« Fais des études supérieures et tu n’auras jamais à faire de boulot de merde »

Quand j’étais petit (oui, je commence loin) mes parents, ma famille, mon entourage, me répétaient souvent des phrases type « Il faut que tu travailles à l’école ou tu aura une vie pas bien quand tu sera plus grand. » Quand j’ai commencé à comprendre ce qu’était le travail, ces phrases se sont transformées en « Si tu travailles mal à l’école tu vas devoir vivre avec des boulots de merde, donc travailles bien pour avoir un travail qui te plait. »
Une fois au collège, les profs se sont tous mis à me faire le classique « Tu es fort en math, va en S », ce qui ne me dérangeait pas vraiment vu que j’ai toujours adoré la science et n’aime pas les matières littéraires comme présentées à l’école (le principe du « L’auteur à voulu dire que XXX mais on lui a pas demandé alors on décide pour lui », ou le « On s’en fout de savoir comment et pourquoi tant qu’on connait la date exacte » ne m’ont jamais plu) mais qui me dérangeait un peu quand même quand je voyais « l’insinuation » (pas toujours insinuée) du « Si tu es nul en math, mais fort en français/langue/histoire/etc., tu fera jamais rien de ta vie. » faite aux autres.
Au lycée, nouveau slogan « Fais des études supérieures et tu n’auras jamais à faire de boulot de merde », « Si tu t’arrêtes au BAC tu auras éventuellement la possibilité de réussir à être éboueur » (phrases vraiment sorties de la bouche de profs).
Je suis donc arrivé à l’université pour avoir mon diplôme, n’ayant acquis presque aucune connaissance, les ayant déjà à la sortie du lycée … Au cours de ces 2 ans de DUT informatique on nous répétait sans cesse (principalement au début) que « Si vous travaillez bien, des chasseurs de tête viendront vous chercher à la fin de votre DUT, et même si c’est pas le cas, c’est un domaine qui recrute ! ». Étant le major de promo dans toutes les matières informatiques, sans la moindre exception, imaginez un peu le désarroi quand je me suis rendu compte que les chasseurs de tête bah … ils viennent pas, alors que ça fait 2 ans (en fait, depuis que je suis petit, mais soyons conciliants) qu’on nous explique que « Si tu te démènes maintenant, ça t’éviteras d’avoir à chercher un boulot ». Finalement, je me suis « démené maintenant » pour quand même devoir chercher un boulot

Je finis donc par m’inscrire à Pôle Emploi. Et là, nouvelle surprise : l’informatique recrute ! . . . Uniquement des gens pour brancher les PC … Et qui ont minimum un an d’expérience … Ces 2 ans de DUT je les ai passés à « apprendre » comment créer des logiciels, jeux vidéos et sites web, mais dans ces domaines, quasiment aucune offre d’emplois. En fait, sur 18 mois, je n’aurai qu’une seule boite recrutant des « juniors » une fois tous les 3 ans. (Et je ne cherchais pas qu’a Pôle Emploi mais passons)
Pour mes recherches d’emploi, je me retrouverais à être considéré comme difficile puisque je demandai à travailler uniquement dans les domaines où j’avais des connaissances, n’importe où dans le monde tant que la langue est francophone, peu importe les horaires, le salaire ou le type de contrat.
Après un an, n’ayant su obtenir qu’un entretien dans la fameuse boite, je m’inscris sur le programme d’aide de Pôle Emploi. Ce programme va très vite se montrer d’une inutilité sans nom. Le principe est assez simple : toutes les 1 à 2 semaines, vous avez rdv avec un conseiller pôle emploi. Ce conseiller vérifie que vous faite bien vos recherches d’emploi et vous « aide » à en trouver en … regardant sur le site Pôle Emploi. Oui oui, passer 15 minutes avec un conseiller pour lui dire « J’ai déjà postulé à cette offre, je consulte le site tous les jours … Bah celle là aussi. Et elle aussi. Et elle aussi, mais ça sert à rien de continuer, je les fais toutes. Oui, elle aussi je l’ai faite ». Cet « accompagnement » fait pour vous « aider » sert en fait à s’assurer que vous cherchez bien en vous fliquant comme un parent envers son gamin (ou un politicien envers ses citoyens, au choix …).
A noté aussi que ce conseiller m’a expliqué que si je ne trouve pas de travail, c’est parce que j’ai les cheveux longs (je suis un homme). Ce à quoi je répondais « Et comment ils font pour savoir que j’ai les cheveux longs si je n’ai pas d’entretien ? » Surtout que le seul entretien que j’ai eu, 1/3 des employés avaient les cheveux longs, tous avaient un t-shirt geek, et aucun ne devait atteindre les 30 ans, donc je ne suis pas sûr que mon apparence ait influencé mon seul entretien …
Quand en plus votre conseiller part en vacances pendant une semaine, juste après vous avoir envoyé un rdv, rdv auquel vous n’assisterez pas puisque vous enterrez un membre de votre famille, mais qui est signalé trop tard puisque votre conseiller est rentré la veille du rdv et n’a pas pu voir votre « mot d’absence » à temps pour annuler le rdv, et bien vous recevez un joli message disant « Tu es pas venu au rdv. C’est pas bien. Tu es un fainéant et on veux pas de fainéant. Donc dégage de Pôle Emploi. » (<== interprétation personnelle) et bien tu te sens étrangement satisfait et énervé. Satisfait de ne plus avoir ces rdv à la con, mais énervé d’être traité de fainéant parce que tu enterres un membre de ta famille…

FIN !
En fait, pas tout à fait, comme j’ai dit l’histoire finit bien, c’est juste la fin des emmerdes de mon côté.

Durant ma recherche d’emploi, comme je suis humain et que j’aide mon entourage proche quand il est dans le besoin, j’ai rendu service à une connaissance pour la création d’un site web. Cette personne se sentant un peu mal de me faire bosser gratos à commencé à me rémunérer (considéré comme un travail au noir du coup …). Puis, commençant à résoudre ses problèmes financiers, à pu m’embaucher légalement. Aujourd’hui, j’ai un travail où je peux faire ce qui me plait, dans la bonne entente et la bonne humeur, parce que j’avais les bonnes personnes dans mon entourage. Autrement dit : parce que j’ai eu de la chance.

En clair, après avoir écouté ce que tout le monde me disait, je me suis pris une claque dans la gueule en voyant que c’était principalement de la merde, et que j’avais galéré pour rien jusque là, que le moment de se remuer le cul c’était maintenant et pas avant. Et finalement, me remuer le cul ne me servira à rien, et c’est grâce à un coup de chance que je m’en sortirais …

Voilà, dans tous les témoignages que j’ai pu voir, je n’ai jamais vraiment vu de témoignage parlant du « formatage » lors du parcours scolaire. Peut être que je suis juste passé à coté (parce que je ne pense pas être un cas unique, loin de là) mais dans le doute je voulais laisser au moins un témoignage parlant un peu de ce formatage sur le « Travailles maintenant et tu seras tranquille » qui ressort souvent lors des stages mais jamais de l’avant-monde du travail …

 

 

 

 

Illustration : CC-by alainalale

20 thoughts on “« Fais des études supérieures et tu n’auras jamais à faire de boulot de merde »

  1. Tu fais bien de parler du formatage, car malheureusement il est à tous les niveaux. Entre les parents, les profs… qui te disent de bien travailler pour avoir un bon job facilement… Même dans mon école actuelle (formation privée en infographie 3D) on nous le ressort régulièrement en mettant des paillettes dans les yeux avec des démos de grosses boites qui produisent des blockbusters. Et le pire, c’est que beaucoup le gobe ! Comme si on allait se retrouver embaucher chez Pixar ou MacGuff à la sortie des études, quelle blague !

    1. Si je puis me permettre, t’auras 3 fois plus de chances de te faire embaucher chez l’entreprise de ton choix avec un diplôme où tu as eu la mention que si tu l’as au rattrapage.
      Bien sûr que non, tu vas pas te faire engager chez Pixar à la sortie de tes études. Mais la plupart des formations proposent un stage en fin de cursus, pour que tu puisses te faire une idée de ce que tu feras vraiment quand tu exerceras. C’est à ce moment qu’il faut essayer de se faire bien voir pour être recruté à la sortie des études.
      Mais c’est compliqué et là aussi faut avoir un peu de chance. Cependant, être assidu et obtenir un diplôme ne font qu’augmenter tes chances d’avoir un boulot plus tard dans le milieu qui t’intéresse. Tes profs et tes parents ne veulent pas te formater. Ils veulent seulement que t’aies toutes les infos pour ne pas te retrouver dans la merde plus tard. C’est POUR toi qu’on te dit ça. Pas contre toi ou tes ambitions.
      Ok ?

  2. Merci pour ton témoignage. Hélas oui, le formatage est là et bien là, et pas seulement sur les plus jeunes. Le monde du travail aussi est soumis à ce formatage, pas seulement l’éducation.
    Quoi qu’il en soit, je tiens juste à souligner une chose : tu n’as pas eu de la « chance » (moi aussi c’est ce que je croyais par moment), tu as eu des contacts humains. Et c’est parce que ces contacts sont dénigrés et éclipsés par le système que tu as l’impression qu’il s’agit de chance (c’est une simple notion de rareté d’exposition : on en parle pas, donc ça semble rare, donc on pense avoir de la chance d’en avoir). J’ai trouvé mon premier et meilleur travail grâce à des relations humaines, par le biais de personne et non d’un système lourd et laborieux. En revanche, j’ai usé de ce système pour trouver mon second travail… et bizarrement, ce travail là a été catastrophique sur la durée. Pourtant ce travail malgré ces problèmes avaient aussi des bons points: mes collègues. Des personnes. Surprenant ? Non, juste humain.

    Alors oui, il y a des notions de chances à tous les moments de notre vie, des opportunités qui passent et tout ça. Mais remonter la pente, ce n’est pas seulement une question de chance, c’est avant tout une question d’entourage (je ne parle pas seulement de la famille ou des amis, mais bien de l’entourage au sens large du terme). Comme tu l’as dis toi-même « comme je suis humain et que j’aide mon entourage proche quand il est dans le besoin »: voilà la clé. On est humain, et on a besoin de côtoyer et d’aider d’autres humains. Parce qu’on se sent alors vivant et utile, à juste titre, loin des notions statistiques d’efficacité, de productivité et d’expérience professionnelle. La vraie expérience ne se mesure pas en années machines, mais en moments passés à côtoyer, à aider et à apprendre des autres.

    Quant à Yksion, je me permets une rapide réponse à ton commentaire : étant infographiste 3D, je suis passé aussi par là. Mais si tu aimes l’infographie, si tu as une passion pour ce métier, ne te laisse pas démonter par les mensonges ou l’indifférence du système (qui nous exploite mais tend à nous ignorer ensuite). Tourne-toi vers les associations de ta ville, va à la rencontre des autres par le biais de rassemblement qui regroupent indifféremment les pros et les étudiants de tout niveau et de tout âge. Au pire tu passeras un bon moment dans une ambiance détendue et chaleureuse, au mieux tu feras de belles rencontres qui pourraient dévoiler des opportunités (ça n’est pas une formule magique, mais au moins tu rencontreras des gens sympa qui t’apporteront des conseils).

    Il est tend de remettre le contact humain en avant pour briser le formatage, parce qu’on vaut tous mieux que ça.

  3. Salut,

    Je suis étudiant dans le secteur, mais je suis assez étonné par la situation que tu décris, le secteur est en très bonne santé et il c’est l’un des rares à ne pas être touché par la morosité du reste de l’emploi. La très grande majorité des étudiant de l’école ou je suis (et des autres) sont recrutés avant même la fin de leurs études…

    Il y a un facteur à prendre en compte par contre, c’est le niveau de ton diplôme final, pour travailler dans l’info en France, c’est vraiment mieux d’avoir un bac + 5 qu’un bac + 2 (pays ou l’on ne te juge pas sur tes compétences mais sur ton diplôme, oui, c’est totalement débile). Ces écoles aident aussi à se constituer un réseau, (promotion, réseau des anciens), ce n’est pas négligeable.

    N’hésite pas non plus à regarder du coté de l’étranger, ou les informaticiens compétents sont recherchés à peu près partout, et souvent pour de meilleurs salaires qu’en France, et surtout ou l’on te jugera pour tes compétences et pas pour le numéro qui suit ton bac.

    Bon courage !

    1. Tout dépend d’où l’on habite et où l’on veut vivre, mais effectivement sur des villes comme Paris ou Nantes par exemple ça recrute à tout-va dans ce domaine …
      Sinon il faut avoir pas mal d’expérience, de bons diplômes et aussi de la chance.

      De nos jours rien n’est facile c’est juste moins difficile pour certains.

      Merci pour vos témoignages.

  4. Je suis dans un autre secteur, mais c’est un peu la même chose. Mon Bac+3 (licence) ne sert à rien. Parce que dans ma branche ça recrute beaucoup à Bac+5… juste pour être « assistant ». Pourtant, les intitulés de Masters précisent bien « directeur », « responsable » ou « manager ». Et personnellement, je n’ai pas envie de me taper deux ans d’étude en plus juste pour être assistante (et je veux pas être manager pour l’instant).
    Maintenant, les seuls boulots que je trouve sont de niveau Bac, voire BEP… Parce que pour tout le reste, les employeurs demandent de l’expérience (j’ai moins d’un an pour l’instant, hors restau rapide et autre trucs du genre), et la plupart de mes refus font suite à ce manque d’expérience. Mes candidatures ont tendance à être refoulées avant même un entretien, toujours pour cette même raison (ils ont trouvé mieux, ça ils savent le dire).
    Donc non, personnellement j’arrêterai de dire aux jeunes qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent s’ils travaillent bien. Ce n’est plus vrai, ça en devient même ridicule. Quand on se dévoue corps et âme à sa « carrière » et qu’on a quelques contacts bien placés, ça peut éventuellement fonctionner. Sinon, comme beaucoup, on finit là où l’on ne voulait pas se retrouver, souvent sur un boulot peu valorisant et mal payé.
    Mais si nous sommes en plein dans ce traquenard, je reste persuadée qu’un tel système ne peut que s’effondrer un jour où l’autre. Ne serait-ce que dans 50 ans, quand on se rendra compte qu’il y a plein de monde pour faire des boulots peu reluisants, mais qu’il n’y a plus de personne de qualifié sur les postes hyper pointus. On commence déjà à s’en rendre compte avec la pénurie de certains métiers, comme les médecins. Mais on finira par manquer de spécialistes dans beaucoup d’autres domaines. C’est du moins ce que je pense. Parce que quand les patrons auront viré tous les actifs d’aujourd’hui devenus séniors et donc trop vieux, ils se retrouveront avec plein d’actifs qui ne leur servent à rien (encore dans leur boulot de merde parce qu’on voulait pas d’eux ailleurs), et plein de jeunes diplômés sans expérience.
    Bref, on vaut mieux que de se faire avoir de cette façon !

  5. La naïveté… on est tous passé par là. « L’informatique ça recrute », le même slogan depuis 15 ans… je ne voudrais pas vous casser la baraque, mais préparez vous à vous battre (dans le sens premier)… Ce slogan permet de faire croire au gouvernements divers et variés qu’on manque de main d’oeuvre en informatique, qu’il faut toujours plus de nouveaux étudiants… voire carrément les faire venir de l’étranger (l’ex Président avait facilité l’immigration informatique, en prétextant un manque de main d’oeuvre française). Sauf que cette pénurie est…. complètement fausse… (cf. étude qui était parue il y a 5 ans il me semble, chiffres à l’appui, je ne sais plus où par contre). L’avantage pour les employeurs (SSII surtout) est la possibilité de baisser à mort les salaires. Tu n’es pas content ? Il y en a plein d’autres qui attendent dehors… Suivant ! Et je ne parle même pas de l’offshore dans les pays du Magreb ou en Inde, dont on ne parle absolument jamais (regardez les chiffres…). Or un logiciel informatique ne nécessite aucun bateau pour être transporté, c’est bien le métier le plus facilement délocalisable du monde, surtout dans les pays francophones.
    Pour ceux qui ne connaissent pas le milieu des SSII, je vous conseille le « Livre noir du consulting » (gratuit en pdf). Vous aurez un aperçu de votre futur métier. Il n’y a que 2 types de personnes dans ce milieu : les bourreaux et les autres. Si vous faites partie des « autres » et refusez de devenir bourreau, vous quitterez ce milieu au bout de quelques années, pour un vrai employeur pour les plus chanceux (c’est de plus en plus rare…) ou en reconversion pour les autres.
    Bonne chance aux petits nouveaux.

  6. Je bosse en caisse en parallèle de mes études, histoire de me faire un peu d’argent de poche. Et véridique, on entend souvent des parents dire à leurs rejetons des trucs du genre: « travailles bien à l’école sinon tu finira comme cette fille à faire un boulot de merde » (je résume l’idée). Pourtant, certaines de mes collègue de travail sont sorties de l’université avec un joli diplôme, tel qu’un master, par exemple. Un bien joli diplôme… mais aussi joli qu’inutile.
    En tout cas, c’est pas faute d’y avoir cru, ou de n’avoir pas suivi ces conseils..

    Depuis toute petite, j’ai moi-même été bercée par ce genre de remarques… Résultat, je termine en ce moment le dernier semestre de ma licence de psychologie, que je sais déjà totalement inutile pour la suite de mon avenir. Sauf si je fais éventuellement un master ensuite, mais… j’ai bien peur de ne pas en avoir le courage, vu le maigre rapport coût/bénéfice. Bref, plus qu’à croiser les doigts pour qu’une réorientation me donne la chance d’accéder à un job qui me plaise et qui ne soit pas trop mal payé…

    Contente que ce se soit bien terminé pour toi en tout cas! Et, au passage, les cheveux longs, c’est la vie! 😀

  7. AAhhhh, le formatage à l’école….oui, bien sûr, mais il vient de plus en plus des parents. Étant prof de maths, aujourd’hui en lycée, on doit convaincre les parents de ne pas mettre leur gosse en S. Parce que dans l’imaginaire du parent, si son enfant va en S, il aura la belle vie.
    non.
    Non, non et renon.
    Et je ne compte pas les parents à qui j’ai vainement essayé d’expliquer ça et qui me regardaient d’un air de dire « mais oui, bien sûr….nous on sait qu’il doit aller en S pour réussir ».
    Oui, un enfant qui va en S a plus de chances de réussir, parce qu’il a plus de chance de faire des études longues ou tomber sur des secteurs qui recrutent. Mais pour ça, il faut déjà réussir en S. Aller en S pour décrocher son bac de justesse, ça sert à rien. Et le nombre d’enfants qui se retrouvent en S avec des moyennes de 4-5 en maths et 8 en Physique, alors qu’ils sont vachement intéressés par la philo ou l’histoire et qu’ils se seraient sans doute épanouis dans une autre filière, au lieu de souffrir en S….c’est affligeant.

    Maintenant, pour ton expérience, je vais te dire ce qui a raté: tu as fait un DUT. Or, dans la tête de beaucoup de gens, un DUT c’est un truc de « filière techno » pour ceux qui ne sont pas assez doués pour faire de « vraies études ». C’est stupide, mais c’est comme ça. Il faut penser que les patrons ont, pour beaucoup, fait des études en fac ou grandes écoles et ne connaissent pas les autres voies, qui dans leur esprit restent des voies de garage. Alors voilà leur pensée: tu es un glandu qui a fait un pauvre petit DUT. (je généralise, heureusement tout le monde ne voit pas les choses comme ça. Tout le monde n’a pas d’œillères)
    Si tu avais fait « comme tout le monde », tu aurais fait une licence puis un master d’info, et tu aurais été recruté avant ta sortie, même avec des notes de merde, parce que ça ce sont des vraies études, vois-tu.

    La méconnaissance de notre système éducatif est impressionnante. Je pense qu’on devrait passer du temps, au moins au lycée, à enseigner aux élèves les différentes filières et les différentes poursuites d’étude qui s’offrent à eux. Mais « on a pas le temps ». Ni les moyens, d’ailleurs. Et puis, le gouvernement s’acharne à modifier les choses régulièrement, en grande partie pour cacher la triste vérité: notre système éducatif est merdique.

  8. Je n’ai pas fait d’études d’info, mais j’ai été aussi formaté par le « Sans un bac+5, vous ne ferez rien! ». Sachant pas trop quoi faire de ma vie après mon bac L (le bac des feignants bouuuh), intéressée par l’international, le voyage, les langues, me disant que ce serait un secteur où il y aurait toujours du travail, je me lance dans le commerce international! (J’ai un peu fais abstraction sur l’aspect commerce mais passons). Mon parcours a été atypique, j’ai arrêté plusieurs fois mes études ce qui m’a fait prendre du retard (bouuuh bis). Le commerce est loin d’être ma tasse de thé, si j’ai commencé en ayant pour objectif avoir un travail qui payait bien, aujourd’hui, surtout avec le temps que ça a prit, j’ai pas spécialement envie de rentrer dans ce système (vendre, vendre, vendre). Mais ne sachant pas quoi faire d’autre, étant vieille, j’ai plus le courage de me lancer dans autre chose. Me voilà donc, diplômée du fabuleux BAC+5, censé m’ouvrir les portes du St-Graal, à savoir l’emploi! Jolie claque. Que nenni. Reviens avec 3 ans d’expérience minimum et on te rappellera. Puisque les stages ne sont pas considérés comme de l’expérience.
    Je parle 3 langues, j’ai un master, des stages, je suis prête à vivre dans n’importe quel pays, peu importe le salaire, mais non, ce n’est pas suffisant. C’est jamais suffisant.
    Le moral est en berne, j’ai peur de commencer un job alimentaire et d’y rester toute ma vie. J’ai été caissière pour payer mes études, je ne compte plus le nombre de collègues avec un master qui avait tout bonnement arrêté de chercher un emploi dans leur branche.
    Tout ça pour ça?
    Se sentir comme une m… en se disant qu’on s’est battu pour étudier, pour se voir claquer les portes au nez. Parce que oui, personnellement, je me sens comme une merde et je perds espoir chaque jour qui passe.
    (Plus de 100 candidatures envoyées à mon actif).

  9. Bonjour je suis collégien en 3° et j’ai entendu parlé de On vaut mieux que ça, je regarde ce site et je viens d’avoir vraiment peur. Depuis tout petit on me dit travail à l’école tu aura le boulot que tu voudra, que le monde du travail c’est un endroit où le salarié possède des droits ( je pensais pas que ces droits n’était pas respecté ). Mais aujourd’hui avec la loi el khomri les droits n’ont seulement ils ne seront pas respecté mais ils n’existeront plus. Ce que je viens de lire sur ce site viens de me faire l’effet d’une révélation ( oui je me croyais dans le monde des bisounours )
    Au revoir

  10. Bonjour Anonyme.
    Oui il y a beaucoup de mensonge dans ce système.
    La clé c’est lucidité (et non cynisme) , suivre son chemin et être humain. Solidarité et combat : les militants se construisent. Ils ne sont pas hors du système mais leur vrai objectif est sa subversion. C’est une lutte fatiguante mais autrement plus joyeuse que la concurrence ignoble des travailleurs entre eux.

  11. Merci pour le témoignage !

    Je n’ajouterais qu’un bloc à cette construction de vie présentée par notre société :

     » Si tu travailles dur, tu auras droit à une prime  »

    Compensation que j’ai entendue à chacun de mes 3 stages qui payait le minimum syndical (dans des boites qui avaient les moyens). Bien entendu j’ai eu beau faire des semaines de 50 heures et me démener, je n’en ai jamais vu la couleur. Sans citer de nom l’une de ces startup/site a vu son nombre de visites monétisées passer de 10.000 à 600.000 par jour le temps de mon stage, engrangeant des milliers d’euros chaque jour. J’étais « gratifié » 512€/mois.

  12. Salut et merci pour ce témoignage dans lequel je me retrouve pleinement.

    Titulaire d’un bac +5, j’ai un peu galéré pour trouver un emploi. Je dis « un peu » parce que ce n’est rien comparé à ce que je lis sur ce site bien souvent. J’ai moi aussi déniché mon emploi sur un coup de chance qui m’a permis de contourner le protocole candidature-entretien-embauche. Sur le moment je me suis senti comme un imposteur, puis je me suis dit que l’imposture était en fait plus grande que moi.

    Si je n’ai pas vraiment à me plaindre parait-il (salaire légèrement supérieur au SMIC, collègues sympa, boulot qui a du « sens »), je me suis vite rendu compte que le bonheur qu’on nous vend depuis la 3ème n’est pas forcément ce qu’on croit. Pour faire simple, ce n’est pas parce qu’on a été un bon élève qu’on est fait pour un travail de bureau.

    A ce propos, je conseille ce chouette bouquin : Eloge du carburateur, par Matthew Crawford. C’est un essai sur le travail avec en toile de fond l’histoire de l’auteur : Doctorat de philo, boulot grassement payé dans un thinktank, déception, reconversion dans la réparation de moto. L’idée centrale n’est pas bien compliquée, mais elle a le mérite de déconstruire le mépris pour les métiers « manuels » que nous inculque très tôt l’école.

  13. Autant on est d’accord sur le formatage à l’école (forcement, à l’heure des nouvelles technologies, on a une formation hérité de la révolution industriel, pas étonnant que ça colle pas).

    Maintenant, en informatique, même en voulant écarter les SSII, le dernier truc que j’ai du mal à faire c’est bien de trouver un emploi bien payé. Ça recrute partout et pas que sur expérience quoi.
    Maintenant, mon expérience est uniquement en région parisienne et dans des startups on société de services.

  14. Je pense que tu n’avais pas envie de ces travails à Pole Emploi. Pas réellement envie. Finalement, tu as trouvé un travail qui te plait, et ce n’était pas de la chance. Tu as voulu aider une personne de ton entourage, le travail était là, concret, utile pour quelqu’un de proche. Ca m’interpelle aussi, je pense que tu devrais aussi revenir à ces « sciences » délaissées par volonté de bien réussir à l’école (=> la littérature, et tout ) voilà, je voulais juste dire ça 🙂

  15. Au sujet du formatage scolaire, j’ai cette anecdote de mon prof de maths en 3e. Il rabachait presque à chaque cours « Si on ne comprend pas ça, c’est qu’on est un débile profond (..) et on finit sur un trottoir avec une pancarte marquée « 2 franc pour vivre »

  16. Le probleme a mon avis c’est que les profs (au moins au lycee , voir aussi dans le superieur) sont pas les mieux places pour donner des conseils en terme d’orientation ou de reussite professionnel. Ils sont dans leur monde (a part peut etre les intervenants pro qui comprennent mieux le terrain). Quant aux parents,les miens ont pas ete dans le superieur donc comprennent pas comment ca se passe. C’est peut etre aussi le cas de pas mal de familles j’imagine. Ajouter a ca un CIO pas utile ca explique pourquoi on a un gros probleme d’orientation en France. Meme si l’entourage veut qu’on reussise, les outils et la maturite sur un projet professionnel sont pas forcement a disposition quand on a 18 ans.

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