A quoi je sers puisque rien ne me permets d’aider réellement les élèves qui en ont besoin ?

Je suis prof en lycée. Super métier que les gouvernements successifs s’emploient depuis plus de 10 ans à vider de son sens.

La question que je me pose de plus en plus, c’est à quoi je sers puisque rien ne me permets d’aider réellement les élèves qui en ont besoin. Alors, comme beaucoup d’autres, je multiplie les heures de bénévolat (soutien, aide aux élèves par mail interposés, double correction des copies …) Je travaille une cinquantaine d’heures par semaine (devant élèves, pendant les heures dites de « trou », le soir, le week-end, les vacances, quand je lis, quand je regarde des documentaires…) Ce n’est plus un travail, c’est un sacerdoce monastique.

Quand un prof rentre le soir, il ne supporte plus le bruit de ses enfants. Quand les enfants réclament de jouer avec ses parents, on l’envoie « chier » avec un « je corrige des copies, j’ai pas le temps ». Normal que les enfants de profs soient souvent de bons élèves ! Ils ont intérêt à l’être, car leurs parents ont pas de temps à leur consacrer !

6 thoughts on “A quoi je sers puisque rien ne me permets d’aider réellement les élèves qui en ont besoin ?

  1. J’ai aussi des classes de lycée et de collège… Actuellement, j’ai l’impression que notre métier est une profession honteuse, dans l’opinion publique, dans les médias…
    La réforme du collège en cours me donne envie de claquer la porte tant, une fois de plus, sous d’hypocrites mesures destinées, en apparence, à aider les élèves en difficulté, il va falloir faire plus de choses, plus de saupoudrage de notions, en moins de temps, avec moins de profs… Bref, pour faire court, je ne suis pas devenu prof pour « casser » la capacité à réfléchir, à s’interroger des élèves. J’ai ce sentiment de plus en plus. Et cet autre que de toutes façons, quoi que nous disions, nous aurons tort.
    La lolf appliquée à l’éducation comme à la santé est une catastrophe.

  2. Je veux bien te croire. malheureusement l’accent et l’image est porté par les brebis galeuses (dans tous les secteurs) et lors de ma scolarité j’en ai connus: entre ceux qui mettent 6 mois à corriger les DM que nous élèves devions rendre en 1 semaine; ceux qui ne peuvent s’empêcher de rabaisser les élèves en difficulté,…. Alors qu’en réalité (heureusement) la plupart des profs aiment leur métier, veulent enseigner, aider les jeunes; mais ils sont vite bridés par leur hiérarchie, les parents et une auto-censure.

    Comme souvent , beaucoup de médias mettent l’accent sur ce qui ne va pas plutôt que sur ce qui va

    De toute façon il y a tellement de choses à changer dans l’éducation scolaire française…. objectif du collège=donner le brevet au plus de monde possible; objectif du lycée= permettre à tous d’aller à l’université par l’obtention du BAC; objectif de l’université= avoir le plus de monde à avoir BAC+ ; dans tous les cas il faut penser à changer cela. Ce n’est pas parce qu’on a pas tel ou tel ‘diplôme’ qu’on est incompétent. L’objectif de l’école devrait être d’éduquer/s’instruire et non pas d’avoir un diplôme. Le contexte économique dans lequel on est n’arrange pas ce problème avec des « ventes de diplômes » par certaines écoles et l’accent des formations visant à être « productif ».

    1. Alors oui je suis d’accord sur certain point. Mais il faut aussi comprend que le système éducatif ne s’éduque pas lui même. En effet la formation d’un prof est elle réduit a une année a mi-temps parsemé de cours. Il n’y a pas de formation en temps que tel pour devenir prof et cela par coup budgétaire et autre économie de bout de chandelle.

      Les « réformes » successives, les instructions du rectorats honteuses, qui se traduisent par des notation des proviseurs (qui ne sont pas apte a juger leur professeur, ils ne sont la que pour l’assister dans les tâche administrative et autoritaire). Mais il faut réfléchir au pourquoi de ces actions contre productive envers l’école publique. Est ce le terme « publique », « fonctionnaire » qui devient de plus en plus péjoratif dans les médias et ensuite dans la bouche des gens. Mais qui est capable de juger l’utilité et la rentabilité de tel ou tel personne? Un chômeur est il forcément moins rentable qu’un actionnaire vorace? C’est pourtant bien encrée dans l’esprit commun… Mais je suis persuadée du contraire.

  3. C’est fou ça, je sais pas qui vous êtes mais ça me fait du bien de vous lire, j’ai fais trois secondes pro différentes pour au final décider qu’au diable l’avis de la famille, je ferais ma vie sans diplômes et sans formations, afin de soutenir un parcourt scolaire pitoyable depuis la primaire et rendre hommage a ma mémorable non obtention du brevet, car cette secte n’était pas pour moi, j’aimais l’épanouissement qu’apportaient les nouvelles connaissances, je ne voulais pas me tuer pour un bout de papier. J’ai toujours été cet élève naïf qui s’intéressait aux cours (je parles ici de cours culturels, histoire science géographie…), dit en difficulté car incapable d’écrire sans faute et d’apprendre ses tables de multiplications, mais fanatiques des insectes, de l’histoire géographie, de l’artisanat manuel et de toute une tripotée de choses qu’on ne nous apprends pas en école; j’étais cet élève qui n’attendait rien d’autre depuis la sixième que d’aller en école supérieurs et qui se morfondait bêtement et avec crédulité dans l’idée qu’un jour il apprendrait enfin des choses intéressantes et cesserait de tourner en rond, mais qui se ramassait sur les normes de rédactions, les points et les virgules, les argumentations, tous ces trucs là qu’on te demande de faire pour que les connaissances ne soient pas le but principal de la démarche éducative et que ceux qui passent dans le trou de l’entonnoir soient les enfants des familles aisées et de culture académique, ceux qui pensent aux majuscules. Je me retrouvais toujours avec une petite phrase au stylos rouge, m’indiquant que je ne faisais probablement pas d’efforts, que j’étais hors sujet, ce genre de choses, pendant que certains élèves se retrouvaient avec d’énormes pavés d’encouragements et de conseils, étaient appelés par les profs a discuter pendant les interclasses, n’étaient pas mal perçus et avait ne serais ce qu’un chouilla d’estime de la part de ceux-ci, a l’époque ça me passait au dessus et j’ai même fini par m’empresser d’aller fumer des bedos dans l’herbe fraîchement tondu pendant que d’autres faisaient probablement leurs devoirs maisons, mais plus tard je me suis rendu compte que j’avais une haine profonde de ceux qui avaient eu des éloges de professeurs dans leur passé. j’ai fini par voir tous ces élèves comme des chevaux de course, c’est probablement comme ça qu’on attend de nous que nous nous voyons. La grande majorité des choses que je sais aujourd’hui, et même les règles d’orthographes (loin de moi l’idée de ne plus faire de fautes), je les ai apprises auprès d’amis, en séchant les cours. Et je dois dire que là, d’avoir confirmation que les profs ne sont pas tous d’immondes larbins ne vivant que pour décourager et pousser ver le bas ceux qui tentent de rêver autre chose que le système comme il est taillé maintenant, ça me fait un bien fou. Merci d’exister, merci vraiment. Toutes mes années dans des établissements scolaires ont été de véritables tortures gratuites (dont deux ans payantes, merci le privé), j’ai un immense respect pour vous qui avez eu le courage d’y retourner côté coulisse, et ceux visiblement sans devenir une sorcière, je planterais un pommier dans les bois pour votre bravoure. J’espère que le système changera et que vous pourrez redevenir un professeur, et non pas un coach éducatif. je terminerais avec un petit ACAB, parce que c’est important; bye.

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