Comme eux, nous avons le droit d’être heureux

À 25 ans, j’enchaîne les CDD et les périodes de chômage. Quand on est jeune, c’est normal de ne pas trouver un CDI tout de suite, me direz-vous. Mais ce n’est pas ça qui me gêne le plus. J’avoue ne pas avoir subi trop de problèmes sur mes emplois précédents (pour le peu que j’en ai eu), non, là où je souhaite témoigner, c’est sur la difficulté d’insertion quand on est jeune. Alors, qu’est-ce que ça donne, d’être jeune, quand les exigences des employeurs ne cessent de croître ? Parfois jusqu’à l’absurde…

  • Choisir un cursus d’études parce que tout le monde nous assure que ça embauche… et se retrouver quelques années plus tard sur un secteur complètement bouché
  • Réaliser son CV, sa lettre de motivation, et recevoir sur la même version des « oh, il est bien votre CV » puis des « par contre, c’est un peu brouillon tout ça« .
  • Tomber sur des offres d’emploi discriminantes (« nous recherchons des hôtesses, de moins de 25 ans »), ridiculement courtes (1h, 2h, une demi-journée…), excessives dans leur demande d’expérience (6 mois en plonge et en épluchage de légumes, 10 ans pour être opératrice de saisie, 5 ans sur ligne de production agro), excessives dans leur demande de diplômes ou même rabaissant l’intérêt et le niveau des diplômes (Bac+5 pour être assistant), et où on recherche surtout une licorne avec des ailes, des sabots en or, sachant cracher du feu et faire des crêpes (oui, tout ça en même temps, c’est-à-dire excellent sur absolument toutes les compétences citées dans l’offre d’emploi), sans oublier de se faire payer à sa hauteur de ses espérances (rémunéré en respect et en reconnaissance, parce que la boîte n’a pas assez d’argent… faudra juste que je pense à demander à mon propriétaire si ça lui convient comme loyer).
  • Répondre aux rares offres réalistes et recevoir (parfois) des refus parce que, oui, on a trouvé mieux que vous… Forcément, c’est pas compliqué de trouver mieux qu’un jeune sans expérience. Et c’est clairement la raison à la plupart des refus, me concernant. La plupart du temps, je n’atteins même pas la case « entretien ». Mon CV doit être jeté avant, pas assez intéressant… On se demande pourquoi. Les stages et l’alternance ne comptent-ils pas comme du vrai travail ? Pourtant, il me semblait que pas mal de stagiaires étaient plus exploités que délaissés… Certains font le travail d’un employé, et parfois même mieux. Alors quand les stages et les périodes d’alternance seront-ils enfin reconnus à leur juste valeur ?
  • Aller à de rares entretiens et s’entendre dire « pourquoi vous n’êtes pas resté dans votre branche« , et avoir envie de répondre « parce que le dernier qui m’a posé la question ne m’a pas embauchée ». Bah oui, trouver du boulot, c’est pas un effort à sens unique. Quand tu essayes d’arrache-pied mais que tout le monde te refuse parce qu’il a trouvé mieux, c’est pas que t’as pas essayé. C’est juste que certains n’ont pas voulu trop se fouler. C’est vrai, choisir un candidat qualifié, c’est plus facile que de se risquer à prendre un jeune sans expérience. Ça, je peux le comprendre… Mais alors dans ce cas, arrêter avec cette p*** de question ! L’allocation chômage n’est pas éternelle, et il faut bien vivre ! Dans le genre de choix qu’on affectionne, qu’est-ce qui est le mieux : garder un énorme trou sur son CV parce qu’on ne cherche qu’un emploi dans son secteur, ou faire d’autres boulots en attendant ? Je défis tout employeur lisant cet article d’embaucher le prochain candidat à qui il aura envie de poser cette question absurde !
  • S’éloigner d’un rêve, petit à petit, parce que non, il n’y a pas de boulot. Le diplôme qu’on a payé au moins en partie de sa poche, aux oubliettes. Le CV qu’on voulait lisse et parfait, ah bah ça va pas être possible. Parce que, pour vivre, il a fallu enchaîner quelques jobs différents. C’était ça ou un gros trou dans le CV (pour se recevoir des « vous avez pas l’air motivé » ou « vous avez pris une année sabbatique ? »). C’est comme ça qu’on retrouve des Bac+5 en train de monter de petites activités en auto-entrepreneurs, souvent assez loin de leur domaine d’études (une ingénieure en écologie qui se reconvertit dans la bijouterie fait main).
  • Et pour finir, s’entendre critiquée dans son dos, à cause du chômage. Parce que c’est bien un truc de feignant, parce que si tu trouves pas c’est que tu cherches pas, parce que « bouge-toi le cul, y en a qui bossent« , parce que « tu vas pas rester toute la journée à rien faire ?« … Alors, non première nouvelle, le chômage n’est pas forcément volontaire. Deuxième nouvelle, si c’était si facile de trouver du travail, le taux de chômage ne serait pas aussi haut. On ne trouve plus du boulot en une seule journée, après avoir distribué son CV à droite à gauche, comme cela a pu être le cas. Et troisième nouvelle, chercher sans trouver est épuisant, mais vraiment. Pas physiquement, mentalement. Au début, on y croit, mais peu à peu s’instille l’idée que, peut-être, on n’est pas si doué, ou du moins pas très intéressant. Puis l’idée finit par s’installer, elle s’étend sournoisement. Alors, on ne se sent plus capable de rien, on finit par se croire incapable de tout, de ne plus avoir envie de rien, ni même la force d’essayer. Le poids de l’échec est proportionnel à la durée durant laquelle on essaye en vain. Durée qui peut être très, très longue. Et pour se relever ? Non, ce n’est pas facile. La confiance en soi est sûrement la chose la plus difficile à retrouver quand on a sombré très bas à cause d’un manque de reconnaissance. Et c’est paradoxal, parce que c’est justement ce qui nous amène à moins bien travailler. C’est un cercle vicieux duquel on sort rarement seul. Une seule main tendue peur néanmoins suffire, surtout quand elle vient d’un employeur rassurant.

Je précise que j’ai un diplôme en RH, donc les conneries des employeurs qui se croient tout permis me sautent d’autant plus aux yeux. Même si je peux comprendre qu’ils aient des besoins et des impératifs, je trouve qu’il y a peu d’efforts sur certains points…

Ainsi, avant même de devenir tyranniques avec leurs salariés, certains employeurs entretiennent déjà bien trop l’absurdité de la situation. Ils nous reprochent des choses qui leur sont imputables, ou qui s’expliquent par le taux de chômage actuel. On dirait qu’ils ne cherchent ni à comprendre ni à être compréhensifs. De même, leurs exigences ne peuvent aider les jeunes à s’insérer sur le marché du travail. Mais il faut arrêter ! Qui a besoin de 6 mois d’expérience pour savoir faire de la plonge ? Chacun fait sa vaisselle chez lui, non ? Qui peut maîtrise parfaitement toutes ses compétences ? Et qui n’a ni besoin de dormir, ni besoin de manger, ni besoin de vivre ?

Une machine !

Mais nous ne sommes pas des machines. Pas plus que les employeurs. Nous avons besoin d’une pause toilettes de temps en temps, comme eux. Nous avons besoin de voir notre famille, de dormir et de manger, comme eux.

Et, comme eux, nous avons le droit d’être heureux. Définitivement, on vaut mieux que ça !

4 thoughts on “Comme eux, nous avons le droit d’être heureux

  1. bonjour
    Comme je vous comprends ; j’ai vécu le même parcours dans les années 90 : 2 ans de chômage après une grande école pour cause de parcours atypique.
    J’ai fini par passer un concours de l’enseignement, comme beaucoup de mes camarades de l’époque. Nous avons été la première génération de diplômés au chômage.
    La confiance en soi s’amenuise avec le chômage, c’est vrai ; heureusement elle revient dès que la société vous accorde enfin une place.
    Courage!

  2. Bonjour, j’ai été très touchée par votre témoignage. Je termine bientôt mon long parcours d’enseignante, qui ne fut pas toujours facile, mais je pense beaucoup à tous ces jeunes qui veulent travailler et ne trouvent pas. Je pense aussi à tous ces adultes devenus des robots maltraitants, j’ai honte pour eux… n’ont-ils plus de coeur, d’attention à l’autre? Je vous souhaite de tout coeur de trouver votre voie, ne vous découragez pas.

  3. Pareil putain pareil! J’ai 25ans, en Septembre ça fera deux ans que j’ai validé mon master. A la sortie j’ai eu la chance d’avoir un CDD de 6mois dans une branche assez différente mais intéressante, un coup de chance, et depuis plus rien de significatif. J’ai un job de caissière pour payer mon loyer, parce que bon ça fait un an que j’ai plus rien de la part de pôle emploi donc il fallait bien assurer. Je ne compte plus le nombre de CV que j’ai envoyé, par contre les entretiens c’est facile de s’en souvenir: zéro. Rien. Nada. J’ai fait et refait mon cv et mes lettres des dizaines de fois, avec pôle emploi, avec l’apec, avec des coachs, avec des amis, avec des amis d’amis… Quand je parle de mon domaine d’études on me répond « oh mais pourtant il y a plein de travail! » hinhin, certes des offres il y en a, mais pas pour les jeunes diplômés. Une fois j’ai appelé une boîte pour leur demander si ils se foutaient de notre gueule quand pour un stage de 6mois ils demandaient 2ans d’expérience, malheureusement la personne qui pouvait être en mesure de me répondre était partie déjeuner et je n’ai jamais pu les ravoir en ligne…

    Honnêtement je crois que je vais faire une nouvelle lettre de motivation, où je vais tout mettre à plat, expliquer pourquoi je cherche du travail si loin de chez moi, pourquoi mon diplôme commence à être vieux, pourquoi je suis caissière, et je vais arrêter de faire un discours bien lisse pour espérer avoir un retour. Je vais essayer. De toutes façons avec mes plus belles lettres on ne m’a jamais répondu.

    Courage.

  4. Témoignage tout à fait pertinent ! On bosse bien sagement à l’école, en toute bonne foi… Et lorsque à la sortie, on se retrouve au chômage, malgré toute notre bonne volonté, comme par magie, on devient un coupable / fainéant / parasite…

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