« Rester dignes : Ceux qui vont mourir socialement ne vous saluent pas. »

Rester digne : avant de disparaître tout à fait.

J’ai 55 ans. Depuis 4 ans, je suis ‘chômeuse’. Pourtant je ne chôme pas. Je passe des heures et des heures, jours après jours, mois après mois , an après ans à écrire, à chercher, devant cet écran, une solution qui n’arrivera pas. Pourtant j’ai fait ce qu’il fallait. Un parcours du combattant. L’ultra flexibilité. Des temps plein, payés mi temps. Le travail gratuit pour se vendre. Rien.

Avant d’être au chômage et sans aucune ressource depuis un an et demi, car je viens de me résoudre à demander le RSA, qui m’ a été refusé de 40 ans à 51 ans, j’ai repris des études longues et difficiles auxquelles ma vie de prolétaire ne m’avait pas préparée. J’ai fait 10 ans de CDD , de précarité, de vacations, d’humiliations alternés de chômage. A vivre dans la peur d’être virée non reconduite. J’acceptais tout pour pouvoir obtenir mes diplômes tout en travaillant dans de grandes institutions où la moralité et l’exemplarité sont parait-il l’ADN.

Cela fonctionnait toujours bien tant que vous acceptez  les dérives des pratiques, des institutions, des individus, des réseaux. Car ce qui m’a tuée et qui nous tue tous aujourd’hui ce sont ces réseaux dits d’excellence où la cooptation , le népotisme sont les méthodes de recrutement à 95 %. Cela ne laisse pas beaucoup de marge pour tous les autres. J’aurais du me taire sur les petites amies à qui on donne les postes, les abus de biens publics et les détournements de fonds, jouer la carte de la déférence et l’allégeance à leur monde des dominants. Car aujourd’hui, les réseaux choisissent de qui peut travailler, vivre, survivre ou être mis hors jeu. Je suis mise hors jeu à cause de quelques personnes malhonnêtes. Depuis, je ne trouve plus de boulot. Les références me tuent et mon âge joue contre moi. Je suis en pleine forme et j’en parais beaucoup moins.

Avant j’avais passé ma vie à me reconstruire, à tenter de me cultiver, de penser le monde, ma vie et les autres. De survivre avec dignité et de choisir ma vie sans assignation sociale dans un monde qui à repris sa nature cannibale. Il mange ses enfants les plus modestes. Il le fait grâce à des classes dominantes devenues ignorantes sous un discours d’efficience, de productivité et de compétitivité qu’elles refusent pour elles. Aujourd’hui je suis en mort sociale. Je n’ai plus aucune solution. J’ai tout essayé. J’ai demandé un peu d’aide à ceux que j’avais aidés. Rien. Pour devenir avocate. Mais on me méprise et on m’ignore dans mes demandes. La ligne droite n’est pas toujours possible hélas. Avons- nous droit nous aussi de rebondir ? Non  visiblement.

J’ai envoyé 1200 cv, 1500 cv, je ne sais plus. Un moment on cesse de compter car les réponses sont toujours négatives. J’ai contacté je ne sais plus combien de personnes, des entreprises, des institutions pour leur proposer mes services même gratuitement, des journalistes pour témoigner.Rien. J’ai aussi essayé de monter un projet d’auto-entrepreneur au bout de 3 mois de chômage alors que je sortais d’un an d’arrêt maladie pour harcèlement moral. Pas le choix. On vous dit allez avancer ! J’y ai mis le reste de mon énergie et mon argent. Seule rien n’a marché. A bout de force, j’ai même écrit aux politiques, ceux qui clament l’égalité et en répondent pas car vous n’êtes personne. A Hollande, à bien d’autres. Car je voudrais bien ne pas être tout à fait morte comme le disait Girardot aux César après tant d’années d’oubli.

Alors je me terre, et je me tais. Je cache mon désespoir à tous. Enfin les rares personnes que je rencontre. Chez moi, enfin chez mon ancien ami qui m’héberge et me supporte, la journée, je n’ose pas respirer, pas faire un bruit. J’ai honte de moi. Je ne veux pas que les voisins sachent que je ne travaille plus. Car moi je n’ai aucune excuse. J’ai un doctorat passé à 50 ans, un master en droit, en économie mais ils ne valent rien. Comme moi parait-il. Pas les bons établissements, pas assez chics, trop tardifs. On me dit trop solitaire pour ne pas dire asociale. Rencontrez moi, rencontrez nous au moins pour nous laisser une chance. C’est tout ce que nous vous demandons. Que l’on ne vienne pas nous dire que la méritocratie existe. On vaut mieux que cela !

16 thoughts on “« Rester dignes : Ceux qui vont mourir socialement ne vous saluent pas. »

  1. il parait qu apres 40 ans, on n’est plus bon à rien, foutaises!!!!!
    soit on est trop jeune, soit , on on est trop vieux
    quel merde ce pays!

  2. Tenez bon, même si c’est difficile! Si vous avez été capable de passer un doctorat et deux masters, c’est que vous avez de nombreuses connaissances qu’il faut essayer. Ecrivez! Témoignez! Sur internet ou aux Nuits debout. Essayez de rencontrer des associations d’éducation populaire, il y a certainement des gens qui seront intéressés par votre savoir.
    Vous valez mieux que ça.

    1. MERCI A TOUS pour vos commentaires. J’ai tt essayé croyez moi. De Lordon à Hollande, de Ruquier à Taddéi. Pas une personne ne m’a écoutée. Du petit boulot au grand boulot. J’ai cru que je pourrais changer les choses pour les suivants et rendre le chemin moins difficile pour les autres tout en continuant à me former et apprendre.

  3. Texte touchant! Profond! Il souligne l’absence d’organisation de la société, cette société, ce tous-ensemble que le libéralisme (ultra ou social selon votre ADN) a cassé depuis 35 ans.
    Certains écrivent se sentir mal à l’aise ou avoir honte! Notre valeur ne dépend pas du regard des autres. Accepter cela, c’est laisser les malfaisants, les manipulateurs et autres incapables avoir un pouvoir sur nous.

    Aucune honte à demander toutes les aides possibles.

    Ceux qui devraient avoir honte sont les politiques, recruteurs ou entrepreneurs frileux.
    Courage! Vous êtes et nous sommes dignes!
    Alain

  4. Je vous encourage à ne pas renoncer. Une piste peut-être pour vous les relais associatifs et l’implication si vous le pouvez dans la vie communale y compris lors des élections . Il vous faut intégrer une équipe qui saura utiliser vos compétences et le seul endroit où c’est encore possible c’est à l’échelle communale car ce n’est qu’à ce niveau où il n’est pas nécessaire de faire partie du sérail pour avoir la parole.
    J’ai été maltraitée par la vie mais de temps en temps elle m’a aussi rendue justice ou offert des cadeaux inattendus, j’en ai bien conscience quand je lis ce genre de résumé de vie. Je n’ai jamais connu le chômage ni à dix-huit ans avec juste un bac en poche, ni à trente-six quand j’ai été obligée par la vie de devenir institutrice pour pouvoir m’occuper de mes quatre enfants après le naufrage de mon mariage. On ne se méfie jamais assez des stagiaires ! Encore aujourd’hui alors que l’heure de la retraite sonne ( et je n’aime pas ça du tout) bien que mon corps ne se montre pas coopératif, je peux prendre ma retraite à taux plein à cause ou grâce à mon invalidité.
    Je réfléchis actuellement à ce que je vais faire de cette tranche de vie supplémentaire, peut-être rester à disposition de mes petits enfants afin de les accompagner dans leur scolarité. Ça ne va pas être de la « tarte » tant, sauf individualité rare, les enseignants ne peuvent plus enseigner. L’École ne fournit même plus le minimum syndical aux élèves et paradoxe ultime alors que l’accès à la culture est grandement facilité par les nouvelles technologies plus personne ne semble s’intéresser à cultiver les enfants qui poussent « à la va comme je te pousse » et qui donne des gens inadaptés à prendre leur place dans la vie sociale et professionnelle.
    Je suis très triste pour vous car il me semble que vous êtes à bout de forces.
    Que le RSA vous ait été refusé est un scandale car je suppose qu’on vous a opposé le fait d’être hébergée par votre ancien compagnon. Voilà comment il y a cinq ans j’ai procédé. J’hébergeais dans mon appartement (devenu vaste pour moi ) un homme que la vie avait maltraitée aussi et qui n’arrivait pas à rebondir. Dans un premier temps je me suis heurtée au même refus mais j’ai fait valoir que les moeurs changent très vite et que si j’avais hébergé une femme et que mon orientation sexuelle était d’aimer une femme je n’aurais pas ce refus tant le législateur met de temps à évoluer. En conséquence il fallait prendre en compte le nouvel ordre des choses et accepter la bonne foi de l’hébergeur quand il déclare ne pas avoir de lien sentimental ou familial avec la personne recueillie et que c’est bien une tartufferie que de s’indigner pour des SDF qui meurent en hiver et ne pas vouloir aider ceux qui ont la chance de ne pas dormir dans la rue parce qu’on les héberge !
    La manoeuvre a porté des fruits et cette homme a retrouvé une reconnaissance sociale en rendant en partie à la société un peu de l’aide reçue en aidant des collégiens à faire leurs devoirs. Il ne faut pas grand chose pour remettre quelqu’un en mouvement mais il y faut mettre une dose de bonne volonté. Ne vous laissez pas couler, allez dans un centre d’aide sociale proposer votre savoir ou pourquoi pas devenir écrivain public avec le plus de votre formation juridique comme atout, bref relevez-vous et reprenez votre voyage ! Je ne vous dis pas de reprendre courage, le courage n’est pas une vertu ce n’est qu’une conséquence du fait qu’on ne peux pas faire autrement que de continuer le voyage. Quand on ne peut pas faire autrement on est bien obligé de faire avec !

    1. MERCi de votre longue réponse. J’ai proposé à tout le monde. Je finis par penser que je suis asociale effectivement. Je crois simplement que mon coté calviniste ne convient pas à ce système d’autopromotion continue et d’enrichissement personnel. On prèfère demander aux gens d’être vraiment dans le ruisseau pour peut-être les aidés en leur enlevant toute dignité. Je sais ce que je vaux et ce que je suis. C’est pour cela que je suis en colère et désespérée. J’ai toujours travaillé avec intégrité, et j’ai bien travaillé. Trop c’est trop… Merci encore de vos conseils mais je les ai déjà appliqués et rien…

  5. Merci pour ce texte touchant.

    Je tiens même à accentuer cette noirceur sur le fait que l’on nous a vendu de l’hyperintelligence dans nos écoles et nos universités pour finalement pas grand chose. L’école devait avoir pour finalité d’avoir un emploi… très grosse illusion pour une bonne partie de la population. Et encore on ne parle pas de ceux qui n’ont aucun diplôme et qui en chient tout autant, qui se retrouvent à la rue et je ne parle pas que des jeunes mais aussi des trentenaires, des quarantenaires des cinquantenaires et les anciens (on en parle pas des anciens on essaie de les mettre en maison de retraite qu’ils ne peuvent pas se payer).

    Je suis un jeune à Bac+5 en environnement et à l’heure où l’on parle d’écologie et de développement durable il n’y a personne qui souhaite m’embaucher. Hé bien tant pis. Qu’ai-je fait ? en ce moment avec deux personnes de l’âge de 50-55 ans, nous montons une association qui deviendra une SCIC (Société Coopérative à Intérêt Commercial) sur de la collecte des découpes alimentaires sur Grenoble. Nous allons ouvrir des zones de compostage, ouvrir des jardins partagés/collectifs, produire du compost, produire de l’alimentaire pour des élevages, produire du charbon végétal et toutes les autres valorisations qu’on arrivera à faire à partir de ces « déchets ».

    Tout cela pour dire si quelques personnes m’ont lu, que si le système ne veut pas de toi, casse les codes et trouve une utilité collective (service à la personne, atelier de réparation (ordi, objets électriques, voitures), milieu associatif) franchement les idées sont vastes. A nous d’être créatifs et d’adapter nos souhaits à cette société en étant ensemble car si on ne l’est pas on sera les uns contre les autres, une fois encore !

    #NuitDebout #NuitDeboutGrenoble

  6. Bonjour,
    J’ai été licenciée, il y a maintenant 8 mois, à la suite d’un harcèlement violent, et, je suis dans votre situation. A 50 ans, nous ne sommes « bons à rien » sur le marché du travail. On nous parle de diplôme après 28 ans d’expérience. Le Pôle Emploi me propose une VAE, je reste certaine que cela ne servira à rien…(je tente quand même). Pourtant, physiquement je suis parfaitement capable de travailler; de nature sereine, je suis toujours à l’écoute des gens et disponible.
    Courage !!! Nous sommes nombreux dans ce cas !!! Continuons à nous battre !!! et montrons aux employeurs, au Pôle Emploi que, malgré ce que nous subissons chaque jour qui passe, nous restons dignes !!!!
    Et pourtant …. que c’est difficile !!!

  7. Bonjour,

    Je suis Margaux GILQUIN l’ Auteur du livre « Le Dernier Salaire », j’ai rendez-vous fin juin à l’ Elysée. Je vous demande toutes et tous de rejoindre mon combat et de m’aider à continuer à parler du problème des séniors en fin de droits !

    C’est le moment de nous rejoindre, de parler, de dire ce que vous avez à dire !

    Rejoignez moi svp sur ma page FB non pas auteure mais perso Margaux GILQUIN je suis en photo avec un t-shirt noir…..

    Merci !!!

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