Elle ne rayonnait pas assez sur le magasin

Allez, j’apporte ma pierre à l’édifice. Ce ne sont pas des témoignages qui me concerne directement. Soit je suis trop naïve, soit j’ai eu de la chance, mais à part mon année et demi de CDD sans interruption (plus de 10 contrats à la suite) j’ai été assez épargnée : même cette expérience à débouché sur un CDI. J’ai subi le harcèlement moral, mais là encore, la chef qui me l’a fait subir n’est resté que 3 ans. Les chefs sont finalement dans ce milieu, bien plus éjectables que les employés.

Pour rappel, je travaillais dans un grande surface. L’une de mes collègues, de 7 ans mon aînée a toujours été investie dans l’entreprise : elle a participé aux animations quand elle a pu, pas toujours compté ses heures, ni considéré son corps un peu fragile.
Cette fille s’est donc démenée pour passer au grade supérieur : investissement, management de notre équipe (deux personnes) qui lui a été demandé pour « prouver sa valeur » (sans nomination officielle ni rémunération conséquente), formation adéquate dispensée par l’entreprise elle-même, heures supp (comptées et récupérées, puis payées pour le plus grand malheur des RH). Au final, le poste qu’on lui a fait miroité et pour lequel elle a fait 3 ans d’efforts lui a été refusé… Motif : elle ne rayonnait pas assez sur le magasin (sic). Pour l’anecdote, une bonne partie du reste du magasin qui me croisait m’appelait régulièrement par son prénom. L’ironie du sort a été quand une fille que tout notre côté du magasin ne connaissait qu’à peine et en CDI depuis 3 ans, a obtenu un poste similaire dans un autre rayon.

J’ai eu aussi une collègue, qui a été formée pour travailler au service déco. Elle a remplacé, dépannée, monté sur des hautes échelles enceinte pour accrocher les affiches etc… Restructuration des bureaux : la jeune fille s’est retrouvé en caisse alors que là aussi, on lui avait promis la déco à la suite du départ en retraite de la titulaire.

Par contre, aujourd’hui je suis fonctionnaire, je travaille dans une bibliothèque. Je regrette parfois que la « dureté du privé » ne soit pas de mise, tellement des personnes qui ne se rendent pas compte de la chance qu’elles ont, en profitent en toute impunité. Après avoir travaillé dans un milieu frénétique où on doit toujours bouger, s’adapter, proposer solutions et changements et les subir, je m’ennuie souvent. Le manque de moyens et l’inertie de la politique culturelle sont très lourds et la machine administrative a de quoi dégouter. Quand on ne croit pas dans un service, il cesse de croire en lui-même.

3 thoughts on “Elle ne rayonnait pas assez sur le magasin

  1. Je trouve un peu déplacé, quand même, de blâmer les salariés du secteur public dans un témoignage sur un site censé justement aider à réunir les luttes, et non à les diviser. Si ce n’est déplacé en tout cas c’est dommage, je préfère qu’on considère que les salariés du privé ont des difficultés, plutôt que de dire que les salariés du public ont bien trop de chance, surtout que ce n’est que rarement le cas. Ca ne fait que propager la légende urbaine du fonctionnaire fainéant et privilégié, dommage. Si ce n’était pas l’intention de cette phrase, désolé de mon commentaire, mais ça m’a fait grandement tiquer.

    Merci pour ce témoignage en tout cas, il montre qu’on attend même pas de nous de « travailler bien », ni même de « travailler mieux », on nous considère comme des prophètes de l’emploi, et nous sanctionne quand nous ne le sommes pas, désolant.

    1. Je pense que le reproche fait aux fonctionnaires n’est que demi-reproche : « Quand on ne croit pas dans un service, il cesse de croire en lui-même. »

      Cette phrase me fait penser que ce n’est pas aux personnes de la bibliothèque que l’auteur reproche le manque d’implication mais au système d’avoir conduit ces gens à ne plus avoir la volonté d’être aussi actifs qu’ils pourraient l’être. Quand la lassitude de se battre pour rien arrive, on peut être amener à se moquer de la suite. Et un genre d’ennui s’installe, incompréhensible pour les nouveaux, jusqu’à ce qu’eux aussi arrêtent de se battre pour rien.

  2. Je travaille actuellement en Bibliothèque universitaire, en tant que vacataire.
    Les conditions ne font pas rêvées: payée trois mois en retard, nombre d’heures qui change constamment (sauf que je suis payée à l’heure effectuée, donc si on a besoin de moi seulement 4h dans la semaine, je ne suis payée que 4h par semaine: ce qui arrive très souvent),… J’ai travaillé auparavant dans le privé, j’ai été harcelée moralement par un employeur d’ailleurs. Pourtant, j’ai toujours su combien j’allais toucher à la fin du mois et j’ai pu m’organiser en conséquence. Aujourd’hui, il y a des mois où je gagne 500 euros et d’autres où je gagne 100 euros. Je suis en plus étudiante, non-boursière, sans aucune aide de l’Etat à part les APL qui payent à peine le tiers de mon loyer. Alors oui, le travail peut-être agréable en bibliothèque, mais je ne nommerais pas les conditions  »chanceuses »…

Laisser un commentaire