3. Je suis révolté !
    Ne te laisse plus faire, plus marcher sur les pieds, tu mérites le respect comme tout le monde !
    J’ai bossé 3 ans dans la même chaîne de fast food que toi, et j’ai constaté la même connerie humaine : pour les plus merdiques des êtres humains, pouvoir = abus et lâcheté. En gros, dès qu’ils en ont un tout petit peu, ils abusent.

    Pour l’avenir, et contrairement à ce que l’on essaie de te faire croire, il faut que tu te reconditionnes psychologiquement et que tu refuses au fonds de toi le statut de victime. Il faut que tu réagisses dès le premier débordement de l’autre, afin qu’il saisisse tout de suite que le fait que tu fasses un travail peu qualifié ne signifie pas que tu ne mérites pas de respect.

    Il faut que tu t’armes de la meilleure façon qui soit : par la connaissance du droit du travail au moins. Faire comprendre intelligemment que tu connais les règles en vigueur, et que comme tout un chacun, tu t’attends à ce qu’elles soient respectées.

    N’oublie pas : refuse la situation ou la condition de victime, d’abord dans ta conscience, et ça t’aideras à t’affirmer et à mieux résister aux connards !

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