Mon père a fait un burn-out

J’ai 17 ans, mon père est patron de TPE/PME, il a créé son entreprise en 2007 juste avant l’éclatement de la bulle immobilière américaine. Pendant les mois qui ont suivi cette crise financière, il s’est attendu à une baisse de son activité (formation) mais au contraire elle est partie à la hausse, les entreprises utilisaient leurs réserves pour former leurs employés et se préparer au mieux à affronter la crise. Mon père a alors recruté plus de salariés pour faire face à cette demande en augmentation (sans doute une erreur, mais cela on s’en est rendue compte trop tard).

Une fois les réserves et autres fonds de formations des entreprises épuisés, la demande c’est tarie et mon père s’est retrouvé avec des salariés qu’il payait mais qui ne travaillaient pas faute de clients alors au bout de quelques mois il a pris la décision de licencier… et je précise que cela ne fait jamais plaisir à un patron de licencier. Pour la première fois de ma vie j’ai entendu mon père pleurer dans sa chambre…

Ensuite deux des 4 salariés on décidé de remuer le couteaux dans la plaie en emmenant mon père au prud’hommes alors qu’il avait été licencié et qu’il y avais des éléments pour les renvoyer pour fautes graves. Les combats juridique on été gagnés évidemment mais cela a fait très mal à la trésorerie de la boîte (pendant qu’on est au tribunal on travaille pas) et à celle de la famille (mon père se paye au lance pierre depuis cette période).

Mon père a ensuite fait un burn-out, un soir il rentre du boulot viens pour manger dans la cuisine et d’un coup s’allonge a demi-conscient sur le sol une ambulance la emmener à l’hôpital, il a eu du mal a s’en remettre (s’il s’en est remis?) En tous cas il ne nous en à jamais rien montré. Après une trop courte phase de repos il est retourné travailler, avec des périodes de haut et de bas (plus de bas qu’autre chose). Puis il y a deux ans nous avons été cambriolé pendant la nuit. Mon père a craqué comme ma mère cela fut très dur à accepter.

Un an après mon père continuait les travaux dans notre maison (en chantier depuis 10 ans, mais cela est un choix de vie dont je ne me plains pas) il est tombé d’une échelle, traumatisme crânien, une épaule déboîtée, clavicule pétée, perte irréversible d’audition, perte d’équilibre (6 mois de rééducation)… Des choses que je ne souhaite à personne.

Aujourd’hui mon père travaille entre 50 et 70 heures pas semaine les mots « vacances » « week-end » et « jours fériés » sont associés à « administratif » et « travail en continu » et il se paye au lance pierre parce que lui, personne ne viendra contrôler s’il est payé correctement ou s’il ne travaille pas trop, il ne pourra pas envoyer son patron aux prud’hommes en cas de litige. Il ne pourra pas recevoir d’indemnités de chômage s’il est sans emplois demain et surtout il a le droit de fermer sa gueule parce que s’il fait la grève personne ne travaillera à sa place.

Je sais que mon père n’abandonnera jamais son entreprise d’abord parce qu’il s’agit en quelques sorte d’une partie de lui parce qu’il veut à tout prix éviter de se retrouver à licencier de nouveau et parce qu’il a tout donné pour qu’elle ne coule pas, alors l’abandonner serait la pire des choses.

Je suis contre la loi travail car elle donnerait plus d’avantages au gros patrons et que je sais que mon père en a marre de se battre contre eux.

6 thoughts on “Mon père a fait un burn-out

  1. Merci pour ce témoignage touchant et juste, qui nous rappelle que derrière chaque patron il y a avant tout un être humain. Les patrons, il y en a de toutes les sortes, y compris des patrons qui souffrent de faire survivre leur entreprise (et leurs employés) sur un marché qui les écrase sans aucune considération pour la personne et son droit à vivre hors de son entreprise. Eux aussi valent mieux que ça.

  2. Comme Asadar, je vous remercie pour ce témoignage « de l’autre côté de la ligne ».
    Le plupart des ouvriers/salariés oublient la différence entre patrons de TPE/PME et patrons de grosses boites (même si il y a des salauds partout). De mon côté, je me suis retrouvé sidéré quand je me suis rendu compte (très tardivement) que dans notre système soit-disant égalitaire et fraternel, il y avait une très grosse différence entre salariés et employeurs, ces derniers n’ayant, si ce n’est les plus gros (parachutes dorés, avantages financiers mirobolants, etc.), aucune « vraie » protection sociale.
    Pourtant, ce sont des citoyens comme les autres, des humains comme nous tous, et ils devraient avoir droit à la même protection face aux impondérables de la vie, au chômage, un droit à la retraite car eux aussi travaillent, et plus ils sont proches de la définition de « petite » struture, plus (souvent) ils sont massacrés et sacrifiés sur l’autel du grand patronnât …

    Il y aura toujours des profiteurs, des gens qui s’en foutent de leurs salariés, mais dans les TPE, c’est un cas visiblement très rare, ces patrons là valent bien mieux que ça !
    Mêmes droits pour tout les citoyens, salaire à vie et décence, voilà qui devrait être la rêgle !

    Merci beaucoup encore.

  3. le communisme est une société sans classe, pas de propriété capitaliste, donc pas de domination d’une classe sur l’autre, pas de concurrence, « tous producteurs associés » comme conclut Marx dans le Manifeste; les coopératives, les scoop sont là pour nous prouver que c’est faisable; on est pas obligés d’attendre que ce soit la dernière solution pour garder un emploi.

  4. les petits patrons se trompent de camp . Le medef et les grosses fortunes , les actionnaires se moquent bien d’eux. Ils sont exploités comme les autres.

    1. Non seulement ça mais en plus les grosses entreprises sont rarement tendre avec les petites et les moyennes entreprises (les freelance aussi) quand ce sont les clients (retard de paiement, pas de contrat respecté, procédures judiciaires ultra cher et si tu l’ouvre encore d’autres procédures pour diffamation).

  5. Merci pour votre témoignage, qui remet les choses à leur place, on entend trop parler des patrons sans faire de distinction. Et bon courage à votre père.

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