Statistiques et dépression

Je vais aujourd’hui témoigner sur mes début dans la vie active.
On m’avait alors proposé un emploi un peu en dessous mes compétences et diplômes mais qui était quelque chose que j’avais envie de faire. J’avais fait fi de toutes les personnes qui me disaient : « Accepte le premier travail qu’on te proposera, à notre époque c’est difficile d’avoir un travail. blablabla ». J’avais d’ailleurs refusé un emploi d’un certain grand de la téléphonie/internet qui a connu une vague de suicide, emploi qui m’avait été présenté ainsi dans les grandes lignes : « est ce que vous supportez bien le stress? Parce que votre N+1 va vous pousser à bout, sera toujours derrière vous à vous relancer et à vous crier dessus pour plus de résultats ». J’avais refusé et finalement accepté un emploi de sous-traitant qui me plaisait bien.

Au début tout va bien, et puis au fur et à mesure, on nous inonde de mail de statistiques, on sors des stats pour comparer le nombre d’appels que tel collègue a pris, le nombre d’incidents que tel autre à fermé, etc. Le ressenti utilisateur? Aucun intérêt. Tu as passé 3 jours sur un dossier? C’est pas grave s’il permet de résoudre des gros problèmes généraux car tu n’as fais qu’un dossier alors que Jean-Michel a clos 30 dossiers, même si c’était des installations. Bien sur Jean-Michel avait bien fait son travail, on avait juste chacun fait un travail différent qui était ressenti différemment par les utilisateurs. Et finalement c’est une multitude de choses comme ça, de harcèlement : tu as passé 6 minutes de pauses au lieu de 5, tu as dépanné quelqu’un alors qu’on avait pas reçu de dossier, tu as fais tant de dossiers ce mois ci en tant de minutes. Bien sur les stats générales présentaient toujours des smileys verts souriant pour rassurer le client. Les SLA étaient toujours bons, les utilisateurs étaient satisfaits, le travail se passait dans de bonnes conditions, mais un chef c’est fait pour gueuler, pas pour travailler.

Au final, des démissions, des demande de mutations, etc. Mais un bon N+1 sait avoir l’air parfait aux yeux de ton N+2, du coup lui est irréprochable mais tous ses employés sont des incompétents.

J’ai donc fini par avoir un déclic et changer de job. Certains de mes collègues avaient réussi à le faire avant, d’autres ont mis plus de temps. Quand j’ai été à la médecine du travail après et que j’ai raconté à la demande de la médecin mon job inférieur, j’ai été diagnostiqué comme en dépression. Ah, c’était donc ça!

Cela fait maintenant 3 ans et demi que j’ai quitté cette entreprise. Je me suis donné les moyens et ai changé ma façon de voir les choses. J’ai accepté le chômage au lieu d’en avoir peur, le voyant comme une chance d’avoir le temps de trouver quelque chose qui me plait. J’ai préféré choisir ma vie en fonction de ce que j’aimais, travailler dans une entreprise où je me sens bien car tant qu’à passer 8h au même endroit, autant s’y sentir bien. Mon objectif n’est pas abouti et je compte me réorienter pour être encore plus en accords avec mes envies et mes principes.

La morale là-dedans? J’ai appris la semaine dernière qu’enfin, des voix s’étaient élevées et que mon fameux N+1 était enfin reconnu pour ce qu’il était et qu’il avait été remplacé par des personnes bien plus compétentes, humaines et dotées d’une bonne réputation auprès des collaborateurs. Comme quoi, le retour de bâton existe et cela fait plaisir.

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