« Les conditions de travail sont dangereuses pour les patients. »

Voici un petit message, sous forme d’histoire personnelle, aux responsables politiques qui veulent faire passer la loi El Kohmri, pour leur montrer (comme s’ils ne le savaient pas) que la loi actuelle est déjà assez pro-patronnat et contre le peuple, donc qu’il n’ont pas besoin d’en rajouter dans ce sens :

Aujourd’hui infirmière depuis 5 ans, j’ai toujours travaillé dès mes 16 ans. Toujours en parallèle des études, j’ai fait de nombreux boulots.

J’ai fait beaucoup de jobs étudiants, j’ai connu le froid, celui qui donne des engelures pour la moitié de l’année, et la faim, celle où tu pleures parce que tu n’as qu’une tasse de semoule à manger pour toute la journée (même pas de pâtes parce que pour ça il faut un moyen de cuisson autre qu’une bouilloire).
J’ai eu un travail polyvalent dans une chaine locale de restauration pendant la fac ; j’étais exploitée niveaux horaires, charge de travail et difficulté des tâches avec des problèmes divers et nouveaux à gérer en même temps. Plusieurs autres étudiants engagés ont fuit au milieu de leur poste alors qu’on leur en demandait moins. Mais je n’avais pas le choix, car ma maigre bourse ne me suffisait pas pour vivre.
Évidemment, j’ai eu une infection pulmonaire que je ne pouvais pas soigner faute de moyen et d’épuisement physique, je l’ai trainée pendant 6 longs mois, où j’ai continué mes études et mon travail avec un masque.

Ensuite, pendant l’école d’infirmière, j’ai travaillé comme aide-soignante à domicile avec des horaires coupés.
Pendant un stage, j’ai eu un accident : je me suis déplacée toutes les vertèbres à force de porter et manipuler à la chaîne, toute seule, des personnes grabataires de plus de 100 kg. Mais c’est considéré comme normal parce qu’une étudiante doit se taire et obéir. Et puis, il n’y a pas assez de personnel, et le peu de soignantes en fonction ont aussi le dos malmené.
Une de mes camardes a tenté de se suicider à la même époque parce qu’elle était maltraitée en stage. C’était pourtant connu que dans ce service les patients et les étudiants étaient maltraités par des soignants au bout du rouleau. J’ai moi-même subi ce stage 2 mois plus tard et compris sa douleur. Le même mois, une étudiante d’une autre école s’est suicidée sur son lieu de stage.

Une fois le diplôme en poche, j’ai commencé à travailler par choix en intérim, parce qu’il y avait encore beaucoup de boulot pour les infirmières. J’avais déménagé et je voulais tester les établissements de la région pour éviter de me trouver coincée dans une mauvaise situation.
J’ai enchainé les missions d’intérim dangereuses ; en médecine, en psychiatrie, en gériatrie, en chirurgie.
Lors de mon tout premier jour de travail en tant qu’infirmière, j’ai dû m’occuper de 3 services en même temps, dont un très lourd, toute seule bien sûr. Alors qu’au pire, le week-end après-midi, l’effectif est d’une infirmière pour 2 services. Même les cadres n’étaient pas au courant de la situation.
Il y a des jours, où le fait d’accepter une nouvelle mission me faisait remettre directement mon diplôme en question, car les conditions de travail en tant qu’intérimaire ne connaissant pas les patients étaient dangereuses pour eux. J’avais donc des sueurs froides et faisais des heures supplémentaires pas toujours payées pour pouvoir sécuriser mon travail.
C’est lors d’une de ces missions que j’ai eu mon hernie discale. A 24 ans.

Un peu plus tard, j’ai eu besoin d’un CDI pour faire un emprunt et fonder une famille, et comme la crise était arrivée, après 50 candidatures partout, j’ai trouvé un CDD de quelques mois renouvelable dans un très grand service d’urgences.
A ce moment-là, certaines de mes collègues n’avaient rien trouvé d’autre que de travailler à l’usine ou comme caissière. Pour les infirmières, c’était une situation tout à fait nouvelle qui découle directement des coupes budgétaires des établissements de santé.
Ne nous voilons pas la face : nous sommes toujours en sous-effectif, c’est d’ailleurs très pratique pour museler toute velléité de contestation puisque nous ne pouvons pas faire grève car notre absence mettrait la vie des patients en danger. Et nous ne pouvons pas non plus exprimer un quelconque avis négatif sur notre travail à cause du devoir de réserve auquel nous sommes soumises. D’ailleurs, je prends des risques en écrivant tout ceci.

Je suis restée 2 ans et je suis partie de ma propre volonté. Le travail était certes passionnant, mais surtout dangereux pour nous, et pour les patients.

Chacune d’entre nous a connu des menaces et attaques physiques et verbales, parfois même à l’arme blanche. Une de mes collègues a eu une main fracturée par un lancé de matériel.
Moi-même et 2 de mes collègues avons fait une fausse couche à cause de produits utilisés quotidiennement.
Je n’ai pas eu la grippe, mais j’ai eu la bronchite, la bronchiolite, la gastro 6 fois, j’ai perdu le compte des cystites, certaines ont même eu la gale…
Bien sûr, nous évitons à tout prix de nous mettre en arrêt maladie sous peine de désorganiser gravement le service, c’est d’ailleurs généralement considéré comme une trahison par le reste de l’équipe à moins d’être réellement cloué au lit. De plus, il y a de fortes chances qu’on se fasse violemment réprimander par les cadres. Nous continuons à travailler tout en veillant à protéger les patients du mieux que nous le pouvons.

Les horaires de travail étaient en 12h jour/nuit dans la même semaine, sans réelle trame de planning. Difficile d’avoir une vie sociale ou familiale, car quand on rentrait chez nous, on tombait épuisées. J’avais des collègues qui habitaient à plus d’une heure de route et qui devaient faire une sieste dans le parking avant de rentrer chez elles. Pour ma part, j’habitais à 10 minutes, et pourtant j’ai eu un accident parce que je m’étais endormie en rentrant. Heureusement qu’à cette heure là il n’y avait pas de circulation.
On ne savait pas quand on pourrait manger ou même uriner. Des fois, il nous fallait attendre plus de 7 heures de travail avant de pouvoir boire un verre d’eau et aller aux toilettes. Et après 12 heures de travail, nous n’étions pas à l’abri de devoir en faire plus.

Une de mes collègues a eu une opération, elle a négocié avec le chirurgien pour rentrer un peu plus tôt chez elle pour s’occuper des ses enfants, et dès qu’elle est sortie de l’hôpital, notre cadre l’a obligée à venir travailler, en 12h debout, je rappelle, sous peine de ne pas renouveler son contrat. Le chirurgien et le médecin du travail ont vivement protesté, mais rien à faire, elle a dû retourner travailler et sa santé s’est de nouveau dégradée.
Il est arrivé plusieurs fois que des collègues soient sommées par notre cadre de revenir travailler pendant leurs vacances au risque de ne pas renouveler leur contrat, ou de ne pas les stagièriser (prendre pour stagiaire), ou de leur faire un planning intenable par vengeance.
Je n’ai pas pu assister à l’enterrement des ma grand-mère à cause de menaces du même genre.
Une autre collègue a été changée de service parce que, les chefs l’ont expliqué ainsi

Tu travailles très bien mais tu t’entends trop bien avec l’équipe.

Oui, parce que c’est mieux d’avoir une ambiance pourrie et de casser à tout prix la solidarité. Le management dans la santé, c’est « diviser pour mieux régner ».
Nos collègues ambulanciers n’étaient payés qu’à hauteur de 90% de leur travail effectif à cause d’un accord cadre et avaient également beaucoup de motifs pour se plaindre.

Mais ce n’est pas pour toutes ces raisons que j’ai choisi de partir de l’hôpital.
Les conditions de travail sont dangereuses pour les patients.
Je ne peux pas donner de détails et d’explications car je dois respecter le devoir de réserve. Dommage, parce que c’est bien le plus grave et j’ai un bon gros paquet d’exemples concrets. Je dirai juste un mot : DANGEREUX.
C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de décès de patients à ce jour, car malgré tout le courage, l’engagement et la conscience professionnelle de l’équipe, un accident peut survenir d’innombrables façons. Et on pourra toujours retrouver à la source du problème le sous-effectif. Il y a eu des périodes où à la fin d’une garde, on retrouvait ses collègues (qu’on avait tout juste croisées en 12h de travail) et on se disait : « Ouf, personne n’est mort » ou pire : « Ouf, on n’a tué personne« .
Pour des soignants qui portent en eux toutes les plus hautes valeurs humaines, vous vous rendez compte du déchirement ?

Quand je suis partie, je savais déjà que des dérogations préfectorales permettaient à l’hôpital d’ignorer presque tout le code du travail et que les conditions de rémunérations des infirmières avaient drastiquement empiré ces dernières années.
Je donnerai juste un exemple : les nuits ne sont plus payées que comme des jours. J’étais déjà mal rémunérée, et j’ai en plus découvert, qu‘on me faisait travailler un quota d’heures gratuitement tous les mois. En plus, on m’a obligée à rembourser 1070 euros parce que j’aurais été trop payée, avec comme seule explication : « c’est l’ordinateur qui l’a dit », et ce malgré toutes mes interrogations et les démarches que j’ai pu entreprendre.

Lorsque j’ai refusé de signer un nouveau CDD aux urgences, j’étais enceinte de 2 mois. Je n’ai rien trouvé de mieux que quelques vacations et après la naissance de ma fille, j’ai trouvé à travailler en intérim, dans un établissement de santé qui propose de longues missions. D’ailleurs, les 2/3 de l’équipe sont en intérim. Par contre, c’est un contrat en temps partiel subi. Il n’est pas possible d’augmenter mon temps de travail car c’est une volonté politique de l’établissement de ne proposer que des temps partiels. J’insiste sur le mot volonté ; en effet, il y a 3 ans, les temps pleins existaient.
Il est très difficile d’avoir un complément d’activité ailleurs à cause des horaires trop spécifiques. Mes collègues et moi faisons des vacations à côté. Quand on en a pas, on arrive pas à rembourser nos crédits, et quand on en a, il nous arrive de travailler 15 jours sans repos.

Une de mes collègues a travaillé plus de 4 ans dans cet établissement, en intérim et temps partiel imposé. Quand elle est revenue après son accouchement, un poste lui est passé sous le nez et a été donné à quelqu’un avec moins d’expérience. Les supérieurs lui ont fait savoir que son ancienneté ne comptait pas à leurs yeux. Alors que la vérité, c’est juste qu’elle a osé dénoncer les problèmes de fonctionnement du service. A cause de ça, elle a été condamnée à ne pas avoir d’avenir professionnel dans cet endroit où elle a tout donné pendant des années.
Je connais une autre infirmière, travaillant encore à un autre endroit, qui elle a fait l’objet d’un licenciement pour faute grave pour les mêmes raisons : c’est à dire qu’elle a ouvert sa bouche dans des réunions internes pour pointer du doigt des dysfonctionnements de service. Sa chef a donc monté un dossier à charge contre elle, et l’a mise dehors en ignorant délibérément le fait que c’était une des meilleures infirmières.

Vous comprendrez bien que l’équilibre financier de ma famille est très précaire, et que mon mari, s’il a la chance d’être en CDI, gagne mal sa vie et craint tout autant pour son avenir professionnel car son entreprise se fait racheter.

Malgré le foutage de gueule que je ressens de la part de toutes les autorités et l’écœurement que leur comportement m’inspire, je n’ai pas envie de me vautrer dans le rôle de victime. Par contre, j’aimerais bien voir quelques-uns de ces dirigeants tenir, ne serait-ce qu’une journée, dans la peau d’un soignant. Ça pourrait être drôle. Parce que quand on écrit des lois destinées à modifier la vie des gens, il faudrait au minimum être capable de vivre ce qu’on veut leur imposer, sans peine de perdre tout droit au respect.
La loi El Kohmri est une insulte à tous les français, quelle que soit leur profession. Les travailleurs sont déjà suffisamment fragilisés par la loi actuelle sans qu’on en rajoute une couche.

 

image obtenues sur le site : https://www.flickr.com/creativecommons/by-2.0/

10 thoughts on “« Les conditions de travail sont dangereuses pour les patients. »

  1. bonjour je suis ash dans un hepad depuis 20 ans , j ai fais un burn out sur mon lieu de travail et depuis je suis en longue maladie difficile de remonté la pente .Je voulais dire que les soignants sont en souffrance et que les directions ne sont pas a l écoute de son personnels dommage car on devrez formé une équipe

  2. Merci pour ce témoignage. Merci beaucoup.

    Etant fils d’infirmiers, je ne sais que trop bien la véracité de telles situations, et je salue ton témoignage car il demande un grand courage.

    Le système de santé va mal, très mal, et notre gouvernement aimerait le voir aller plus mal encore. Pourquoi ? « Parce que la santé coûte trop cher à l’état » et que « l’hôpital n’est pas rentable ». Une excuse d’une mauvaise foi aberrante pour faire valoir la privatisation la santé. Car la santé n’est pas « rentable » ? Non sans blague ? Voilà ce qui arrive quand on laisse les modes de gestion du privé faire la loi dans le domaine public. On ne parle plus de solidarité sociale ou de droit à la santé, mais de rentabilité du système et de prestation de santé lucrative. La priorité n’est plus au bien-être humain pour tous, mais au bien-être économique de quelque-uns, et tant pis pour les droits de l’homme et la constitution…

    Car, petit rappel de la constitution : « Elle [La Nation] garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. ». Sauf erreur, « tous » et « tout être humain » concernent aussi les professionnels qui mettent en oeuvre le droit à la protection de la santé !

    Et bizarrement je ne qualifierais pas la situation de nos dévoués soignants comme « convenable », et les moyens dont ils disposent sont tout juste « existants ». Quant à la « protection de la santé », alors là… comment pourrait-on seulement parler de protection quand on ne protège même pas les protecteurs de la santé ? On marche sur la tête !

    Commençons par protéger et soutenir celles et ceux qui ensuite nous garderons et nous soutiendrons face aux maux qui menacent notre santé. Donnons-leur les moyens, humains et matériels, d’aider ceux qui en ont besoin, en toute égalité. Car sans eux, le soin deviendra un privilège, de plus en plus rare et restrictif, et de privilège il deviendra une marchandise de luxe, jusqu’à n’être plus que du vent pour faire vivre un capitale privé qui se porte pourtant déjà très bien.

    Merci encore pour ce témoignage. Tu vaux beaucoup mieux que ça. On vaut tous mieux que ça.

  3. Je suis psychologue, et les quelques temps que j’ai passé en EHPAD (maison de retraite) m’ont donné à voir plusieurs fois ces problèmes où on fait peser sur les soignants tous les dysfonctionnements de l’institution et du domaine de la santé…
    Je voudrais témoigner d’un moment, en particulier :
    J’ai passé un entretien d’embauche, dans l’EHPAD où justement j’avais travaillé en CDD, pour un CDI. Le directeur et la psychologue qui m’interrogeraient m’ont expliqué qu’ils embauchaient une psy car ils prévoyaient des problèmes avec l’équipe : une des résidences allait être agrandie, l’équipe aussi, et toute l’organisation serait chamboulée. Dans ma présentation, j’avais mis en avant mes compétences auprès des résidents et des familles, et ils m’ont dit clairement que ça ne les intéressait pas, que pour eux ce n’était pas le travail du psychologue (ce qui ne collait pas trop avec mon expérience de la structure, mais passons). Non, ce qu’il fallait, c’était gérer les équipes. Un peu perplexe, puisque pour moi gérer les équipes c’est le travail de la cadre de santé, j’ai demandé un peu plus de détails sur ce rôle… qui serait « de se tenir au courant de ce que les équipes pensent » et « de faire remonter les infos à la direction ». Bref, Gestapo ! Evidemment, c’est en violation totale de l’éthique élémentaire d’un psychologue…
    Aujourd’hui, je travaille en libéral, en attendant de pouvoir me reconvertir. J’ai honte, mais je n’ai aucun moyen d’enrayer cette violence institutionnelle. Et au fur et à mesure des entretiens, j’ai perdu l’espoir de trouver une institution sans cette violence. Tout le système est à bout de souffle. Moi, j’ai renoncé.

  4. Je suis très touchée par votre témoignage. C’est gerbant de voir comment on détruit les professions de santé à petit feu.
    Je suis ce qui se passe depuis une dizaine d’années (car j’avais une proche qui faisait ce métier et je trouvais ça admirable) pour les infirmières/miers et je trouve ça extrêmement choquant ce qui vous arrive. On m’a deja raconté, en covoiturage (eh oui, on rencontre plein de gens en covoit’), le chantage à l’emploi dans ce milieu et j’avais du mal à y croire. Des aides-soignantes qui m’avaient décrit l’enchainement difficile de CDDs…(je n’en croyais pas mes oreilles) ou une autre fois, un infirmier qui faisait, en plus de ses heures en Bretagne, des heures à Paris pour payer les études de son fils…
    C’est révoltant qu’on gâche comme ça ce beau métier ! Avec leurs lois de psychopathes, ils vont jusqu’à provoquer la mise en danger des patients et la santé des personnels de santé. C’est juste exaspérant.
    Un membre de ma famille s’est reconverti pour devenir infirmier et j’ai peur de ce qui l’attend.

  5. Si vous voulez un exemple concret de ce que ça donne quand le surmenage du personnel menace la santé voire la vie des patients : récemment je suis allé voir une amie à l’hôpital. Une infirmière venait de se tromper dans sa perf, la mettant à dose maximale. Elle a elle-même avoué que si la patiente avait eu des problèmes cardiaques elle en aurait fait un arrêt (!). C’est très cher payé la petite inattention.
    J’ai aussi vu mon amie se tordre de douleur à cause d’une perf mal mise lui causant un oeudème au bras. Je ne vous dis pas le temps qu’il a fallu pour que quelqu’un réponde à son appel et vienne régler le problème…

  6. Merci pour votre récit madame, ou « Chère collègue », comme aiment à s’appeler les médecins entres eux la plupart du temps(Ou bien certains notables caractéristique de certaines postures encore de nos jours bien sur…) aiment à s échanger leur correspondance entre cabinet… Bref, rien n’a changé, ou juste en apparence. Le portrait que vous avez fait de votre parcours est je trouve édifiant(On a l’impression de se retrouver dans une description d’une entrée dans la vie adulte dans l’Angleterre victorienne du XIXième siècle( « A la dickens »…) Du reste Thatcher s’est chargée de remettre les pendules « A l’heure » dans les années 80; comme pour rappeler qu’ il n’y avait de toute façon pas d’autres alternatives!(« There is no alternative… »)- Entre parenthèse, je vous encourage à vous renseigner sur le parcours de cette « Dame de fer »pour comprendre d’où vient vient son dogmatisme(En particulier son éducation prodiguée par son père épicier méritant et pasteur…) Bref, il y a longtemps que c’est la loi de la jungle, en sachant toutefois, que tout le reste imposé par les politique n’est que de l’art de dominer la phraséologie. Tout ce que vous racontez est hélas à mon sens indépassable, car méprisé sous le couvert des enquêtes d’opinions qui font de nous de simples consommateurs. El KHOMRY comme tous les autres membres du gouvernement actuel comme passé, ne sont que les pantins attitrés de la méritocratie de bon aloi, et tout le reste n’est que fumisterie: « Marche ou crève… » C’est valable en ehpad, comme à l’entreprise de maçonnerie lambda du coin… Tout ce qui compte, c’est de cadrer avec les plans d’économie, et particulièrement dans nos milieux qui figurent être aujourd’hui les postes de dépenses qualifiés de « Non productifs » les plus faramineux; d’où la réduction en personnel nécessairement coûteux. La libéralisation de la santé élargie au secteur publique dans les années 90(L’hôpital client) et par l’intermédiaire de son exécutant zélé autoritaire, je veux bien sur parler bien de l’actuelle ARS, (Ex ARH), à depuis belle lurette participé à l’horreur que nous constatons nous autres professionnels sur le terrain aujourd’hui, mais bien moins que demain…
    Je ne vois pas comment nous pouvons en sortir, malgré le combat des alternatifs en politique, issus pour certains des syndicats. Je ne le vois vraiment pas en dehors d’une pression trop forte propre à la déstabilisation de tout un pays. Allez, vous vous doutez bien que rien n’a changé, et que la peur du chômage(Autrement-dit clairement la peur du déclassement aujourd’hui très active ou plus surement, de se retrouver à la rue, continuera à justifier que certain(es) s’accrochent désespérément à l’innommable de leur condition, au prix parfois des pires bassesses… Un collègue ASH m’alertait à sa manière récemment, sur le fait que je ne voyais que « La grande horreur » avenir, mais que je voyais pas en revanche pas « La petite horreur » liée aux hyper adaptés du sytème(A « collé serré » avec la hiérarchie, voir pire qu’elle…) Un certaine Hannah Arrendt avait déjà réfléchi aux ressorts de ce fléau libéral( en vain…); puisque tout bonnement le ver est dans le fruit depuis trop longtemps en mon sens….
    Je suis conscient de tout cela depuis longtemps, tout simplement parce-qu’on ne choisit d’être ce qui nous a construit. A chacun sa propre genèse. Je suis né pour ma part dans les années 60 et vais avoir cette année 50ans… Quand je suis né, on croyait encore à l’état providence, et l’avenir semblait coulé dans le bonheur d’avoir pour mes parents, un confort de vie plus qu’incomparable avec ceux de leur propre parents. Il faut dire qu’ ils venaient de milieux modestes et au demeurant portés hypocritement aux nues hier comme aujourd’hui: »La valeur travail »(Coluche avait l’expression qui convient qui depuis a fait florès: »Enfoirés!! »)
    En résumé, puisqu’il ne sert à rein que je m’étende davantage, je crois que la seule alternative qu’ils nous reste au fond à fortiori s’il on est soignant, c’est de ne pas perdre de vue qu’il vaut mieux encore quitter le terrain avant d’être malveillant pour soi-même, voir déconcertant ou pire dans son travail. Car hélas le cynisme est de mise dans ce monde; en revanche, il n’est pas supportable par tout le monde. Pour ces derniers, ils ne reste que la fuite la plus intelligente possible; il n’y a pas que le travail qui compte: C’est en effet un mensonge édifié en religion qui ne peut que plonger certains(es) dans le dénie comme certains(s) ou certaines ecclésiastes se sont comportaient et encore aujourd’hui dans le pire obscurantisme! Alors que faire?… Personnellement j’ai choisi l’humour et l’oxymore: Courage! Fuyons! Et pensez à vous aimer…

  7. Les arrêts maladie « interdits », les endormissements sur la route, la pénibilité du travail et le sous-effectif… tellement déjà entendu ! Les hommes et les femmes du milieu hospitalier et les aides-soignantes, infirmières et autres petites mains du privé (je ne mets pas les médecins du privé dans le même sac, oui), sans eux, sans leur dévotion à leur travail, nous serions bien dans la merde !

    Mon frère infirmier, qui s’étonne que je sois payée plus que lui en travaillant dans le milieu des assurances (infâmie, il a bien raison).
    Ma mère infirmière, qui a arrêté de travailler en tant qu’infirmière, pensant que l’herbe serait plus verte ailleurs (quelle déception !).
    La femme qui m’a élevée (pendant les études d’infirmières de ma mère, té), aide-soignante, licenciée pour – je ne me souviens plus des termes exacts – violences sur ses patients, alors que la vérité c’est qu’elle ouvrait sa gueule pour dénoncer tout ce qui déconnait dans son Ehpad. Aux Prud’hommes, avec plus de 30 témoignages en sa faveur, ils ont dû faire appel à un juge départiteur ! Qui a fini, bien évidemment, par requalifier le licenciement « sans cause réelle et sérieuse ».
    Ma soeur, infirmière, qui s’est endormie au volant et s’est retrouvée dans un fossé…

    En tant que syndicaliste et grande gueule, je suis bien contente d’avoir raté mon oral d’entrée à l’IFSI (un joli 6 pour récompenser mon désaccord exprimé pendant ledit oral, et une conclusion de mon frère « t’es con, faut jamais leur dire que t’es pas d’accord ! »).

    Courage au personnel soignant et beaucoup d’amour et de lutte à vous !

  8. « Même les cadres n’étaient pas au courant de la situation. »…A quoi servent-ils alors? les miens l’étaient et n’y pouvaient rien non plus….hiérarchie- hiérarchie à tous les niveaux…..à se demander lequel, à quel niveau, ne tremble plus dans son pantalon?
    Une psychologue est arrivée dans le service pour s’occuper des patients mais aussi et surtout, en fait, pour donner la parole au personnel….les réunions ont été rapidement annulées car toujours obligatoire pour celles/ceux en poste (matin ou soir) ce jour-là, et toujours encadrées / anotées par le cadre qui y assistait au grand dam de cette psychologue qui a préféré, elle aussi, renoncer à son poste….le personnel de nuit qui voulait profiter de ses réunions devait revenir sur ses heures de repos bien entendu mais comme les réunions étaient plus ou moins au débotté comme on dit…..autant dire que je n’ai jamais pu participer….pas grave vu les résultats obtenus!
    « On ne savait pas quand on pourrait manger ou même uriner. Des fois, il nous fallait attendre plus de 7 heures de travail avant de pouvoir boire un verre d’eau et aller aux toilettes. Et après 12 heures de travail, nous n’étions pas à l’abri de devoir en faire plus. »…. en travail de jour, je faisais mes 8 h avec le seul café avalé au réveil à 5h et ne déjeunais que trop souvent à 16h une fois revenue chez moi….. mes 20 ans de travail de nuit n’ont guère amélioré mon alimentation…..si j’ai toujours été mince, à la retraite je suis devenue obèse sans manger plus et je pense que je ne suis pas la seule….j’ai souvent rêvé de me mettre une sonde urinaire tellement j’avais mal à la vessie, maintenant je gère un début d’incontinence…plus belle la vie!
    A l’époque, j’ai calculé qu’en une nuit j’avais « manipulé » (tourner, réinstaller, verticaliser….donner les soins à des gens alités) l’équivalent de 3 tonnes de « viande »…je ne sais ce que soulève un fort des halles mais j’ai été opérée d’une hernie discale et je suis revenue bosser avec un corset…plus belle la vie!
    « Ouf, on n’a tué personne »….merci El KOMRI pour vouloir supprimer le délai de repos de 11 h entre 2 factions de travail, merci de ne plus prendre en compte les heures de nuit de minuit à 6 heures du mat, merci Mesdames Messieurs les députés de rallonger le temps de cotisation pour arriver à la retraite……bon courage aux jeunes collègues qui un jour auront aussi cette pensée en s’endormant….ou pas!

    Comment voulez vous que le personnel soignant vous soigne correctement alors qu’il est lui-même malade…..de plus en plus gravement malade.

    Je compatis sincèrement à vos souffrances et aux souffrances du personnel soignant.
    On vaut mieux que ça, les patients ( maintenant faut dire « clients ») valent mieux que ça.

  9. infirmiere depuis bientot 25 ans a l hopital je me retrouve a 100 pour 100 ds le gros malaise de ce travail a l hopital public qui rste le lieu le plus déshumanisé de l entreprise maltraitance du personnel et danger pour les patients pris en charge par des équipes surmenées et en burn out. Systeme de la T2A a été néfaste pour le peuple soignant et patient. Seul le chiffre d affaire compte au détriment de la santé des patients et donc encore moins des soignants. Non respect de ce qui reste de notre vie personnelle privée une fois a la maison avec des rappel incessant pour combler les arrets maladie dus au burn out des équipes. Noius soignants nous devenons dangeureux pour nous (suicides repetes) et pour les les patients !!! la réflexion « ouf on n a tué personne  » personnellement est récurrente quotidiennement depuis environ 5 ANS . Et moi qui voulais me lancer ds l humanitaire a la sortie de mes études… quelle utopie…quelle décadence ou la naiveté de la jeunesse ou la foi d un système qui fonctionnait alors..mais il faut manger économiquement c est compliqué et la précarité arrive rapidement: donc baisser les épaules rentrer la tete s endurcir et ne plus voir aucune souffrance celle de ses proches la sienne et encore moins celle des patients…Quelle fonction pourtant censée etre belle et noble mais dévastatrice…

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