« Et puis… c’est toujours bon de voir une femme à quat’ pattes. »

Étant encore étudiante, je n’ai pas encore eu l’occasion d’avoir un « vrai » emploi. J’ai cependant occupé des « jobs d’été » ou « boulots d’étudiants » qui permettent de financer une partie de l’année universitaire qui se prépare.
L’été dernier j’ai travaillé un mois et demi chez un charcutier-traiteur en tant que vendeuse.
C’est comme vous pouvez l’imaginer un milieu dans lequel les blagues graveleuses sont faciles : « Il t’en faut combien des saucisses?« , et j’avais régulièrement le droit (comme certaines collègues) à des remarques qui, à la longue, devenaient très lourdes, comme « Alors, tu n’as pas mis ton p’tit short aujourd’hui?« , « Oh… tu as peur d’attraper froid aujourd’hui?« . La vente étant assurée par des femmes et un étudiant, la cuisine étant le domaine des hommes et d’une femme seulement, séparation nette de deux mondes.

Ce dont je voudrais vous faire part est un des propos les plus sexistes que j’ai pu entendre dans ma vie. Voici la scène :
Alors que je suis en boutique en plein nettoyage des frigos, un homme que je n’avais jamais vu vient voir si nous avons besoin de commander à son entreprise plus de saucisses. Comme ma tâche gêne le passage de mes collègues et l’arrivée de cet homme dans le petit couloir derrière le comptoir, je lui demande s’il veut passer. Il me répond en souriant que non, tout va bien, je peux continuer. Il est gentil celui-là, me dis-je bien naïvement avant de redisparaître derrière le comptoir, les genoux dans l’eau savonneuse qui s’évacue des frigos bas et étroits dans lesquels je dois faire l’effort de m’engouffrer jusqu’au ventre pour atteindre le fond avec ma raclette. Je ne me rends pas compte du spectacle que j’offre à l’inconnu resté debout derrière moi et qui ajoute à l’intention de mon derrière relevé : « Et puis… c’est toujours bon de voir une femme à quat’ pattes. »

Mes oreilles ont sifflé, l’homme a disparu et après avoir trouvé dans le soutien d’une collègue choquée par ce que je lui avais rapporté le courage d’aller en parler au patron, je me suis dégonflée. J’ai 20 ans, peu d’expérience professionnelle et mes employeurs m’intimidaient. Je n’ai pas osé trop insister quand le patron a joué l’étonné qui ne comprend pas et quand sa femme est entrée dans la cuisine j’ai baissé la tête, me suis excusée rapidement et me suis enfuie avec la honte de n’avoir pas tenu tête.

Pardonnez la longueur du message pour une simple phrase mais je tenais à détailler un peu le contexte. Je ne sais si vous pourrez en faire quelque chose. En tout cas, aujourd’hui encore, je regrette de ne pas avoir protesté plus fort. Je n’ai entendu cette phrase que parce que je suis une jeune femme, une étudiante saisonnière qui ne reviendra pas dans cette boutique et c’est aussi pour cette raison sans doute que je n’ai trouvé de soutien que parmi mes collègues vendeuses qui, elles, y travaillent à l’année.

3 thoughts on “« Et puis… c’est toujours bon de voir une femme à quat’ pattes. »

  1. Peu importe la longueur du témoignage, peu importe que tu sois étudiante et non salariée, chaque témoignage reste précieux. Donc tout d’abords merci de l’avoir fait. Et tu as bien fait d’en parler (pour toi d’abords, mais pas seulement) car une femme, peu importe son âge ou sa position sociale, ne devrait pas avoir à entendre ce genre de commentaire: c’est tout simplement irrespectueux et avilissant.

  2. Dans un pays où les députés sifflent leurs collègues en robe, où un membre du gouvernement fait claquer la culotte des journalistes, ton témoignage ne m’étonne pas. Le plus triste, c’est que tu n’ais pas osé te plaindre. .. que tu te sentes honteuse de ce qui c’est passé. Dans un monde meilleur, tu aurais pu te plaindre et ton patron aurait « choppé  » le représentant et lui aurait demandé de présenter des excuses à toutes les femmes.

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