« Tout s’accumule. Et tu sombres, sombres. »

Quand tu sors du collège avec ton brevet et une bonne moyenne et qu’on te demande ce que tu veux faire plus tard, et toi t’as des rêves plein la tête… Tu t’orientes dans une branche qui te plait… Pour moi c’était l’esthétique. Tu trouves un apprentissage, ça te rend heureuse car tu te dis que tu vas pouvoir travailler en gagnant un peu d’argent et avoir ton indépendance…
Mais le rêve s’éteint quand tu t’aperçois que la seule chose que tu vas faire de ton apprentissage est de l’épilation parce que les autres collègues ne te refourguent que de la merde à faire… Tu dis rien mais en plus tu te fais rabrouer à la moindre erreur… J’ai fait mes 2 ans comme ça en me disant que je trouverais mieux après mon diplôme … Embauchée par la suite dans un magasin de cosmétiques en tant que vendeuse où on te dit de mentir au client pour faire de meilleurs chiffres…

Bref, après 2 ans d’études et 6 mois en tant que vendeuse : j’ai juste abandonné, je me suis dit ce métier était trop pénible. Alors je me suis tournée vers ma 2ème passion: la cuisine. Pareil, en apprentissage dans un petit restau sympa mais dès le 1er mois, quand tu reçois ta première fiche de paye et que tu vois que t’as fait 40h d’heures supplémentaires pour le plaisir, ton patron te dit : « change de métier si tu crois qu’on va te payer tes heures supplémentaires »… Je lui ai répondu que j’étais loin d’être bête et que les lois du travail c’était pas lui qui les faisait, bref, j’ai dû me battre pour avoir gain de cause, bien évidemment l’ambiance au travail était juste insupportable. Supporter les blagues salaces du genre « vu que je te paye plus va falloir que tu passe sous le bureau » ou « je vais te prendre un soir sur le plan de travail », et pourtant je ne me laissais pas faire, mais bon je me disais c’était ça de travailler dans un monde de mecs…

J’ai passé ma deuxième année dans un restaurant gastronomique, mais là pareil, le premier mois mes heures supplémentaires n’ont pas été payées. Et c’est là, c’est à ce moment précis à l’âge de 21 ans que j’ai compris ce qu’était le « monde du travail » et j’ai compris en parlant avec mes camarades de classe qu’en fait, ce serait comme ça toute ma vie…

Les mois qui ont suivi j’ai décroché complètement, je préférais m’amuser, me vider la tête, boire jusqu’à plus soif pour oublier dans quel monde cruel on vit. J’ai fini mon année pas très glorieuse, j’ai quand même eu mon CAP cuisine, mais à peine mon diplôme en main que j’étais déjà dégoûtée du métier. Mais bon tu te dis c’est un travail, et là tu revois dans ta tête tes parents te dire « profite d’être jeune car dès que tu vas devoir bosser, tu verras, ce sera dur ! » Ah oui c’est dur, mais je pensais pas à ce point !
Sortie de mon apprentissage, j’ai cherché du boulot et déposé des CV de partout : rien. On te dit « vous avez pas assez d’expérience », ou la question que j’adore dans ce métier c’est « Vous vivez seule ? », et que tu réponds « J’ai un copain » …. « Ah donc vous comptez avoir des enfants ? » « Euh bah oui mais pas de suite… » Tu sors de ton entretien tu sais pertinemment que tu ne seras pas prise.
Alors tu te retrousses les manches, tu te dis, « allez je vais faire un BP de cuisine, ça me fera 2 ans de plus d’expérience et j’aurais un niveau d’études plus haut ».
Tu te fais embaucher direct (bah oui: tu coûtes moins cher qu’un salarié), mais dès la première semaine, ce n’est plus 70h/semaine mais 100h, et là encore on te paye des interventions de mariage ou autre 50€ la soirée, alors que t’es levée depuis 6h du matin et que tu restes jusqu’à 2h. Tu rentres chez toi, il est 3h du matin et faut que tu soit au taff à 7h30 pour recommencer. Ton seul jour de congé, au lieu d’aller voir ta famille, tu dors toute la journée pour refaire le plein…

J’ai tenu un mois avant de m’endormir sur la route en allant au boulot… Je me suis pris un rétroviseur de camion fourgonnette de plein fouet dans l’épaule mais je me suis relevée, je ne voulais pas laisser mon scooter sur place parce que c’est grâce à ça que je peux aller au boulot. Je l’ai poussé jusqu’à chez moi et appelé les pompiers.

Quand 3 jours plus tard, tu vas déposer ton arrêt maladie pour accident de travail, il est refusé par l’employeur parce que tu es retournée chez toi avant d’aller a l’hôpital … Et que par la même occasion, on te donne ton attestation assedic car on va pas garder quelqu’un qui peut pas travailler (et que t’es encore en période d’essai). Donc tu rentres chez toi, t’as la clavicule cassée parce que tu bosses trop et que tu t’es endormie sur ton scooter mais tu t’es faite virer parce que tu sers plus à rien.
Là tu pleures et pleures, tu n’appelles personne parce que t’en as marre de n’avoir rien de bien à raconter… Deux-trois mois plus tard, après ma convalescence j’ai voulu m’inscrire au chômage mais on me l’a refusé, tu t’inscris au RSA mais le temps que tu fournisses tout les papiers, tu as déjà 2 mois de retard de loyer, des lettres de relance pour factures impayées… Tout s’accumule… Et tu sombres, sombres…

Et puis à force de crever la dalle, de pas pouvoir me payer un paquet de riz et d’avoir honte d’aller au Restau du coeur … J’en suis arrivée au point où je me suis PROSTITUÉE, oui, prostituée; enfin bref : j’ai mis une annonce sur internet (une copine m’en avait parlé).

Les hommes te téléphonent et tu dois dire tes tarifs, 60€ pour une fellation, 100€ pour faire l’amour ….. Tu reçois 50 appels par jour,  t’as 10 clients par jour, tu gagnes 500€ à 1000€ par jour, et là tu t’assieds à poil dans ton canapé, et tu te dis : je ne suis vraiment bonne qu’à ça ? Y a que dans ce métier que je peux gagner correctement ma vie, même si j’ai honte de le faire et que je risque d’attraper des maladies ?

Je me disais: mais JE VAUX MIEUX QUE CA quand même. Voila où m’a conduite le monde du travail, alors la loi travail, non je n’en veux pas, même si je ne travaille pas je pense à ma fille qui elle vaut mieux que tout ça! Je veux qu’elle puisse avoir un travail digne de ce nom!
Bien sûr qu’on vaut mieux que tout ça !

5 thoughts on “« Tout s’accumule. Et tu sombres, sombres. »

  1. J’ai envie de pleurer en lisant cette expérience …. il ne faut pas se désespérer même si c’est facile à dire vous pouvez rebondir, ne vous découragez pas !

  2. … Et le pire c’est que t’es plus chanceuse qu’une prostituée « camionnette »… Ça arrive souvent que ça soit leurs domicile, qu’elle doivent négocier les prix entre 10 et 20 euros la fellations, p’t’etre 30 ou 40 pour le rapport.

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