Le travail m’a rendu libre… d’aller me faire soigner quand c’était fini.

J’ai été licencié en intérim avec un ami avec pour motif « on arrive pas assez en avance » (c’était de la préparation de commandes dans l’alimentaire, des commandes de parfois plusieurs tonnes à préparer au transpalette… A peine majeur, pas de CACES mais ça c’est du détail……)

Le patron voulait qu’on arrive 15min avant l’heure pour mettre des chaussures de sécurité et prendre un transpalette histoire de scanner la première conserve avant 8h01 (exemple arbitraire)… Le truc c’est que ça ne prenait pas plus de 5 min pour faire ça… pas de bol : trop rapide donc en retard même en étant à l’heure (ou plutôt avec « seulement » 5min d’avance par rapport à l’horaire de travail)

A la limite, on en a plus rigolé qu’autre chose. Pour un petit job d’été mal payé, on s’était payé le luxe de voir un type en costard, imbu de sa personne et confiant dans le fait que son argument soit valable, user d’un discours moins convaincant que s’il l’avait dit avec un gros nez rouge ! Je me rassure en me disant « le pauvre, il savait même pas que c’était illégal… puis il était pas crédible, au moins, il était plutôt marrant ».

Donc à 17 ou 18 ans j’ai compris qu’on était jetables, et qu’UN ARGUMENT ECONOMIQUE CA PEUT TRES BIEN CONCERNER UNE SEULE MINUTE (bah oui mdame la ministre: une minute d’avance en moins ça fait 30 secondes de travail de plus en moins…. d’où déficit…. d’où la porte ouverte à ce que ce monsieur « justifie » de licencier qui bon lui semble quand il le voudra …ou qu’il sera de mauvaise humeur).
J’ai un peu plus gênant: j’étais en apprentissage en charpente dans une boite normale ou on bossait bien. Enfin pas trop fort le lundi quand même, parce que le mardi et le mercredi fallait bosser pour pas se faire mettre la pression le jeudi sinon c’était pas cool pour le vendredi ça aurait fait des heures sup, alors déjà que le samedi était réservé pour récupérer de la semaine, le dimanche pour donner des cours de violon (oui 1h/semaine le dimanche) et surtout se coucher tôt pour être en forme en début de semaine.

Le genre de boite ou si on rentre à l’heure en fin de journée, c’est mal vu, et le patron te demande de nettoyer l’atelier, ranger le magasin (les stocks) ou de préparer un truc en plus pour le lendemain matin. Donc bref, au bout de 8 mois ma santé en prend un coup, je commence à avoir quelques vertèbres qui bougent (RDV chez l’ostéopathe), à tomber malade plus facilement (sinusites à cause de la poussière surement et fatigue généralisée). Donc mon cher patron après m’avoir mis plus de pression (gentiment hein …) donné quelques avertissements entre quatre z’yeux (2 avertissements en fait … j’ai appris plus tard que des avertissements informels comme ça… ça vaut pas grand chose) puis un beau jour: »euh.. ça va pas en ce moment » . Je lui demande pourquoi et j’obtiens une critique vague du type « bah en ce moment ça a pas l’air d’aller bien donc ça peut pas continuer comme ça … je veux dire que si tu continues je vais te licencier » je lui demande pour quel motif, si qui que ce soit lui aurait rapporté quoi que ce soit sur la qualité de mon travail ou … juste une raison précise. J’obtiens en guise de réponse que j’ai eu 3 ou 4 jours d’arret maladie ces derniers mois et que je ne suis probablement pas fait pour ce métier et blablabla…. Je lui ai donc rétorqué qu’il n’avait en somme pas de motif valable pour me licencier et que cette façon de mettre la pression sur un employé en le menaçant de licenciement était non seulement inefficace mais délétère de surcroit. Comme il essayait de me faire comprendre sur un ton paternaliste qu’il ne voulait pas que ça continue et que je devais me méfier de pas retomber malade, je lui ai signifié que LUI me rendait malade en me traitant de cette façon et qu’il n’était pas question que je vienne le voir le lendemain sans un arrêt de travail à la main.

Le lendemain, après un craquage de nerfs chez mon médecin qui me voyait de plus en plus souvent ces derniers temps, il m’a remis un arrêt de travail pour « dépression réactionnelle » (et oui j’ai ce type de profil et mon patron le savait…). Je vais le remettre à mon patron qui me demande si je suis sur de ne pas vouloir arrêter. En accord avec ce que m’avais dit mon médecin, je lui propose une rupture conventionnelle, il accepte me disant qu’il allait m’envoyer un recommandé d’ici 2 semaines et qu’on se reverra après. Moi naïf, je dis OK, quelques jours plus tard je commence à me poser des questions, puis je me renseigne quand même: et là j’apprends que mon patron est en train de me faire faire un abandon de poste, que le recommandé ce sera juste pour me prévenir que je n’étais plus à mon poste de travail, et que par conséquent je dois au plus vite en discuter avec lui. Donc je l’ai appelé, y m’a dit de venir à l’atelier et m’a donné mes indemnités (ou au moins une partie….) . Donc encore l’exemple d’un menteur qui ne sait pas quelle méthode utiliser pour faire l’économie de respecter les droits des autres.
Pour la petite histoire, un an après ça , toujours pas de boulot, désocialisation, dépression installée et hop psychiatre et attestation de handicap psychique. En gros le travail m’a rendu libre… d’aller me faire soigner quand c’était fini.
J’avais une amie aussi dont le patron en restauration avait pour habitude de passer ses nerfs sur certaines employées dans la cave. A grand coup de dévalorisations et insultes etc… le fait est qu’en voulant l’aider cette amie, je suis devenu la méchante personne qui risque de parler trop fort à quelqu’un qui avait la possibilité de la virer, et cette personne qui supportait humiliations sur humiliations avait tellement peur de perdre son boulot de misère, et tellement peur de son patron que bah… l’ennemi c’est devenu moi. Et j’ai connu ça avec 2 amies très proches qui préféraient passer l’éponge sur l’inadmissible, perdre la santé et rejeter la cause de leur stress sur les autres (et le tout non sans culpabiliser!), tout ça pour être maltraitées dans un emploi précaire …..
J’ai connu d’autres situations d’abus mais au bout d’un moment on les oublie c’est tellement commun… pi je vais pas écrire un roman.
Enfin bref les saloperies qu’on vit au travail, l’emprise que peuvent avoir certains patrons sur nous pour nous manipuler quand y veulent se débarrasser de nous, les arguments bidons qui sont déjà utilisés (et qui marchent en plus la plupart du temps c’est ça le pire !) pour « remercier » quelqu’un de ses bons services … ya pas besoin d’en rajouter….

ILS VEULENT QU’ON PROSTITUE NOTRE FORCE DE TRAVAIL !!! ON VAUT MIEUX QUE CA !!!!
Merci pour cette initiative en tout cas.

 

 

 

Illustration : CC-By NH53

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