Son mari me proposait de se charger de certaines tâches, pour au final ne pas les faire et attendre que sa femme vienne me le reprocher.

J’étais étudiante, je postulais pour des boulots d’été dans différents domaines. La responsable d’un petit hôtel 1* est la seule à me rappeler, avec un contrat pour 2 mois à la clé comme femme de chambre. Elle se montre très chaleureuse et à cheval sur le côté administratif, ça me rassure. Pendant une semaine j’ai été seule avec elle à faire les chambre (son mari travaille également comme responsable de cet établissement faisant partie d’une chaîne d’hôtellerie). Elle est pleine de compliments, trouve que je travaille bien, me dit que je vais aller de plus en plus vite, me propose un verre de jus d’orange avant de commencer, me conseille de prendre une pause si nécessaire.

Durant la première semaine, il y a un jour où je dépasse d’une demi heure mon horaire pour pouvoir terminer les chambres qui m’étaient attribuée, je le note sur ma fiche horaire. Le lendemain elle me conseille gentiment de ne pas le noter, que ça n’est pas nécessaire. Un peu naïvement je l’ai écouté durant 2 semaines. Mais voyant que les dépassement devenaient récurrents et de plus en plus important, je les notais soigneusement, y compris dans un cahier personnel.

Au fur et à mesure du mois les petites attentions disparaissent et les exigences deviennent plus importantes, ce qui se comprend, mais également contradictoires. Un jour il faut mettre les oreillers dans telle position, et le lendemain c’est l’inverse. Elle m’épie lorsque je travaille et a toujours un reproche à faire, me conseille des méthodes différentes chaque jour, me rappelle qu’elle fait beaucoup plus de chambres que moi.

A la fin du premier mois, ça ne loupe pas, mes heures ne sont pas celles que j’ai réellement réalisé. Mais n’ayant pas noté mes vraies horaires durant la moitié du mois, je n’ai pas vraiment de recours. Je fais toutefois remarquer l’inexactitude de ma fiche de salaire à mon employeuse. J’ai alors droit au couplet comme quoi je suis une incapable, que je n’y connais rien au monde du travail (j’ai tout de même eu d’autres emplois et fais de nombreux stages dans d’autres domaines) que c’est comme ça en hôtellerie, qu’eux ne comptent pas leurs heures (leur contrat est très différent mais passons), et que si je ne suis pas contente je n’ai qu’à aller plus vite. Ils ne vont quand même pas payer ma lenteur ! Mes références au code du travail ne les font pas changer de position. Je décide alors de supporter le mois qu’il me reste à faire tout en ne lâchant pas l’affaire.

Le mois d’août fut un festival d’absurdités. J’étais observée par les caméras de surveillance, elle vérifiait avec les enregistrements que l’heure que je notais était bien celle de mon départ, me disputait quand j’arrivais à mon horaire parce qu’il n’y avait pas encore de chambre libérées, et le lendemain me dire que j’aurai pu arriver plus tôt car il y avait du travail (en arrivant aux mêmes heures), me faisait des scènes comme quoi j’étais une « incapable qui n’y comprend rien à la vie » devant les clients prenant leur petit déjeuner. En parallèle son mari me proposait de se charger de certaines tâches, pour au final ne pas les faire et attendre que sa femme vienne me reprocher de ne pas les avoir faite.

Peu avant la fin de mon contrat j’ai demandé à photocopier mes feuilles horaires, afin d’être certaine qu’il n’y ait pas de modifications. Entre temps je m’étais renseignée et ait évoqué mon intention de saisir les prud’homme si je voyais à nouveau des incohérences sur ma fiche de salaire.

Au final cette dernière a été faite sans faute, ainsi que celle de ma collègue (qui subissait les mêmes reproches que moi, en étant pourtant moins véhémente).
Oui j’ai pu obtenir « gain de cause », mais se faire harceler, humilier, quitter son travail en pleurant de rage… tout ça pour obtenir seulement ce que l’on est en droit de recevoir… On vaut mieux que ça.

3 thoughts on “Son mari me proposait de se charger de certaines tâches, pour au final ne pas les faire et attendre que sa femme vienne me le reprocher.

  1. Tu as bien fait ! Et il est légitime que tu es eu gain de cause. Ce qui ne l’est pas en revanche, c’est de devoir en arriver là, et de cette façon. Un salaire n’efface pas les préjudices moraux, et il n’est pas normal de vivre ce genre d’expériences en faisant son travail.

    Merci pour ton témoignage.

  2. Il est là le drame : déjà que la valeur du travail est plus basse que terre, avec des employés surqualifiés payés au salaire minimum, mais c’est encore trop cher pour l’employeur qui multiplie les combines pour gratter des heures, des minutes de travail non payés. Mon boss actuel, par exemple, est un champion du monde de détection de pause ou de départ : dès que je suis en pause de midi, par exemple, il apparaît à ma porte et me parle boulot pendant 15-20 minutes. Même scénario quand je part le soir. Déjà que je ne prend pas mes deux pauses quotidiennes légales car je n’ai pas le temps… Vous me direz, 1 heure par jour, c’est pas grand chose. Mais ça représente plus de 120 euros mensuels. Une fortune à mes yeux.
    Et quand on essaye, du coup, de faire respecter ce qu’il y a dans son contrat de travail, c’est-à-dire ses heures de travail et ses temps de pause, c’est immédiatement mal pris, sujet de rancœurs, d’humiliations, de coups bas à foison…
    C’est très important de comprendre cela : les employeurs n’auront JAMAIS assez de nous. Tant qu’on leur donnera, ils réclameront.
    La seule manière de gagner, c’est de dire non. Non aux heures non payées, non au travail gratuit ou au rabais.

  3. Ah, voila qui rappelle des souvenirs!
    Une petite blague très répandue dans l’hôtellerie: Vous avez 1/4 d’heure pour faire une chambre, d’après les temps calculés au « siege » (sur des femmes de chambres dopées aux amphetamines, selon toutes probabilités, mais passons…). Donc, si on vous donne 24 chambres a faire, vous êtes payée 6 heures.
    Ca vous prends plus de temps?
    Ben c’est certainement pas que vous avez eu des chambres degeu, ou disséminées dans tout l’établissement et qu’il a fallu trainer le ou les chariots de ménage d’un étage a l’autre en fonction des départs, s’pas?
    Non, c’est que vous êtes « mal organisée ».
    En fait, ce système est une façon de payer les gens à la tâche, et non à l’heure… Ce qui est parfaitement illégal, et ils le savent. Donc le contrat est bien un salaire horaire…Juste avec des obligations de rendements intenables. Un détail, sans doute?

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