Uniforme et malaise

En marge de mes études, j’ai travaillé plusieurs étés de suite pour un gros événement culturel qui se vante beaucoup de fonctionner sans aides de l’État. Je faisais partie d’une équipe censée accueillir le public, contrôler les tickets, installer/ranger des chaises, assurer la sécurité… Nous étions payés environ 9€ de l’heure, avec environ 3 à 4 h de travail par jour (enfin, par nuit plutôt) jamais plus de 4 jours de suite, autant dire que c’était vraiment pour l’amour de l’art. Les équipes d’accueil étaient sélectionnées soit par piston, soit sur leur physique, et à part la formation incendie, on ne bénéficiait pas de formation particulière pour remplir nos tâches – après ma première année, je devais moi-même rassembler les nouvelles recrues et leur expliquer en quoi consistait le job, sous peine d’avoir à gérer une pagaille infinie lors des premières soirées face au public.

Lors de mon dernier contrat, nous avons eu de nouveaux uniformes, comme c’était régulièrement le cas. Or, surprise : les pantalons taillaient bien trop petit, et si une bonne partie de l’équipe pouvait supporter d’être trop serrée, je pouvais à peine fermer mon bas d’uniforme – pourtant, j’ai essayé, et ma N+3 aussi, devant toute l’équipe ; une expérience.

Une collègue très menue qui avait le problème inverse a proposé d’acheter elle-même un pantalon similaire dans le commerce, mais nos supérieurs lui ont refusé d’avoir recours à cette solution. Pour ma part, j’ai inondé nos supérieurs d’e-mails pendant toute la saison, en réclamant la possibilité d’emprunter un pantalon d’uniforme d’homme (l’équivalent d’une taille 40 « femme ») sans résultat. Après quelques jours où j’ai régulièrement fait des malaises dans les escaliers à force de porter un pantalon serré en portant de lourds cartons ou en montant des marches (nous avions beaucoup d’étages), j’ai fini par porter mon pantalon ouvert, caché par une robe sobre ressemblant au t-shirt réglementaire – mais sans que ce soit la tenue approuvée.

A l’issue de la saison, je n’avais eu que de vagues réponses de mes supérieurs, se renvoyant la balle pour ne pas avoir à s’occuper du problème ; j’ai ensuite cessé de travailler pour cette organisation. La culture me manque, mais les horaires de fin « entre minuit et 2 h, à voir » et le peu de considération de la hiérarchie, un peu moins. C’était, somme toute, un bel aperçu de la culture d’entreprise.

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