Je devais rester assise à attendre.

J’étais chargée d’accueil dans une entreprise. Mon contrat était un CDI de 40h par semaine en tant que prestataire. Pour cette prestation, j’étais notée, comme à l’école, tous les mois. Au début, j’avais de très bonnes notes.

De toute la journée, je n’avais strictement rien à faire: aucun visiteur à accueillir, aucun appel à traiter. Lorsque je demandais pour avoir du travail, ne serait-ce qu’une petite tâche à accomplir, on me répondait « non, on a rien à te donner ». J’étais donc assise à attendre que la journée se finisse. Je n’avais pas le droit au téléphone, encore moins à internet, pas le droit de lire un livre… Je devais rester assise à attendre.

Je n’avais pas le droit d’aller aux toilettes ou aller boire sans prévenir ma responsable qui devait venir me remplacer (non sans me faire comprendre que je dérangeais).

J’avais un uniforme, une coiffure et un maquillage imposé. Sur place, aucun vestiaire à disposition pour me permettre de me changer et de ranger mes affaires, je devais aller aux toilettes.

J’avais interdiction formelle de parler à mes collègues, aux autres prestataires du site, mais aussi aux salariés de l’entreprise. Si ces derniers avaient le malheur de venir discuter avec moi, j’avais pour ordre de leur expliquer poliment que je n’avais pas le droit de leur parler.

Je n’avais aucune salle où manger, pas de frigo ou de micro-onde, rien ne me permettait de réchauffer un plat ou de déjeuner sur place. Qu’il pleuve, vente, ou neige, je mangeais dehors dans le parc attenant. Sans que cela ne dérange mes responsables, qui m’assurait ne pas pouvoir m’offrir un petit local pour au moins m’asseoir au chaud.

Une fois, on m’a même demandé de faire barrière de mon propre corps si une personne essayait d’entrer dans l’établissement sans autorisation. Ça a été de trop. Quand j’ai répondu non, que je n’étais pas agent de sécurité et que je ne mettrais pas ma vie en danger pour eux, je suis tombée en disgrâce.

Suite à cela, ma responsable m’a totalement ignorée, passant devant moi comme si je n’existais pas. Les mauvaises notes se sont mises à tomber concernant ma prestation, et les remarques négatives furent de plus en plus nombreuses.

Ils ont finit par m’écœurer non seulement du poste, mais aussi du travail en lui-même.

J’ai négocié une rupture conventionnelle et suis partie.

 

 

 

Illustration : CC-By Campaign Monitor

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