L’humiliation d’une intermittente du spectacle

Je suis intermittente du spectacle donc en situation précaire malgré un salaire convenable. je suis assistante de production et je venais de démarrer un projet de série télé pour une grande chaîne de télévision qui me tenait à cœur car tournée dans le sud de la France où j’y ai ma famille. Au bout d’un mois, je fais le tampon entre le directeur de production et les techniciens. Chacun a un deal différent avec la prod (pas très légal et pas très honnête), tous sont sous pression. On n’a pas de planning de tournage, le casting est au point mort, le scénario part en ré-écriture et je travaille déjà bien plus que 39h par semaine sans que mes heures supplémentaires ne soient rémunérées. On me met sans préavis au chômage technique pour un mois comme un bon nombre de techniciens du projet. Au même moment on me propose un long-métrage : j’en profite, ce sera ma porte de sortie. Je l’annonce à mon directeur de production qui est déçu mais comprend (un peu) la situation. Je souligne que je pars en ayant trouvé une remplaçante potentielle. Au moment de venir récupérer mes affaires, je vais dire au revoir à la productrice. Je me prends un soufflon, elle ne me regardera même pas dans les yeux « Je plains tes futurs employeurs, tu n’es pas quelqu’un de confiance, tu ne travailleras plus jamais dans cette société, ta réputation est foutue, etc etc etc.). J’ai eu immédiatement l’effet « boule serrée dans la gorge ». J’ai pensé au « moi » d’il y a 10ans qui se serait effondrée. Et je suis sortie la tête haute. Ma revanche a eu lieu 1 an après pour un entretien d’embauche dans cette même société de production. Mon témoignage est une goutte d’eau dans l’humiliation et la précarité dont souffrent une bonne partie des intermittents du spectacle

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