« Tu développes chez moi des pulsions sadiques »

Des expériences d’abus dans le monde professionnel, j’en ai à raconter, mais je vais essayer d’être brève.
Je suis Ingénieure chimiste, enfin de diplôme, car je n’ai jamais pu travailler dans ce domaine. J’ai également en Master 2 en administration des entreprises, qui m’a servi à trouver des boulots d’assistante administrative.
Le problème quand vous avez de gros diplôme et que vous ne trouvez pas de travail dans votre branche (on me refuse systématiquement les boulots de niveau inférieur dans mon domaine, alors que j’y serais bien plus heureuse que dans n’importe quel autre boulot de merde qu’on m’a proposé), c’est que vous trouvez du travail dans les entreprises qui ne vous considère que comme un numéro ou auprès de patron à l’éthique douteuse (je ne dis pas ça que de ma propre expérience mais pour avoir échanger avec des anciens de ma promo, ceux qui n’ont pas fini commerciaux ou informaticien).

Après plus d’une année passée sans trouver d’emploi, j’ai trouvé un poste de 6 mois dans une collectivité en tant qu’ambassadrice du tri, histoire de pouvoir rembourser mon prêt étudiant. Puis j’ai galéré encore 16 mois, je finis par abandonner rêve et diplôme, me heurtant sans cesse à la phrase : « revenez quand vous aurez plus d’expériences » et postule à divers type de poste, histoire de pouvoir manger et ne plus être un poids pour mon compagnon (encore heureux que je n’avais pas de problème de ce côté là, car on n’a le droit à rien si on vit avec quelqu’un, et donc on est complètement dépendant de son bon vouloir).
Aimant le monde associatif, je réponds à une offre de CAE (les fameux contrats aidés censés vous former et vous ouvrir à un CDI) en tant que coordinatrice de projets culturels dans une association loi 1901 portant sur le cinéma, mais dans les faits, c’était un poste de secrétaire-graphiste-rh-comptable… disons assistante de gestion. L’association n’a alors aucun salarié et une autre CAE est prise en même temps que moi. Dès le départ, on nous demande de venir 4 jours plus tôt que la date de signature du contrat (sous prétexte que le pôle emploi n’avait pas de date disponible avant pour les signer), mais en nous indiquant qu’on pourra les rattraper plus tard. Comme il y a du boulot, on travaille 7-8 h pendant ces 4 jours (pour un contrat de 24h) et mon premier travail a été de rédiger nos contrats. Une fois les contrats signés et les premières semaines chargées de boulot finies, nous demandons à rattraper nos 4 jours, qui, d’un coup, sont devenus bénévoles : « c’est normal dans une association ». On bataille et réussie à avoir nos jours mais on commence à s’inquiéter de ne voir que très peu de monde passer dans l’association et aucun bénévole, les projets semblent n’être que du vent, le local est mal chauffé (on travaille entre 15 et 17°C) et au bout d’un mois et demi, on ne touche toujours pas notre paye. Le gérant nous dit alors qu’on ne les touchera que lorsque le pôle emploi aura versé l’argent (au cas où il i ait des doutes ça ne marche pas comme ça). Le ton monte et on finit par contacter le pôle emploi. Mais rien n’y fait. On ne touchera nos salaires que 2 mois et 1 semaine après le premier jour de travail (indiqué sur le contra), m’obligeant à demander une avance sur salaire à ma banque. Autant vous dire que la tension était alors bien haute et le harcèlement avait déjà commencé. Ma collègue était chargée de trouver des financements sur des projets inexistants et galérais. Le patron l’engueulait tous les jours et je devais m’interposer. Lui, me téléphonait le soir et les week-ends pour me dire que ma collègue essayait de me manipuler, ça tournait à la parano dans sa tête, alors que j’étais juste plus diplomate qu’elle. Mais pas moyen de stopper nos contrats, vu que seul le Pôle emploi en avait le pouvoir (ou alors en trouvant mieux ailleurs). Au bout de 6 mois, la situation était très tendue. Ma collègue qui avait un CAE de 6 mois à pu partir et j’ai vu arriver 3 autres CAE, dont un avec un handicap, et là, ça a été l’enfer. Petit à petit, je passais mes journées à m’interposer entre le patron et les salariés. Le comptable, externe, nous ayant lâché, j’ai dû reprendre la comptabilité sans formation et me suis occupée des salaires, et là, on reçoit un redressement de l’Urssaf : il n’avait jamais payé les charges, pour lui, c’était normal de « gagner » 200 euros par mois, versés par l’état, pour chaque personne qu’il employait. L’argent des partenaires et de la ville obtenue pour ses projets ont donc servi à payer ça en partie, ainsi que celui de l’aide reçue pour la mise en place du poste pour la personne handicapé (qui ne se sera jamais vu son poste adapté à son handicap, mais ça non plus, ça n’a choqué aucun des organismes qu’on est allé voir). Chaque jour était un véritable cauchemar, le gérant hurlait, jetait les affaires partout dans la pièce pour nous intimider, fouillait nos affaires, nos boîtes mail, nous mettait sous écoute quand il « bossait » depuis chez lui (c’était très drôle, les matins où il n’était pas là, de commencer la journée en vérifiant les talkies-walkies, les micros de la table de montage et en cherchant le micro-cravate… on devenait complètement parano), tout en nous reprochant de compter nos heures, alors que dans une asso, une partie du travail devrait être bénévole, et que lui, l’état ne lui versait pas de salaire… Bien sûr, on a cherché à se défendre. D’abord en allant voir le pôle emploi, pour qu’il casse nos contrats, mais la personne en charge de nos dossiers a préféré appelé notre patron pour lui dire que ses salariés étaient en train de se retourner contre lui et lui expliquer comment faire pour s’en protéger. Nous qui y étions allé sans l’avertir, je vous laisse imaginer à quoi à pu ressembler notre lendemain (la veille, on en a profité pour voir l’inspection du travail mais eux ce sont déplacés deux semaines plus tard en lui disant : »c’est pas bien, ne recommencez plus »… efficace). Au bout de 2h de hurlements et de menaces, on quitte notre poste en invoquant notre droit de retrait. Là, il nous poursuit dans la rue en nous hurlant qu’on n’a pas le droit de partir ensemble et de prendre le même chemin (?), chemin qui nous a conduit au poste de police, histoire de se protéger et de laisser une traces de ses actes de violences, mais comme on n’était pas blessé, on a du mal à avoir notre déposition avec la réflexion « 9 mois ? Ce n’est pas du harcèlement, ça ». Un dimanche, alors que je me baladais avec mon compagnon, on allait voir un des événement organisé par l’association, voir un peu mes collègues au passage. le patron m’en a chassé alors que c’était un lieu public, je suis partie pour éviter un esclandre.
J’ai fini par craquer et ai fait une dépression, on a tous du se mettre en arrêt maladie, ce qui a fait plaisir au patron, vu qu’il n’avait plus à nous payer, et nous nos salaires étaient divisés par deux (sur 723 €, ça fait peu). L’accueil des prud’hommes n’a pas voulu prendre nos dossiers, car il n’y avait pas de problème de versement de salaire et nous a indiqué de voir l’inspection du travail, qui nous a indiqué que c’était bien aux prud’hommes de s’en charger… Entre temps, on reçoit des recommandés signé de notre VRAI patron, et là on apprend que notre patron était un gérant bénévole (en fait, il avait une interdiction de gérer une structure) et que notre véritable patron était sa mère, hospitalisée dans une autre ville ! Officiellement, c’était la gérante de l’association. Si on se retournait c’était contre elle. Dans nos recommandés, on jouait également aux crétins en lui demandant des entretiens pour s’expliquer de toutes les accusations dont elle nous pointait dans ses lettres et qu’on savait pertinemment qu’elle était écrite par son fils, lui indiquant qu’on ne l’avait jamais vu, elle, et que ce qu’elle nous reprochait était biaisé par la vision du gérant bénévole qui était le seul à pouvoir la contacter… Bref, une logique de tordu, des échanges tordus qui ne visaient qu’à se protéger en cas de procès, devenu inutile sans aide extérieur, sans preuve que toutes les signatures étaient des faux et avec toute l’équipe qui plongeait dans la dépression au fil des jours. On a lâché prise.
Les mois qui ont suivi ont été très difficile à vivre, et la dépression m’a enlevé toute force de me battre. J’ai vraiment mis du temps à me reconstruire une attitude positive pour la recherche d’emploi.

J’ai fini par réussir à tourner la page. Avec un an d’expérience d’assistante sur CV (pas besoin d’expliquer les conditions aux recruteurs), je suis prise en CDI de 24h (au smic horaire) comme assistante administrative et de communication pour une grosse boîte. Au début, tout allait bien, et petit à petit, mon quotidien ressemblait à Stupeurs et tremblements (ce sera plus rapide que de détaillé les petites vacheries et remarque du quotidien, sans compter les demandes impossible à réaliser dans le temps demandé). J’étais l’assistante d’une personne qui ne vivait que pour sa carrière et j’étais son punching-ball personnel (psychologiquement parlant). À force de me pousser toujours encore plus, j’ai eu un accident lors d’un trajet pour récupérer du matériel en catastrophe (même si la faute revient essentiellement à un camion qui se garait sur la piste cyclable et qui ne m’avait pas vu), je me suis retrouvée arrêtée plusieurs semaines. À mon retour, mon quotidien au travail a repris de plus belle avec des demandes et des reproches de plus en plus loufoques, l’ambiance avait changé aussi avec les personnes avec qui j’étais en contact et avec qui j’avais noué de bons liens avant l’accident, entendant des choses sur moi que je ne comprenais pas. Ma supérieure avait profité de mon absence pour raconter des tas de saloperies sur moi et sur la vision de mon travail. J’ai fini par prendre rendez-vous avec elle, pour qu’on s’explique, et là elle m’avoue : « Tu développes chez moi des pulsions sadiques ». Merci. Je demande donc une rupture conventionnelle de contrat, qu’elle rechigne à faire car ça fait la 3ème fois, mais la menace de la poursuivre la fait céder.
Le temps passe, après ce deuxième échec, j’ai du mal à tenir des entretiens et ne pas être suspicieuse quand aux contrats qu’on me présente. Au bout d’un an, je reçois un appel d’une personne : ma remplaçante, qui me dit avoir entendu des choses horribles sur moi à son arrivée dans l’entreprise et entendre les mêmes choses sur elle maintenant. Là je me rappelle avoir entendu en effet des horreurs sur la personne qui m’a précédé. En discutant avec elle, on se rend compte qu’on a vécu les mêmes choses. Et l’année d’après (mon numéro perso étant dans des dossiers accessibles à ces personnes), encore un coup de fil, une autre assistante, épuisée, au bord des larmes, et qui tente tout dans ce coup de fil… Sans preuve ni témoignage extérieure, on nous a vite fait comprendre qu’on n’avait pas grand chose à faire. Les autres assistantes veulent juste oublié le plus vite cette expérience et ne veulent pas se lancer dans des démarches fastidieuses. Je plains juste la personne qui me remplace sûrement cette année encore.

Après ces deux échecs, je n’arrivait plus à motiver les employeurs lors des entretiens pour des contrats d’assistantes administratives, ayant du mal à parler de mes anciennes expériences. De plus, Pôle Emploi offrait à tour de bras ce type de formation, inondant le marché. J’ai passé des entretiens dans des entreprises embauchant plus de 2000 personnes qui me soutenaient que le harcèlement moral n’existait pas, en tout cas pas chez eux (sûrement des RH très à l’écoute de leurs employés). J’ai eu droit aussi à une proposition de secrétariat pour un salaire de 2400 € mais avec la mention qui fait plaisir : « nous attirons votre attention sur le fait que nous recherchons une secrétaire douce,tendre,et sensuelle ». Je comprend pourquoi on m’a demandé un CV avec photo et je répond que je ne cherche pas d’emploi de prostituée.

Du coup, j’ai fini par accepter des contrats vacataires, pour réaliser des études de marché par téléphone. L’ambiance était sympa et m’a réconcilié avec le monde du travail, mais on ne savait jamais quand on allait avoir du boulot. On pouvait le refuser, mais vu le peu de contrats, on disait oui, même si on vous prévenait une heure avant. Du coup, après avoir enchaîner deux mois d’affiler en gagnant moins de 80 € sur l’ensemble car il n’y avait pas de contrat (sans oublier le chômage qui était systématiquement décalé de deux mois car Pôle emploi ne comprend pas comment on peut faire un bulletin de salaire allant du 21 au 20 du mois suivant, et qu’on doit leur parler via des recommandés pour ne pas être oublié), je me suis résolue à chercher un emploi moins précaire.

Ayant une bonne expérience du téléphone, j’ai donc postulé à des offres dans des usines, pardon plates-formes, téléphoniques, en réception d’appel. Bonne nouvelle : plus d’acharnement d’un supérieur, vous n’êtes plus qu’un simple numéro. La différence se sent dès les entretiens, où on vous traites comme des gamins. Dans le premier, l’entretien (collectif) a démarré avec 15 minutes vous expliquant qu’on vous a mis autour d’une table ronde pour ne pas qu’on discute entre nous et de comment bien se comporter autour d’une table… Pour enchaîner sur une présentation sans âme de l’entreprise, en mettant en avant toutes les chartes, même la charte handicap sur laquelle je pose quelques questions, vu que les bureaux étaient au 3è étage d’un établissement historique avec de monstrueuses marches en marbre pour rentrer dans l’établissement, mais on m’explique que ça s’applique aux autres centres mais pas au leur… Bref, on me fait comprendre que je ne suis pas là pour poser des questions, c’est un entretien d’embauche, soyez un gentil mouton. Après 2h d’auto-congratulation, la visite des locaux me permet de voir l’enfer qui m’attend et donc je préviens la personne chargée du recrutement que je ne suis finalement pas intéressée et préfère ne pas lui faire perdre son temps. Je me souviens encore de la réaction d’une autre candidate autour de la table qui a soufflé « elle a le droit de faire ça ? ». Je me demande comment on peut en arriver à se faire ce type de réflexion.
Pour le second entretien, un retard de train me fait arriver 12 minutes en retard, je préviens l’entreprise, vu que c’est un entretien collectif -on me signale qu’il n’y a pas de problème-, et à mon arrivé, devant les autres candidats, j’ai le droit à 20 minutes de sermon sur le fait d’être ponctuel, qu’on n’accepte jamais en entretien les gens qui arrive en retard. Ayant l’habitude des gens qui parlent fort pour ne rien dire et n’étant pas encore employé chez eux, je demande régulièrement si je dois du coup partir ou si je peux m’installer. Je finis par passer l’entretien et les tests et obtiens le poste, les conditions de travail étant beaucoup moins effrayantes que sur l’autre plate-forme, et le travail étant du conseil santé, il me semblait plus gratifiant et intéressant (ce qui était quand même le cas).
Là, j’ai connu 7 mois d’usine du téléphone avec tout ce que ça implique (je rappelle que je travaillais sur une plate-forme offrant de bonnes conditions de travail par rapport à d’autres). D’abord les compteurs géants qui indiquent combien de personnes sont en pause. Si vous voulez faire une pause, il faut entre chaque coup de fil regarder le compteur et, s’il y a moins de 11 personnes en pause, vous pouvez y aller, sinon, coup de fil suivant. Officiellement, on vous dit que vous pouvez vous mettre en pause pour aller aux toilettes, extérieurs à l’espace de travail, sans tenir compte du compteur, mais pour avoir essayé, ce n’est pas la peine, on vous renvoie à votre place et le temps que vous perdez à discuter, vous déconnecter et vous reconnecter, est enlevé de votre total de pause. Et sur les créneaux horaires avec peu de personne, il faut demander une autorisation par mail pour y aller. À côté de ça, vous êtes envahi de chiffre. Vous avez une moyenne à respecter (5min.20 par appel) pour traiter chaque coup de fil, quelque soit le nombre de demande de l’interlocuteur, tout en s’assurant qu’il est pleinement satisfait du service et qu’il a bien tout compris. Chaque mois, vous recevez un tableau de plusieurs pages remplis de pourcentage et comparant les temps de chaque membres de l’équipe pour chaque micro-tâche : le temps de pause, pour traiter un appel, d’attente, entre chaque appel pour taper le rapport, idem pour le traitement des mails et du courrier, vos retards, vos arrêts… et bien sûr à chaque fois la moyenne des équipes. Le travail était à la fois complexe, (on gérait des données sensibles et donnait des conseils capitaux en matière de santé, nécessitant l’utilisation d’une vingtaine de logiciel différent, selon le type de question), mais aussi très infantilisant dans la façon dont on nous traitait.
Comme dans toute bonne plate-forme téléphonique, vous êtes sous écoute permanente, votre chef d’équipe dans votre dos contrôlant régulièrement votre travail et la qualité de ce dernier. Le traitement des horaires également était dur. Si on arrivait en retard, chaque minute était retenue sur salaire. Et ce n’est pas l’arrivée à son poste qui compte mais bien la minute à laquelle vous décrochiez le téléphone. Il valait mieux se lever plus tôt s’il y avait des mises à jour des logiciels. Par contre, si vous finissez votre dernier appel après votre heure de fin, il fallait envoyer un mail à la personne en charge d’enregistrer les dépassements, attendre son retour, pour avoir l’assurance de pouvoir commencer le lendemain d’autant de minutes plus tard. Autant vous dire qu’on ne le faisait pas. Ça, c’était le quotidien.
C’est aussi dans cette entreprise que j’ai fait mes premières grèves et vu leur inefficacité dans ce type d’entreprise. Lorsque vous faîtes grève, vous perdez une journée de salaire pour faire entendre votre voix. Vu les salaires proches du smic, c’est très lourd financièrement, tellement lourd qu’on le faisait une journée maximum, si ce n’était pas une heure ou deux. Sauf que pour s’organiser, les appels à la grève se font bien une semaine en avance. Du coup, ça laisse à la direction le temps de changer le message d’accueil du téléphone en indiquant les jours de perturbation et quand rappeler. Les gens appelaient donc la veille ou le lendemain, sans que ça les perturbe, ça augmentait juste notre dose de travail avant et après la grève, j’avais l’impression que nos mouvements étaient complètement inutiles : nous vendons du service, nos sourires (qui s’entendent au téléphone), la baisse de productivité sur une journée, c’est nous qui la subissions, financièrement et physiquement. Il n’y avait pas de réelles répercutions néfastes pour l’entreprise, les mouvements étant trop courts, donc pas de réel moyen de pression pour voir une amélioration de nos conditions.
Plus personnellement, il y a eu la fois où je suis tombée malade. Le matin, je ne me sentais pas trop bien mais pouvais travailler. On me dit que je pourrais partir à la pause déjeuner si je voulais. Je n’avais pas compris que ça voulait dire à la pause déjeuner ou pas du tout. Après 30 minutes de reprise de poste, la gastro se réveille. De retour des toilettes, j’annonce à ma chef que je rentre chez moi. Et là j’apprends que ce n’est plus possible, que le seul moyen que je parte, c’est sur une civière, et que je dois donc finir ma journée car le samu et les pompiers ne se déplaceront par pour une gastro. Je me retrouve donc à travailler avec la fièvre qui monte et en usant et abusant de mes pauses (bouffant mon capital pause du mois au passage, je passerais donc la fin du mois avec presque aucune pause dans mes demi-journées). Une chouette journée. Et bien sûr en sortant, les médecins n’étaient plus disponibles. D’ailleurs, quand je suis allé le voir le lendemain, mon médecin n’a pas compris qu’on me laisse travailler dans cet état (et ça devait être très agréable pour les gens à l’autre bout du fil, d’avoir quelqu’un qui avait envie de vomir en permanence…).
Et puis, il y a eu le départ à la retraite de ma collègue. Ça faisait 12 ans qu’elle travaillait dans la boîte, et le matin même, elle a juste eu le droit à un mot sur son bureau avec les consignes à faire avant de partir et les papiers à signer et dans quelle bannette les ranger. Elle aura travailler jusqu’à la dernière minute, sans qu’une personne de la direction daigne la voir. La plupart des collègues ont du lui dire en revoir en chuchotant, ne pouvant interrompre les appels ou se mettre en pause pour lui dire un mot. Juste des numéros.
Au bout des 7 mois, de travail, on m’a gentiment fait comprendre que les CDI promis à l’embauche n’ont jamais existé et je refuse le renouvellement du CDD, qui était un remplacement de congé maternité d’une collègue que je savais vouloir prendre un congé parental, ce qui impliquait un CDD longue durée. Entre-temps, j’ai développé avec ce poste des acouphènes, très désagréables. Ils ont mis plus d’un an pour quasiment disparaître. Je ne supportais plus de rester plus de 2 minutes au téléphone, en dehors de mes heures de travail, écourtant les discussions, ayant l’obsession du temps passé sur un appel. Une fois sortie, aujourd’hui, je n’ai plus le courage d’y retourner. Je pensais juste faire une pause mais ce n’est plus possible. Les collègues restées sur place me raconte l’évolution des conditions de travail qui empire.

 

Depuis, j’enchaîne les entretiens qui ne mènent à rien. Je trouve de petits contrats par-ci par là, de quelques jours. Pas de quoi ré-ouvrir mes droits. À côté de ça, je suis très active dans le milieu associatif. Mais ça, ça ne compte pas. Je suis aussi gratuiste-illustratrice, pas besoin d’en parler, ce n’est pas les témoignages qui manquent dans ce métier.

J’ai mis du temps à écrire mon témoignage mais je suis contente de l’avoir fait. Merci d’encourager les gens à se battre.

4 thoughts on “« Tu développes chez moi des pulsions sadiques »

  1. Je trouve courageux de témoigner sur des expériences douloureuses et difficile. J’ai pas non plus besoin de mentionner que mon message est un message d’encouragement devant l’absurdité de telles conditions. Bref Tu vaut mieux que ça !

    A quand la déconstruction de la machine d’aliénation humaine ? Les descriptions nous plongent véritablement dans des pages de Marx ou plus concrètement dans l’asservissement du travail au capital ( avec le droit comme moyen de secours pour les dirigeant).

    Puisse tu continuer à te battre et à pouvoir être aider d’une façon adéquate et humaine. D’une façon qui préserve ta dignité et tes droits.

  2. C’est juste affreux. Je suis désolée pour toi. J’ai bossé sur 1 plateforme de ce genre a l’étranger : je pestais contre les conditions de travail, mais ce n’était rien à coté de ce que tu racontes. Courage ! Ça ne peut pas durer comme ça éternellement.

  3. je vais aller à contre-courant : ton témoignage me rassures.
    Vraiment.

    Face aux absurdités, à des méchancetés criantes ou rampantes, à des raisonnements abscons et/ou irrationnels,
    toi,
    tu as gardé toute ton humanité.
    Et ça, ça me rassure.

    Puisses-tu rayonner encore et encore afin d’inonder ceux qui t’entoure de ta lumière!

    Bien à toi,
    Mathieu

  4. Je trouvais que j’avais galéré pour trouver un boulot en sortant ingénieur en 1988 , mais ce n’était qu’un problème de niveau de salaire et de chômage entre les emplois qui ma poussé à passer un concours pour sortir de ce cercle vicieux . Mais là je me dis qu’il faut si possible privilégier sa famille ses amis et sa qualité de vie par rapport aux études (souvent génératrices d’endettement) et éviter de se déraciner dans les grandes métropoles où l’on n’a pas de réseau* au nom de la recherche d’emploi.
    *réseau permettant de générer des « ressources obscures  » (voir manifeste des chômeurs heureux)

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