Quand le travail pousse à la folie…

J’ai toujours eu une image plutôt sombre du milieu professionnel, avec une orientation forcée dans mes études suite à des difficultés principalement psychologiques et sociales. Je me suis retrouvée malgré moi en 3ème à projet professionnelle dans un lycée du bâtiment. Pour quelqu’un qui a toujours été plus intellectuelle que manuelle, je vous laisse imaginer le désastre : railleries, stages bidons où les tuteurs se foutaient de mes capacités manuelles… J’ai finalement obtenue un BEP Sanitaire & Thermique dont je n’avais aucune estime. Le monde machiste et misogyne du bâtiment (d’après mon vécu, je ne cherche absolument pas à stigmatiser cette branche) m’a laissé un gout amer et il m’était impensable d’y poursuivre les études. Je me suis donc retrouvé avec un diplôme qui ne m’était d’aucune utilité à mes 18ans.

J’ai enchainée de courtes missions intérimaire, et pour quelqu’un qui enchaine les dépressions, avec un trouble de l’image de soi, avoir un travail avec une valorisation quasi nulle, ça n’a pas aidé. Ce qui poussait du coup systématiquement au renvoi par l’employeur voire au burn-out en quelques semaines.

J’ai été finalement reconnue travailleur handicapée, ce qui m’a ouvert la voie vers un stage de reconversion pour personnes TH. J’ai pu monter un projet dans la branche qui m’était destinée : L’informatique. Grâce à cette reconnaissance, j’ai pu avoir accès à la seule formation AFPA disponible vu mon bagage scolaire, ce qui me permettra enfin d’avoir un niveau BAC ainsi qu’une qualification « officielle » dans l’informatique. J’ai trouvée deux stages dans une « chouette » boutique, ils étaient tous en costards cravates ! Le rêve ! Loin derrière moi l’image du bleu de travail et de la poussière ! J’ai eu ma formation avec mention, et une promesse d’embauche avec un CDI à la clé dans cette même entreprise ! Hourra ! Les deux premiers mois étaient supers, je voyais la vie en rose !

Mais petit à petit je remarquais certains « détails », une pression énorme, un nombre de machines à dépanner conséquent, le téléphone qui n’arrêtait pas de sonner, pratiquement toujours des clients dans la boutique, des devis… Vous allez me dire, mais tant mieux ! Pour une petite boutique qui à pignon sur rue c’est super ! Sauf que nous étions… DEUX pour gérer tout ça, alors bien sûr, il y a des moments plus calmes, mais ça servait uniquement à combler notre retard.

Mon collègue m’a confié qu’il se donnait corps et âme pour la survie de la petite entreprise, avec une fermeture à 19h, il n’était par rare qu’il parte à 22h-23h (quand c’était carrément pas 1h du matin) pour tenir les délais et satisfaire le client. Avec la pression, mon anxiété et la fatigue se faisait de plus en plus sentir, mes performances ont commencé à baisser. Ce qui n’a pas empêché le patron de le faire sous entendre à mon collègue « Avant il était bien et maintenant que la période d’essai est terminé il bosse moins ! ». J’ai pris sur moi, j’ai continuée à donner ce que je pouvais, même si je me retrouvais à finir dans les toilettes en pleine attaque de panique, à pleurer. Dépassée.

Je finis par me mettre en arrêt 3mois après l’embauche, où j’ai pu passer mon Noël et mon Nouvel An pour une hospitalisation dans une clinique psychiatrique… On m’a enfin diagnostiquée un sévère trouble de la personnalité (type Borderline) ainsi qu’une anxiété généralisé et des troubles du sommeil (on ré-ajuste simplement mon traitement). La seule solution ? Une thérapie sur le long terme.

Je propose donc un mi-temps thérapeutique, histoire de garder contact avec le monde du travail. Chose que mon patron accepta en grinçant des dents. Quelques jours après le début du mi-temps, il m’impose de signer un avenant à mon contrat divisant par deux mon salaire (le pire c’est qu’il a des aides étant donné que je suis embauchée en tant que TH !), je refuse en toute logique (je m’étais renseignée) et il me rétorque que c’est la loi ! Je lui réponds que non je n’ai pas à signer ce document, il insiste en me demandant de signer par un « Je refuse ce présent document ». Sentant le mauvais coup, je lui dit encore une fois non… Énervé il me renvoie vers mes ordinateurs pour reprendre le travail.

3 Semaines après, je reçois une convocation de la médecine du travail. Lors de l’entretien, le médecin me fait part du mécontentement de mon employeur « Il n’est pas assez productif ! On peut rien lui demander ! », Ah oui pour information j’étais en mi-temps thérapeutique mais sans aménagement au niveau de ma charge de travail ! Ce qui s’est conclut par une inaptitude temporaire, avec 15 jours d’arrêt « histoire de me renseigner sur les possibles reconversions, et lors de votre visite de reprise je vous mettrais inapte, c’est mieux comme ça vous comprenez ? ».

Me voilà donc contraint, le temps de ma thérapie, à devoir enchainer les arrêts de travail pour ne pas me faire licencier pour inaptitude médicale.

Avec mon parcours scolaire, les échecs répétés dans le milieu professionnel, une personnalité atypique (je suis un « garçon » avec une fluctuation de mon genre, de mon identité), mon handicap, ces cases bien propres dans lequel on doit rentrer, cette déshumanisation du travail, qui ne pense uniquement qu’aux chiffres et au profit et qui pousse à l’aliénation et à la négligence de soi… Quand le monde du travail nous pousse à la folie…

Je pense, non, je sais ! Je sais qu’On Vaut Mieux Que Ça !

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