« Pas de travail, pas de logement, mais pas de logement, pas de travail »

Depuis mes 18 ans je, n’aspire qu’à une vie normale. Je voulais me débrouiller tout seul, sans mes parents. J’ai bougé un peu partout en France, faisant le 115 pour dormir, m’inscrivant aux intérims… Premier constat : pas de travail, pas de logement, mais pas de logement, pas de travail…

Une dizaine d’années plus tard, je zone toujours, contrôlé par la police à outrance, faisant la manche pour survivre, jugé par les passants du fait de mon statut social. J’ai été condamné à 2 ans de mise à l’épreuve pour détention de stupéfiants, et grâce à une amie qui m’hébergeait, j’ai obtenu un contrat d’insertion pour une durée d’un an dans une petite association de quartier.

Je m’occupais essentiellement d’espaces verts, et de voirie. Puis mon amie m’a prié de partir. Pendant 9 mois j’ai travaillé et dormi dehors, ne pouvant me doucher, remplissant mes obligations de justice et démarchant pour un logement. Cette période fut très difficile, ma patronne ne prenant pas en compte mes difficultés sociales : « si tu n’es pas content tu n’as qu’a rentré chez toi », ce à quoi j’ai répondu: « je signale que je n’ai pas de chez moi! ». On me faisait remarquer mon hygiène corporelle, on m’évitait, malgré que j’étais un bon travailleur.

Côté social, grâce au soutien d’une assistante sociale, j’ai tenu bon, mais excédé de cette situation, j’ai fini par regroupé les 3 acteurs responsables de l’attribution d’un logement dans la même pièce et leur ai dit que sans résultat je passerai par un avocat et des journalistes. 8 jours après j’obtenais les clefs d’un appart’ dont j’ai su qu’il était disponible depuis l’année précédente : une fenêtre pour 34m2 donnant sur les parties communes au rez de chaussé, je passe sur tous les travaux..

3 semaines après cette obtention, je commençais le boulot à 13h, à 12h20 j’étais assis par terre attendant qu’une personne qui m’a beaucoup aidé sorte déjeuner; je voulais lui annoncer la bonne nouvelle, sauf qu’un policier, commissaire principal, est passé en voiture, a baissé sa vitre et m’a ordonné de circuler d’un geste de la main; j’ai fais non de la tête, il est sorti pour un contrôle d’identité, j’ai d’abord obtempéré, sauf que lui n’appelait pas pour vérifier ce qu’il savait déjà, ce n’était pas la première fois.
L’heure tournait, j’avais du travail, me sentant dans mon droit j’ai récupéré mon permis de conduire et tout s’est aggravé, il m’a empêché de partir, j’ai commencé par me débattre avant de me laisser maîtriser. Au final j’ai passé 6h30 en garde à vue, j’ai perdu 4 h de travail que j’ai du rattraper, mais l’histoire continue puisqu’il à porté plainte pour outrage, violence, atteinte à la dignité et il s’est mis en arrêt de travail.
Le jour du procès, j’avais un travail, un logement, je remplissais toutes mes obligations de justice, pas une garde à vue, rien. Le procureur a dit que mon dossier était exemplaire, la juge m’a reconnu coupable de tous les chefs d’accusation et condamné à 80 jours de prison ou 640 euros d’amende, et mon avocate d’ajouter: » vous faîtes appel vous prenez le double, vous ne pouvez pas gagner c’est la police »
J’ai payé l’amende, fais une dépression d’un an mais je ne digère pas d’avoir été condamné par la justice de mon pays juste parce que j’existe.
Je continue à m’asseoir par terre à l’endroit même ou c’est arrivé, la police me laisse tranquille maintenant.

L’année dernière j’ ai signé un contrat d’insertion en maraichage, mais mon patron avec qui c’était génial, a dû choisir entre moi et mon chef avec qui ça ne passe plus, il était trop sur mon dos à me faire des remarques sur tout et n’importe quoi. De plus on m’a imposé pour garder ce boulot une psychothérapie qui à démontré que mes réflexions sont justes mais que je dois modérer mes réactions; et non je ne suis pas violent, juste hypersensible, surtout face à l’injustice.
J’ai travaillé en 2010 pour une société de sécurité privée, en 3 semaine je suis passé de jeune recrue à connard, j’ai travaillé jusqu’à 18h sur 24, ça s’est terminé au tribunal, j’ai gagné, mais le responsable continue ses magouilles.

 

Vous cherchez des témoignages, voilà un exemple de ce qu’est la démocratie dans ce pays, le combat mené sur le travail en cache un bien plus gros, celui de nos droits les plus élémentaires, celui de notre liberté d’être, d’agir, de s’exprimer, d’être entendu.
Ce combat je le livre seul depuis presque 20 ans, soyez prudent, car en face, ils ne respectent pas les règles.

Je reste à l’écoute, à l’affût de vos actions et vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout
courage, force et honneur.

7 thoughts on “« Pas de travail, pas de logement, mais pas de logement, pas de travail »

  1. La question du logement est, malheureusement, une problématique trop souvent présente concernant la recherche de travail certes, mais aussi pour tout ce qui concerne les droits sociaux.
    Courage à toi !

    1. Tago, t’as pas compris le vrai problème : c’est une société d’héritiers, castique.
      Sans parents, tu n’as pas de caution pour un premier logement, par exemple. Sans ce premier logement, tu peux travailler aussi dur que tu veux, tu finira jeté, parce que les premiers boulots sont ceux qui te foutent à la porte le plus facilement, pour n’importe quel prétexte.
      Mais le fils sarko, sans son père, c’est pas un logement qu’il a pas. C’est une place de haut fonctionnaire qu’il n’a pas.

      Les anciens, ceux qui ont trois points au poignet, ils parlent de vivre à l’irrégulière, et c’est bien là que ça se joue : Vous ne l’avez jamais vu, mais vous vivez dans un monde, nous dans un autre. Vous vous avez de la paperasse, un toit, des lois, de la reconnaissance, des métiers. Nous on a des missions, des obligations, du mépris, des squats, notre parole.

      Vous pensez toujours à votre plafond de verre, mais vous ne réalisez pas que vous marchez sur un plancher de verre. Ce que vous reprochez à vos sinistres, on peut vous le reprocher aussi : vos préoccupations sont fort éloignées des nôtres, et vous ne vous rendez pas compte de notre réalité.

      Vous n’avez pas encore compris que les castes existent toujours, et que votre mobilité sociale n’existe qu’à condition de rester dans votre caste, ou de descendre.
      Tu veux un exemple ? L’école primaire : il y a l’école publique, pour vous, l’école privée, pour vos fils de financiers, et l’absence d’école fixe, pour les gens du voyage.
      Un autre ? le travail : y’a le travail subordonné à temps défini, soumis au code et au marché du travail, pour vous. Y’a le travail hérité à haut pouvoir décisionnaire, comme celui du fils sarko, qui n’a aucune qualification, mais qui est conseiller des hautes-sèvres, ou celui du patron de la licra, qui usurpe les diplômes d’avocat au su de tous, sans être inquiété. Et y’a notre travail, sans mission définie, sans salaire défini, sans rien de sur, sinon qu’on bosse là maintenant, tout de suite.

      On est les intouchables de la république. Vous êtes les Sudra, la « norme ». Au-dessus de vous, les patrons, les Vaishya (le pater De Ramecourt, patron de Bizbee par exemple, cadeau pour le modo) . Au dessus d’eux, les kshatrya, les militaires (Lagardère, Dassaut… Pourquoi dès que deux généraux font mine de protester, tout internet tremble et trépigne d’impatience comme si l’insurrection commençait enfin ?), et enfin les médias, les prêtres bhramanes modernes, avec à leur tête les politiciens. Depuis le temps qu’ils vous disent qu’ils représentent. Un prêtre aussi. Le Roi aussi. Ils représentent leur Dieu, leur version du surhumain, et définissent qui en est le plus ou le moins proche, par la stigmatisation et la cooptation.

      Vous comprenez pourquoi ils ne vous écoutent pas ? Parce qu’ils ont conscience des planchers, et que s’ils vous écoutent, ils l’abolissent. Vous devez être des sous-hommes, écervelés, parce qu’ils sont pas fous et ne peuvent pas se prétendre plus qu’humains. Donc Sarko vous traite de sans neurones, Hollande de sans dents. Parce que vous DEVEZ être moins qu’eux.

      Retournez voir comment on représente les sans-abris, même dans des films dits « subversifs » :
      Yolande Moreau qui joue une pommée à la rue dans « enfermés dehors, » c’est pas pour dénoncer notre situation.
      C’est pour bien montrer qu’on est tout à fait différents de vous. Qu’il y a vous, et nous, et eux.
      Et finalement, le happy end final est au commerçant, supérieur à vous, le généreux.

      Parce qu’il vous montre que nous on est intéréssés, ou fous, et qu’on disparaît, anonymes.
      Et que vous, vous êtes la masse qui suit, qui subit, au travail avilissant mais fixe, capable de faire porter sa voix même seuls.

      C’est pas parce que le héros sniffe de la colle que ce film est subversif. C’est pas parce qu’il montre que tout le monde peut être flic s’il a l’uniforme. C’est parce qu’il dévoile les castes en en faisant franchir les barrières aux protagonistes.
      On a l’intouchable, la femme des classes moyennes, le commerçant, le militaire (même s’il n’est représenté que par l’uniforme de gendarme).

      Quand vous demandez la fin des privilèges, quand vous dites que vous valez mieux, vous demandez la fin des castes.

  2. D’ailleurs, ça va tellement loin que buan ki moon, le président du conseil de l’onu est aussi le chef de file des « chrétiens non dénominationnels »… bramanes j’vous dit.

    1. C’est pas mal la façon de retranscrire le système des castes indien à celui du capitalisme 🙂 . Moi j’aime bien, y a de quoi faire comme analyse de la société.
      Moi j’émets l’hypothèse qu’on vit dans une société féodal je me réfère à l’historien Georges Duby qui sépare la société seigneurial: Ceux qui prient, le clergé (les médias de masse, les experts), Ceux qui se battent, les nobles (politiciens, patrons), Ceux qui travaillent, les paysans (nous).
      Et dire que la Révolution de 1789 avait abolie les privilèges et la féodalité (4 août 1789) :/

  3. Personnellement, je vais sur mes 29 ans et malgré un bac+6 et un travail à priori valorisé, je n’accède à aucun logement digne de ce nom en région parisienne.

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